
L’Absente, de Duba, est un drôle de livre. On y entre avec un appétit aiguisé par une couverture inhabituelle. On y découvre avec gourmandise la préface élogieuse d’Edmond Baudoin, qui parle avec respect de la quête de Duba, parallèle à la sienne.
Le livre commence par offrir les images prometteuses d’un noir et blanc très maîtrisé, encre de Chine et pinceau, dans des formes et des mouvements qui séduisent et déconcertent. Le temps d’un voyage en train entre Paris et Béziers, c’est un lent travail de deuil qui se construit, entre les paysages extérieurs entraperçus par la vitre et les paysages intérieurs du narrateur perdu dans ses pensées. Le monde devient flou, estompé par la vitesse, et dans le même temps la rêverie prend corps, au point qu’on ne sait plus très bien, au bout de quelques pages, lequel des deux garde au fond le plus de consistance.
Dans l’aller-retour entre ces deux univers fuyants le pinceau de Duba cherche des passerelles et n’hésite pas à changer radicalement de style. Les cases décadrées, les lignes de fuite aspirantes, les torsions incroyables des perspectives se brouillent. Le sujet même du livre s’échappe. Les commentaires aux blancs aléatoires qui se glissent entre les masses noires parviennent à peine à les organiser : parfois même ils perturbent la lecture, qui aimerait se laisser aspirer dans l’incompréhension des pages. Les textes, que ce soient les mots du narrateur ou ceux, plus ésotériques encore, empruntés à Henri Meschonnic, poétisent encore une histoire qui demandait peut-être un peu plus de sol, de support, de sujet.
Cette déconstruction est peut-être trop poussée. Peindre au vif le flux de conscience est un pari risqué, car la logique des rêves n’est pas souvent accessible à celui qui n’est pas le rêveur : le sujet, peut-être, aurait eu besoin d’un discours plus soigné, d’une narration plus soutenue, qui ne laisse pas le regard du lecteur glisser sur les planches, sans comprendre, peu à peu devenu indifférent aux essais pourtant sincères de Duba.
Tout le livre finit par se tenir, comme le reconnaît le narrateur lui-même, hors-sujet : hors de son sujet, mais aussi hors du sujet lui-même, hors de tout point de vue qui permettrait au lecteur de se guider dans ce dédale de formes et de sensations fugitives du voyage. Pour certains, quelques réussites graphiques splendides ne parviendront peut-être pas à gommer le malaise d’un album qui, au fond, finit par ne plus très bien savoir lui-même où il va.
Pour d’autres, au contraire, la fascination jouera, et les pleins du pinceau suffiront à construire une histoire. Dans les deux cas, c’est un livre qui séduit sans paroles, au bord de la narration, à la frontière de la bande dessinée. Un livre qui demande, et qui mérite, une seconde lecture. Pour revenir dans le sujet.
Les Harvey Awards sont de retour. C’est de saison, et alors que les résultats des Eisners sont attendus pour fin Juillet (pour la San Diego Comic-Con), et que les Ignatz débarqueront en Octobre (durant la SPX), la liste des nominés pour le cru 2008 des Harveys vient de tomber. Comme toujours, on trouvera pas moins de 21 catégories allant des très détaillées (le « best graphic album, previously published » côtoyant le « best domestic reprint project », attention ça n’a rien à voir) aux fourre-tout (comme cette « best biographical, historical or journalistic presentation », on ne va pas chipoter). Les lauréats seront annoncés le 27 Septembre prochain, durant la Baltimore Comic-Con. On en frémit d’impatience...
Le Samedi 14 Juin prochain, quatorze auteurs belges seront à la librairie La Bulle d’Or (124 boulevard Anspach, B-1000 Bruxelles) pour une rencontre et des dédicaces, à l’occasion de la parution chez l’employé du Moi de CRRISP !, un collectif d’histoires d’horreur issues du projet GrandPapier.org, et du Little White Jack de Max de Radiguès. Des planches originales des deux ouvrages seront également exposées du 14 au 30 Juin 2008. Liste complète des auteurs invités sur Xeroxed.be.
Dans le cadre du festival Stripdagen de Haarlem qui se tiendra les 7 et 8 Juin prochains, l’exposition massive Alternative Chaos présente 91 auteurs issus de la Belgique francophone — défricheurs, découvreurs, explorateurs de la bande dessinée contemporaine. D’Ando à Vandermeulen en passant par Fortemps, Goblet, Löwenthal, Pinelli ou encore Van Hasselt, tout ce beau monde se retrouvera à la Galerie 37 (Groot Heiligland 37, 2011 EP Haarlem) du 6 au 22 Juin 2008, avec vernissage le 5 Juin. Pour plus d’information, consulter la programmation complète.