Bosnian Flat Dog de Max Andersson & Lars Sjunnesson
En français Publié chez L’Association
Chroniqué par Xavier d’Almeida en novembre 2005
Ou deux Suédois, un Slovène et un Tito.

L’Association vient de publier Bosnian Flat Dog, une bande dessinée écrite par deux Suédois complètement déjantés : Max Anderson et Lars Sjunnesson. Le second était au centre culturel suédois de Paris pour présenter l’album à l’occasion de « Lire en Fête » le 15 septembre dernier. Entouré de ses éditeurs Killofer et Menu, Sjunnesson s’est livré à une explication surréaliste de son « chien plat bosniaque ».
Bosnian Flat Dog est le récit d’un voyage qui a vraiment eu lieu. Celui qu’ont entrepris les deux Suédois alors qu’ils s’ennuyaient à mourir dans une convention de dessinateurs de BD à Ljubljana. Dans une profusion de détails, les trois individus aux têtes improbables errent entre dans les rues de Sarajevo sans autre but que la rencontre avec l’insolite.

Résultat : des scènes incongrues comme celle où ils assistent à la victoire de la Suède à l’Eurovision sur un écran géant en plein cœur de la ville, avant d’être entraînés par une suédoise hystérique pour fêter ça à leur corps défendant. Dans l’ensemble, d’ailleurs, Max et Lars sont passifs ; ils subissent les événements plus qu’ils ne les provoquent — quoique l’idée de se promener avec une fausse momie de Tito congelée... A propos de cette momie, Lars Sjunnesson explique que ne pouvant la laisser dans le coffre, ils décidèrent un jour de la poser sur le siège arrière de leur voiture provoquant des anecdotes incroyables. Ainsi de ce douanier qui voulut se faire photographier avec l’ancien dictateur qu’il avait reconnu !

La ville et le pays au bord du chaos sont propices à tous les délires. Au voyage réel se superpose donc un voyage imaginaire issu des visions des deux auteurs-personnages et leur errance passe sans cesse d’un univers à l’autre. A tel point que le réel est peu à peu contaminé par le dessin, un peu comme ces chiens plats sortis on ne sait d’où. Des chiens écrasés ? On pencherait plutôt pour une transformation des « roses de Sarajevo », ces impacts d’obus recouverts d’une atroce bâche rose qui a perturbé les deux auteurs. Ils les suivent partout, figures ou esprits de la guerre, un peu comme Tito, qui les aurait obligé à construire la momie (d’après Sjunnesson).

Les personnages changent aussi et, à force d’hésiter à la limite du récit autobiographique, ils sont de plus en plus transformés par leur voyage en personnages de bande dessinée. Skledar ressemble de plus en plus à la momie de Tito, tandis que Max et Lars se déforment de plus en plus. Sans doute à cause de leur technique de dessin particulière. Afin de pouvoir tous les deux dessiner, ils ont décidé de créer un troisième dessinateur virtuel qui mélangerait leurs deux styles. La double schizophrénie que provoque ce travail a des conséquences sur la représentation que les dessinateurs se font d’eux-mêmes et transformera aussi définitivement leur dessin après l’album. Impossible, après une expérience pareille, de revenir à son propre style sans ressentir la contamination de l’autre. Un phénomène que le lecteur peut apprécier grâce à l’ajout, en fin d’album, de deux récits très courts de l’un et de l’autre.

Si vous avez envie de vous triturer un peu les méninges avec des petits mickeys, cet album me semble tout indiqué — avec pas mal de concentration et de temps. Enjoy.

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