Bouddha de Tezuka Osamu
En français Bouddha, publié chez Tonkam
Dans une langue exotique Bouddha, publié chez Ushio Shuppansha
Chroniqué par Jessie Bi en novembre 1997

D’abord l’objet. Un poche qui impressionne car il fait 400 pages. De ma vie de bédéphile je n’avais jamais vu un poche contenant une bande dessinée, comme ça !
Tezuka y raconte donc l’histoire de Bouddha. Mais rassure-toi et rassure-toi pas, respectif ennemi ou ami de la biographie hagiographique du genre Charles de Foucault par Jijé, sur 400 pages Bouddha est présent à peine une dizaine de pages.
Tezuka présente le contexte sociologique d’une façon détournée et aventureuse. Le didactisme est là, mais justifié comme un gros plan logiquement apparue pour soutenir l’histoire. Mais attention pas l’Histoire, l’histoire. O.K. ?
Poursuivons.
L’Inde se caractérise par son système de castes. Cela pose des problèmes qui au final sous-tendent l’émergence du bouddhisme. Alors Tezuka montre comment un esclave fait tout pour devenir un guerrier, la seconde caste dans une hiérarchie en comprenant quatre. Il montre aussi la quête de spiritualité des brahmanes et les interminables et douloureuses guéguerres gangrenant l’Inde.

Toute cette complexité est racontée de façon dégagée, légère. Tezuka est le père de la manga. Il a constamment en tête son aspect dérisoire, l’adjective littérale à ces/ses images. Dès lors il apparaît dans sa manga (tel un Hitchcock dans ses films) de façon purement occasionnelle et anachronique entre la ? private joke ? de complicité avec les lecteurs et le gag non-sensique digne d’un Groucho Marx. Tezuka se dépeint à chaque fois sous les traits d’un docteur car le créateur de Black Jack a fait des études de médecine avant de devenir le père fondateur d’un médium en son pays où le soleil le lève.
Cette attitude de dérision (déridante) du maître se traduit aussi plastiquement dans des scènes relativement classiques où soudainement le héros s’attaque aux cadres de la planche pour exprimer sa colère. Il se déchaîne en se décasant car on cherche a empêcher sa volonté de se caser ... ! [1]

A la limite d’un art ?
Ce qui est sûr c’est que Tezuka va très loin avec cette manga et semble avoir pousser son savoir faire à son maximum. Prendre ce livre comme un testament esthétique et philosophique ne serait donc pas une erreur.

[1] Allons plus loin : le héros brise la chaîne des cases (cette bande dessiné) car il y a des cases de vide (inadmissible dans une bande dessinée) ; car il a une case de vide (un blanc dans sa pensée dû à la colère).
Geste dérisoire dans des images dérisoires, dans une lutte contre le blanc monochrome de la case, mais aussi contre son cadre dessiné (conventionnel). Cette page est donc aussi anti-conventionnelle comme le héros de Tezuka qui veut briser son cadre de vie, ses chaînes et ainsi monter dans la hiérarchie. (ajoutons pour finir que le personnage se sait en bas de page, on comprend mieux sa colère ...).

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25 janvier 2012
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