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| (c) Inoue Santa / Extrait de "Born 2 Die" | ||

« Are you ready ? Yes, we are. We are ... BORN 2 DIE. »
C’est par cette harangue que débute ce one-shot d’Inoue Santa, une sorte de leitmotiv qui évoque des rappers en train de chauffer la foule sur le rythme bien lourd d’une basse qui fait vibrer la scène. Une bonne manière d’installer l’ambiance dans ce qui se revendique (une fois de plus) comme un manga hip-hop. Publié en marge de la série des Tokyo Tribe, [1] ce « Santastic ! Brand New Shxxxxxt » (sic) en partage le même univers et est d’ailleurs brièvement mentionné dans les premières pages de Tokyo Tribe 2.
En choisissant d’écrire « Tôkyô » en katakana, [2] Inoue Santa le transforme, l’américanise, et l’ancre dans une autre réalité — et se permet de le recréer à la lumière de ses influences et inspirations.
Ainsi, à l’ombre de Natural Born Killers et Pulp Fiction, Born 2 Die s’intéresse à une soirée qui finit mal, une prise d’otage dans un convinience store qui va tourner au massacre. Comme chez Tarantino, ce huis-clos à la narration éclatée montre une indéniable fascination pour la violence et se permet de conserver une surprise pour les dernières pages.
Il y a bien sûr les gangs qui se vouent une guerre féroce (ici les « Saru » et les « Ino-Head »), des flics à la moralité douteuse, des jeunes filles volages et des mégères indomptables. Et, comme si la similitude avec les clichés des clips de R’n’B n’était pas suffisante, le tout est parsemé de références à la musique et au cinéma, sorte d’hommage naïf de l’auteur à ses idoles : The Roots ou le Wu-tang Clan, en passant par un clin d’œil discret à A Bathing Ape, le label de fringues « hype » du designer Nigo.

Comme c’était le cas dans le premier Tokyo Tribe, la sauce prend surtout grâce à l’envie débordante de fantasmer cet univers, ce Tôkyô qui groove avec ses gangs hauts en couleurs. La perspective est approximative, les proportions pas toujours maîtrisées, le trait parfois bien maladroit ? Qu’à cela ne tienne, Inoue Santa joue sans complexe la carte du dramatique et du spectaculaire, puisant dans une grammaire visuelle empruntée au cinéma et qui finit par transcender ses limites graphiques.
Même si certains passages restent laborieux ou clichés au point de tomber dans la caricature, Born 2 Die fonctionne en tant de récit ambitieux et autonome avec ses multiples personnages et fils narratifs. A ce titre, il consitue un tournant dans l’œuvre d’Inoue Santa, nourrie de ses passions et de ses enthousiasmes, mais pouvant désormais s’appuyer sur un vrai savoir-faire de conteur — avant de s’embarquer pour l’aventure de Tokyo Tribe 2.
[1] Début 1998 pour être précis, entre Tokyo Tribe (1996) et le début de Tokyo Tribe 2 (fin 1998).
[2] Les katakana sont l’alphabet syllabique habituellement réservé aux mots étrangers importés en Japonais. Tôkyô, ainsi que tous les quartiers mentionnés dans ce livre (Shibuya, Ikebukuro, Shinjuku, Inokashira) sont habituellement écrits en utilisant les kanji, caractères d’origine chinoise. La graphie choisie ici par Inoue Santa équivaudrait en quelque sorte à écrire « TOKIO » pour Tôkyô.
Les Harvey Awards sont de retour. C’est de saison, et alors que les résultats des Eisners sont attendus pour fin Juillet (pour la San Diego Comic-Con), et que les Ignatz débarqueront en Octobre (durant la SPX), la liste des nominés pour le cru 2008 des Harveys vient de tomber. Comme toujours, on trouvera pas moins de 21 catégories allant des très détaillées (le « best graphic album, previously published » côtoyant le « best domestic reprint project », attention ça n’a rien à voir) aux fourre-tout (comme cette « best biographical, historical or journalistic presentation », on ne va pas chipoter). Les lauréats seront annoncés le 27 Septembre prochain, durant la Baltimore Comic-Con. On en frémit d’impatience...
Le Samedi 14 Juin prochain, quatorze auteurs belges seront à la librairie La Bulle d’Or (124 boulevard Anspach, B-1000 Bruxelles) pour une rencontre et des dédicaces, à l’occasion de la parution chez l’employé du Moi de CRRISP !, un collectif d’histoires d’horreur issues du projet GrandPapier.org, et du Little White Jack de Max de Radiguès. Des planches originales des deux ouvrages seront également exposées du 14 au 30 Juin 2008. Liste complète des auteurs invités sur Xeroxed.be.
Dans le cadre du festival Stripdagen de Haarlem qui se tiendra les 7 et 8 Juin prochains, l’exposition massive Alternative Chaos présente 91 auteurs issus de la Belgique francophone — défricheurs, découvreurs, explorateurs de la bande dessinée contemporaine. D’Ando à Vandermeulen en passant par Fortemps, Goblet, Löwenthal, Pinelli ou encore Van Hasselt, tout ce beau monde se retrouvera à la Galerie 37 (Groot Heiligland 37, 2011 EP Haarlem) du 6 au 22 Juin 2008, avec vernissage le 5 Juin. Pour plus d’information, consulter la programmation complète.