![]() |
||
| (c) François Ayroles / Extrait de "Les Amis" | ||

Les amis sont ceux qui se déclarent ou sont déclarés ainsi car semblant liés par l’amitié. Ami, c’est être en affection pour l’autre par un sentiment quasi absolu, en dehors du lien familial, du désir sexuel ou de l’intérêt socio-économique.
Idéalement bien sûr, que la réalité d’expressions comme « petit ami(e) », que l’euphémisme poli de « l’amitié particulière » ou bien de ceux vivant en couple en étant en dehors des liens officiels du mariage et désignant ainsi leur conjoint, relativisent ou enracinent à l’aune de relations plus concrètes, ou pour le moins justifiables. [1]
Dans ce flou, dans cette abstraction sentimentale, ceux dans l’interrogation que pose la première fois, ceux qui se demandent pourquoi et comment l’amical, ou bien ceux qui n’y décèlent qu’un désir mettant en danger leur stricte hétérosexualité, tous ceux-là donc, font que pour eux devenus frustrés hors des catégories officielles, les amis ne le sont qu’en apparence.
François Ayroles s’intéresse à eux, dans leurs sociétés de mâles, qui s’assemblent en bande sous les bannières capillaires et vestimentaires d’une dernière mode adolescente, qui cherchent à être amis comme on résout un problème scientifique, qui croient l’être par courtisanerie, par ascendance charismatique, ou bien qui l’imaginent comme capacité professionnelle quantifiable, sous forme d’indices et de questionnaires pouvant valider un plan de carrière. Tous risibles, tous un peu chacun de nous, qui en quête d’amitié se demandent à quel instant elle naît, son pourquoi dans les causes visibles ou les propos et gestes échangés.
L’auteur ne laisse aucune échappatoire à ces hommes hors présent, tous dans une prospective de l’amitié sans issue car trop désirée. Avec une acuité aiguë, il cerne ce faux-semblant de l’amicale de ceux en quête de l’amitié vraie, virile, et des comportements atrocement drôles que cela induit ou des dialogues qui s’en suivent, dans cette richesse inévitable et moqueuse allant des actes manqués aux lapsus révélateurs.
Ce livre est une machine infernale, aussi drôle qu’analytique, imparable dans ses rythmes et sa construction qui le rende fascinant et explosif en rires comme en révélations.
Après Les penseurs et Les parleurs voici donc Les amis, et l’on se dit que penser et parler de l’amitié serait justement la tuer car ce ne serait pas l’analyser mais la désirer. Peut-elle ne se comprendre qu’une fois disparue ? Ne doit-elle pas se vivre uniquement singulière, protéiforme et indéfinie ? Chercher à le faire ne serait-il pas lui donner le statut du passé, du souvenir, ou d’un idéal inaccessible ?
En quelque sorte, Ayroles nous suggère, peut-être, qu’à vouloir la traduire dans ce commun d’un langage limité [2] on ne favorise que les faux amis.
[1] Car pouvant même être justifiées par l’injustifiable.
[2] Même si riche lexicalement, voir la scène entre Thibault et Mathieu à la fin de la première moitié du livre.
Alors que les préparatifs de Noël rentrent dans leur dernière ligne droite, le Festival d’Angoulême continue son compte à rebours (plus que 37 jours) et vient d’annoncer la liste des nominés au Concours Révélation Blog 2009. Trente sélectionnés parmi plus de quatre cents candidats, qui vont d’abord être soumis à un vote public (à partir du 1er Janvier 2009), suite à quoi le jury fera son choix parmi les plus plébiscités. Verdict le 30 Janvier prochain, en plein Festival...
Juste à temps pour les fêtes, les Suisses de B.ü.L.b comix viennent d’inaugurer leur nouveau site, au design délicieusement minimaliste. Présentation de la maison et des auteurs, détour dans les coulisses de la fabrication, exploration du catalogue, tout y est — et on peut même commander en ligne, pour ceux qui voudraient compléter leur collection de petites boîtes alphabétiques. Joyeux Noël.
Deux prix de plus viennent agrémenter cette fin d’année. D’une part, après les rebondissements habituels (listes de 15 nominés, puis de 5 finalistes), l’ACBD a finalement désigné le lauréat de son Grand Prix de la Critique, à savoir Tamara Drewe de Posy Simmonds (Denoël Graphic). L’intéressée devrait recevoir le trophée durant le prochain Salon du Livre à Paris en Mars prochain.