Alex de Mark Kalesniko
En français Alex, publié chez Editions Paquet
En anglais Alex, publié chez Fantagraphics Books
Chroniqué par Xavier Guilbert en mai 1999

La lecture Why did Pete Duel kill himself ? laissait planer un doute sur la part d’autobiographie que contenait ce livre. En effet, si le nom du « héros » de cette histoire semblait bien proche de celui de l’auteur (Alex Kalienka, Mark Kalesniko), les émotions et les situations que l’on y découvrait avaient l’universalité des enfances pas toujours heureuses.

Dans Alex, par contre, il n’est plus possible de renier la réalité de ces événements — comme en témoignent les photographies illustrant le quatrième de couverture, images réelles que l’on retrouve au fil du récit, et qu’un simple changement de nom ne parvient plus à dissimuler. On est en plein dans l’autobiographie, une autobiographie qui fait mal et qui prend aux tripes.

« Qu’est-ce que tu voulais devenir, quand tu étais petit ? »
Quinze ans après la sortie du lycée, Alex revient s’échouer dans la ville de son enfance, un retour aux sources qui sonne comme une descente en enfer. Autour d’Alex, les fantômes d’un passé qui n’a pas su tenir ses promesses, de l’ami qui aurait pu devenir un grand poête à la jeune femme qui aurait pu devenir l’amour de sa vie, en passant par le professeur qui aurait pu être son mentor et son guide — autant d’occasions ratées, de possibles manqués, qui viennent encore l’accabler.

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Et pourtant, Alex avait réalisé son rêve, aller en Californie pour travailler chez Mickey Walt. Mais après quinze ans, Alex est vide, vidé, il ne dessine plus, ne sait plus dessiner les gentils lapins bondissants qui étaient sa spécialité — une seule toile le hante et le nargue, une vision cauchemardesque de la ville qu’il a peinte un soir de désespoir noyé dans l’alcool.

Alors qu’autour de lui tout s’effondre, tout disparait peu à peu - les amis qui vous désertent, les professeurs qui meurent et vous laissent leurs chats, Alex continue à violenter les objets, à détruire ce qui l’entoure, voyant jusque dans un crayon qui se cache le reflet du monde qui s’acharne sur lui.

Les objets le fuient, l’inspiration lui échappe ... et Alex reste cloué dans les toilettes, tourmenté par une constipation qu’il traite avec le pire des remèdes : de l’alcool, encore de l’alcool, alcool qu’il lui faut aller acheter comme un voleur au seul Liquor Store de la ville. Et Alex sombre.

(On pourrait d’ailleurs interpréter la constipation d’Alex à la lueur de cette citation de Kurt Schwitters, artiste dadaiste qui disait : « Tout ce qu’un artiste chie, c’est de l’Art ». Même dans cette « création » la plus élémentaire, Alex se retrouve ... bloqué ?)

Pour atteindre la rédemption, il lui faudra atteindre le fond — descendre de plus en plus bas jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucun espoir, jusqu’à ce que dans un dernier geste destructeur, Alex veuille se débarasser de la toile infernale — dernière preuve de sa propre existence en tant qu’artiste.

Découpage superbement maîtrisé, émotion à fleur de page — Alex est à nouveau la preuve que Mark Kalesniko est un auteur exceptionnel. Il ne reste plus qu’à souhaiter une publication en recueil de cette série presque introuvable ...

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