
David Vandermeulen est belge (rires). Il dessine depuis quelques années des fruits et des légumes (frais), à qui il arrive tout un tas d’aventures dont la plus régulière est d’être dessinés, justement. Or être dessiné, lorsqu’on est une patate, une orange ou une banane, c’est une aventure extraordinaire mais périlleuse : que dire ? Que faire ? Où trouver l’action, les dialogues, qui vont faire vibrer le lecteur et garantir enfin à Vandermeulen et à son panier de la ménagère le succès qu’ils méritent ?
C’est autour de cette question que tournent toutes les livraisons d’Agrum Comix. Avec ses personnages minimalistes (mais ultra-expressifs), ses décors inexistants, ses dialogues stupéfiants, Vandermeulen réussit le tour de force de bâtir des non-histoires savoureuses dans lesquelles, en plus, l’apparition inattendue d’Alain et d’Anthony Delon (respectivement un gros navet et une petite carotte) vient ajouter un parfum people alléchant (comment, il n’a pas encore pris de procès ?).
De jeu de mots débiles en tirage à la ligne éhonté, Vandermeulen fait donc passer le temps, avec pour seul objectif avoué d’arriver, enfin, au terme de ses 48 pages. Pendant ces 48 pages, les fruits et légumes s’agitent à la recherche d’une idée de scénario qu’évidemment ils ne trouveront jamais.
Le procédé est énorme ? Oui, c’est même pour ça qu’il marche. Les gags sont éculés ? Certes, mais il faut reconnaître que les plus usés retrouvent de la fraîcheur quand ils mettent au prise un citron et une banane. Vandermeulen ose tout, avec un minimum de moyens, et un réel talent de dessinateur qui montre bien que son minimalisme est un choix délibéré.
On se dit parfois qu’il ne tiendra pas jusqu’au bout, et puis on se souvient des cinq planches et immobiles de l’Aubaine #2, dans lesquelles les légumes gardaient la pause et le silence jusqu’à épuisement du papier, « par respect pour le lecteur ».
Et, lorsqu’à court de scénario les personnages sont enfin délivrés de leurs angoisses par l’arrivée tant attendue de la dernière page, Vandermeulen tient absolument à nous guider dans nos relectures de son grand oeuvre en nous fournissant un petit lexique des noms propres. Au cas où on se serait perdus.
Morceau choisi : « Ritchie : C’est le petit rigolo de la bande, il connaît plein de blagues : — C’est un sanglier qui rencontre son copain cochon et qui lui demandes « Alors, ta chimio ? ». Merci Ritchie ». Merci David.
Alors que les préparatifs de Noël rentrent dans leur dernière ligne droite, le Festival d’Angoulême continue son compte à rebours (plus que 37 jours) et vient d’annoncer la liste des nominés au Concours Révélation Blog 2009. Trente sélectionnés parmi plus de quatre cents candidats, qui vont d’abord être soumis à un vote public (à partir du 1er Janvier 2009), suite à quoi le jury fera son choix parmi les plus plébiscités. Verdict le 30 Janvier prochain, en plein Festival...
Juste à temps pour les fêtes, les Suisses de B.ü.L.b comix viennent d’inaugurer leur nouveau site, au design délicieusement minimaliste. Présentation de la maison et des auteurs, détour dans les coulisses de la fabrication, exploration du catalogue, tout y est — et on peut même commander en ligne, pour ceux qui voudraient compléter leur collection de petites boîtes alphabétiques. Joyeux Noël.
Deux prix de plus viennent agrémenter cette fin d’année. D’une part, après les rebondissements habituels (listes de 15 nominés, puis de 5 finalistes), l’ACBD a finalement désigné le lauréat de son Grand Prix de la Critique, à savoir Tamara Drewe de Posy Simmonds (Denoël Graphic). L’intéressée devrait recevoir le trophée durant le prochain Salon du Livre à Paris en Mars prochain.