Autoportrait de Frédéric Pajak
En français Publié chez Gallimard
Chroniqué par Jessie Bi en janvier 2008

L’autoportrait c’est l’art des peintres, en peinture ou en dessin. Le mot « portrait » en porte cette origine dans son étymologie. [1]
Pour l’écriture c’est la description de soi, c’est l’autobiographie « qui tient d’une nécessité comparable », c’est sa vie elle-même, la vie de soi-même écrite par soi. C’est cette vie, cette vie de soi, qui se transpose dans le flux de l’écriture, dans ce temps graphie qui fait que faire son portrait n’est pas en faire une présence face à soi, mais une conséquence derrière soi. Les écrits comme les images restent, ils font donc trace. Mais les premiers se distinguent par la temporalité (d’écriture et de lecture) où une vie humaine éphémère à la fois entière et partielle, décrite et mesurée en ses actes, peut s’y réfugier (quelques temps).

Pajak fut peintre, puis dessinateur, puis dessinateur-écrivain. Dans cette relation images-textes (« récits dessinés »), s’oppose et/ou se complète cette possibilité de se montrer tout en se récitant. Pajak a dit sa vie, peut-il, lui qui a abandonné la peinture, se montrer tel quel, faire son autoportrait dans un livre ?

D’abord en faire le titre. Ensuite y mettre des images, des autoportraits d’autres, des images de soi et des dessins qui vont de soi car étant de soi. Toute peinture, tout dessin est un autoportrait. [2] Il ne s’agit que de ça. S’y voir, s’y réfléchir coule de source et l’écriture réflexive s’ensuit.

Autres réflexions : se voir dans un miroir et/ou dans les photographies prises par soi ou d’autres. Dans le premier cas c’est se voir maintenant ; dans les seconds c’est se voir dans le passé, du présent, par une autre graphie (photo) [3] liée à une autre réflexion. [4]

Ce que montrent ces images et ces textes reliées en ces pages, est que le sujet Pajak n’est jamais le même. En image : enfant, adulte, fatigué, épanoui, peintre, écrivain, etc. Toujours ailleurs, dans des temps passés et des espaces parcourus. Elles sont la preuve que Pajak a changé. En textes : l’écriture dit, confirme que Pajak reste lui-même, et ce, non pas parce ce qu’il a écrit, mais justement parce qu’il écrit, là, « ce livre impossible, toujours le même, et qui aura un jour pour titre : Autoportrait ». [5]
Pour l’auteur, cette aporie pose la question du sujet, de la subjectivité, de son impossible portrait, déjà ailleurs à peine le stylo posé : « (...) je ne vois que la fatalité — celle du temps, celle des obligations. Dès lors tout peut bien disparaître et tout disparaît si bien ».

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Le « récit dessiné » reposerait donc, ici, sur un principe d’incomplétude à l’inverse de la bande dessinée. Textes et images, les uns sur les unes comme l’huile et l’eau dans un même verre. Leur côtoiement montre deux perceptions partageant l’idée de réflexion (celle extérieure par la lumière (dessin photo) et celle intérieure par l’écriture) et ayant pour conséquence ce vide taoïste, cette absence révélée, aboutissant à une impossibilité que Pajak résume par cette simple question : « Et si nous n’existions pas ? »
Absence qui, paradoxalement, tiendrait moins à l’immatérialité qu’à une trop grand matérialité : « Le monde est matériel. Nous sommes matériel. Et alors ? »
Alors on fait avec, comme tous, de ce vide « doucereux » qui nous pousse jusqu’ici. Ce livre n’est pas là pour conclure, dire et montrer, mais pour cerner quelque peu, quelque chose, cette subjectivité flottante, spirituelle, qui naîtrait selon l’auteur de la confrontation avec l’autre. Textes et images sont autres, ici ils se confrontent. Peut-être une solution ? S’ils avaient moins soi que l’autre pour sujet, peut-être ; en se détachant de soi, sûrement. Mais à quel prix ?

[1] De pourtraire, « tirer en avant » au sens de dessiner (source le Grand Bob).

[2] Même les dessins d’après d’autres autoportraits.

[3] Il y a la troisième possibilité, se voir dans une photographie capturant son image réfléchie par un miroir, comme, par exemple, le quatrième de couverture du livre. Etant photographiée, elle est aussi de l’ordre du passé.

[4] Celle de la lumière sur des êtres et des choses et à la brève exposition d’un papier photosensible s’imprégnant de cette lumière réfléchie.

[5] Un peu de futur pour se rassurer, s’encourager.

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