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| (c) Charles Burns / Extrait de "Black Hole" | ||

Dès les premières pages, dès la couverture même, Charles Burns nous happe et nous emmène. Avec une fascination qui touche au malsain, nous voilà en train de passer de l’autre côté, de découvrir un univers terrifiant qui réveille en nous une peur ancestrale : la crainte du monstre. D’un dessin noir et glacé, il campe des personnages au bord de l’irréel, dont les regards étranges ne sont plus tout à fait humains. Et de ces êtres inquiétants ou des monstres difformes, on ne sait plus vraiment qui il nous faut craindre.
Mais Charles Burns ne se contente pas d’instaurer une atmosphère aussi lente qu’oppressante. Avec une maîtrise aiguë du cadrage, il orchestre savamment le ballet des symboles et des échos oniriques, construisant un récit dont le thème principal est la métamorphose, le passage irréversible vers l’inconnu : changer de peau ou de visage, tomber malade ou perdre sa virginité, le merveilleux est toujours teinté de terrifiant ...
Pour ces personnages en devenir, cette maladie n’est qu’un aspect de plus de l’atrocité du changement. Car demeure en filigrane de ce récit subtil et humain cette angoissante question : quel est le monstre que je cache en moi ?
Etrange et fascinant.
Indéniablement, Charles Burns est un maître de l’inquiétude ; elle se propulse, bat et s’insinue le long du récit comme la maladie, la crève, s’infiltre dans les corps adolescents de cette histoire.
Burns utilise tous les codes du film d’horreur de série Z et du gore mais loin des citations, en auteur habité, il les détourne et les utilise à ses propres fins, nous promenant du familier — le lycée, les boums, la drague, les copains, la bière, les blagues lourdes, le romantisme adolescent — vers l’étrange absolu — les mutations biologiques, la déliquescence, le sexe, le sang, les rêves prémonitoires.
Le ton aussi bien que la construction du récit — fluide, rythmé de rêves hallucinatoires — participent à l’évocation d’un monde autre, bizarre, comme en suspension, accolé au nôtre (le familier) où tout semble signifier autre chose, d’aussi inquiétant qu’attirant.
Ce balancement, habile et lancinant entre deux univers qui s’interpénètrent et se visitent l’un l’autre plonge les personnages dans une incertitude, un flottement entre l’alerte et le sommeil, et suscite en eux un tiraillement entre la curiosité, l’envie et le dégoût, la répulsion tout en engluant le lecteur dans une tension avide.
Vous l’aurez compris, les effets de ce récit sont si convaincants, si prenants que je suis totalement consternée de devoir attendre encore de mois pour connaître la suite de Black Hole.
Alors que les préparatifs de Noël rentrent dans leur dernière ligne droite, le Festival d’Angoulême continue son compte à rebours (plus que 37 jours) et vient d’annoncer la liste des nominés au Concours Révélation Blog 2009. Trente sélectionnés parmi plus de quatre cents candidats, qui vont d’abord être soumis à un vote public (à partir du 1er Janvier 2009), suite à quoi le jury fera son choix parmi les plus plébiscités. Verdict le 30 Janvier prochain, en plein Festival...
Juste à temps pour les fêtes, les Suisses de B.ü.L.b comix viennent d’inaugurer leur nouveau site, au design délicieusement minimaliste. Présentation de la maison et des auteurs, détour dans les coulisses de la fabrication, exploration du catalogue, tout y est — et on peut même commander en ligne, pour ceux qui voudraient compléter leur collection de petites boîtes alphabétiques. Joyeux Noël.
Deux prix de plus viennent agrémenter cette fin d’année. D’une part, après les rebondissements habituels (listes de 15 nominés, puis de 5 finalistes), l’ACBD a finalement désigné le lauréat de son Grand Prix de la Critique, à savoir Tamara Drewe de Posy Simmonds (Denoël Graphic). L’intéressée devrait recevoir le trophée durant le prochain Salon du Livre à Paris en Mars prochain.