Born 2 Die de Inoue Santa
Dans une langue exotique Publié chez Ohta Shuppan
Chroniqué par Xavier Guilbert en juin 2006

« Are you ready ? Yes, we are. We are ... BORN 2 DIE. »
C’est par cette harangue que débute ce one-shot d’Inoue Santa, une sorte de leitmotiv qui évoque des rappers en train de chauffer la foule sur le rythme bien lourd d’une basse qui fait vibrer la scène. Une bonne manière d’installer l’ambiance dans ce qui se revendique (une fois de plus) comme un manga hip-hop. Publié en marge de la série des Tokyo Tribe, [1] ce « Santastic ! Brand New Shxxxxxt » (sic) en partage le même univers et est d’ailleurs brièvement mentionné dans les premières pages de Tokyo Tribe 2.

En choisissant d’écrire « Tôkyô » en katakana, [2] Inoue Santa le transforme, l’américanise, et l’ancre dans une autre réalité — et se permet de le recréer à la lumière de ses influences et inspirations.
Ainsi, à l’ombre de Natural Born Killers et Pulp Fiction, Born 2 Die s’intéresse à une soirée qui finit mal, une prise d’otage dans un convinience store qui va tourner au massacre. Comme chez Tarantino, ce huis-clos à la narration éclatée montre une indéniable fascination pour la violence et se permet de conserver une surprise pour les dernières pages.
Il y a bien sûr les gangs qui se vouent une guerre féroce (ici les « Saru » et les « Ino-Head »), des flics à la moralité douteuse, des jeunes filles volages et des mégères indomptables. Et, comme si la similitude avec les clichés des clips de R’n’B n’était pas suffisante, le tout est parsemé de références à la musique et au cinéma, sorte d’hommage naïf de l’auteur à ses idoles : The Roots ou le Wu-tang Clan, en passant par un clin d’œil discret à A Bathing Ape, le label de fringues « hype » du designer Nigo.

Comme c’était le cas dans le premier Tokyo Tribe, la sauce prend surtout grâce à l’envie débordante de fantasmer cet univers, ce Tôkyô qui groove avec ses gangs hauts en couleurs. La perspective est approximative, les proportions pas toujours maîtrisées, le trait parfois bien maladroit ? Qu’à cela ne tienne, Inoue Santa joue sans complexe la carte du dramatique et du spectaculaire, puisant dans une grammaire visuelle empruntée au cinéma et qui finit par transcender ses limites graphiques.

Même si certains passages restent laborieux ou clichés au point de tomber dans la caricature, Born 2 Die fonctionne en tant de récit ambitieux et autonome avec ses multiples personnages et fils narratifs. A ce titre, il consitue un tournant dans l’œuvre d’Inoue Santa, nourrie de ses passions et de ses enthousiasmes, mais pouvant désormais s’appuyer sur un vrai savoir-faire de conteur — avant de s’embarquer pour l’aventure de Tokyo Tribe 2.

[1] Début 1998 pour être précis, entre Tokyo Tribe (1996) et le début de Tokyo Tribe 2 (fin 1998).

[2] Les katakana sont l’alphabet syllabique habituellement réservé aux mots étrangers importés en Japonais. Tôkyô, ainsi que tous les quartiers mentionnés dans ce livre (Shibuya, Ikebukuro, Shinjuku, Inokashira) sont habituellement écrits en utilisant les kanji, caractères d’origine chinoise. La graphie choisie ici par Inoue Santa équivaudrait en quelque sorte à écrire « TOKIO » pour Tôkyô.

L'article a bien été envoyé.

Cet outil sert à faire suivre à destination d'un tiers un lien vers cet article sur notre site. Le courrier vous sera automatiquement envoyé en copie. du9 ne garde aucune trace de cet envoi.

adresse e-mail du destinatairevotre adresse e-mail
message [200 signes maximum]votre nom
   
SITES OFFICIELS
AVEC LES MÊMES AUTEURS
Tokyo Tribe de Inoue Santa
Tokyo Tribe2 de Inoue Santa
Tokyo Burger de Inoue Santa
BRÈVES
D’ici de là-bas
25 janvier 2012
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Neuf
4 décembre 2011
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Tirer un trait/Tisser des liens
4 novembre 2011
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.
ABONNEZ-VOUS !
Vous êtes abonné !
NOUVEAUTÉS
ARTICLES LES PLUS LUS
DERNIÈRES RÉACTIONS
Une selection de fin d’année a du sens à partir du moment où l’on connait la personne (physique ou (...)
Article intéressant, qui reprend certains arguments valables pour expliquer le graphisme dans les mangas (forme des (...)
D’autres que moi, plus au courant, apporteront des précisions, mais je crois avoir entendu évoqué à (...)