33 Tours de Benjamin Chaumaz
En français Publié chez L’Association
Chroniqué par Jessie Bi en janvier 2009

L’histoire commence et se pose sur un axe comme un vinyle, pour que tout puisse tourner comme un manège et que le parcours du chemin/sillon faisant histoire puisse être trouvé.

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De cet axe sort le personnage, moins chanteur ou musicien, que timbre incarné qui attend au centre d’un carrefour à la Devos que les transports en commun puissent passer et lui permettre de prendre l’air, de le siffler peut-être, de parcourir en tout cas ce chemin/sillon musical. [1] Ensuite, le paysage sonore peut défiler, s’accorder aux pas de cette incarnation, aux rythmes de cette synesthésie noir et blanc et dessinée. Il y aura des rencontres avec ce « biorythme » (puisqu’incarné) et ce sera comme un morceau, une chanson de cet album. [2] Un choc et ce sera un « scratch » plutôt qu’un crash. Un arrêt et ce sera la pause ou le silence. Un chien qui aboie, poursuit, se fidélise et cela pourra être comme un gimmick, une estampille visuelle à quatre pattes, à la valeur sonore onomatopéique connue de tous dès les plus bas âges. Enfin, une répétition finale et ce sera le lock groove désormais si bien popularisé par J.-C. Menu dans la même collection « Mimolette ».

On pourrait filer encore plus loin la métaphore de l’album papier de 32 pages avec l’album vinyle 33 tours. Mais nous nous arrêterons là, en notant que l’emprunt se fait aussi à la musicalité visuelle des clips, où des gags, [3] des scènes illustreraient, voire « contrepointeraient » les paroles de chansons. Un aspect s’affichant alors de façon paradoxale, puisque cette bande dessinée est muette et que tout se qui y matérialise la parole, du texte à la bulle contenant des images, y est totalement absent. [4]

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La musique fait voyager, danser, marcher au pas, raconter des histoires, sait donner texture au temps, etc. Les liens très forts entre bande dessinée muette et musique ont déjà été évoqués sur ce site. Benjamin Chaumaz y ajoute un jalon réussi, avec cette idée sous-jacente d’un déroulé de la spirale du sillon sonore gravée dans le vinyle. La piste sonore se met graphiquement dans la bande dessinée, qui si elle était vraiment une bande pourrait (elle aussi) se dérouler à la manière d’un rotulus ou d’un volumen. Analogie d’un son analogique, 33 Tours s’offre alors comme une étrange quadrature du cercle, qui met un disque vinyle restant virtuel non dans un carré, [5] mais dans un rectangle de papier.

[1] On note que le personnage attend sur ce qui est l’équivalent de l’étiquette au centre d’un vinyle, beau moment qui rejoint les définitions du mot « étiquette » : oreilles en argot ; mais aussi protocole, ordre de préséance i.e. trouver ici le sillon, ordre des morceaux ; etc.

[2] Ici, surtout album de bande dessinée.

[3] Comme celui du pont enjambant une petite rivière où un couple se promène en barque par exemple

[4] Les personnages n’ont qu’un nez, ils n’ont ni bouches, ni oreilles, ni yeux, en quelque sorte ils ne font que « sentir ».

[5] Parce qu’il pourrait être confondu avec une pochette ?

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