Cinderalla de Mizuno Junko
En français Cinderalla, publié chez IMHO
Dans une langue exotique Cinderalla-chan, publié chez Kôshinsha
Chroniqué par Xavier Guilbert en décembre 2005

Premier livre de Mizuno Junko à adapter à sa sauce des contes classiques, [1] Cinderalla-chan propose un voyage étrange et dépaysant dans son univers très personnel.
Si la trame globale du conte se voit respectée, ce n’est pas sans une certaine dose de re-création, devenant ainsi le terrain d’expression des thèmes récurrents de l’auteur. Sous le couvert d’un dessin ultra-cute aux couleurs vives, c’est une version joyeusement morbide que Mizuno Junko nous déroule : suite au remariage de son père (qui tient un restaurant de brochettes), Cinderalla se retrouve affublée d’une belle-famille zombie, puis finira par tomber amoureuse du Prince (chanteur dans un cabaret) zombie lui aussi, et tout cela se concluera avec la traditionnelle scène de la pantoufle de vair, ici avantageusement remplacée par un globe oculaire malencontreusement égaré.

L’on avait rarement vu zombies aussi mignons, mais surtout ce trait rond et faussement enfantin contraste avec la sexualité affirmée des héroïnes de ce récit (dans un univers où les personnages masculins font plutôt tapisserie), prêtes à partir à l’assaut toute poitrine dehors. On y trouvera également des moments d’une violence rendue d’autant plus surprenante — telle cette scène où la belle-soeur (zombie) de Cinderalla s’arrache littéralement les seins de dépit de ne pas trouver de soutiens-gorge à sa taille.
Enfin, on trouvera en leitmotiv dans ces pages une fascination certaine pour la nourriture, depuis les brochettes du restaurant (yakitori en Japonais, pris au pied de la lettre dans sa traduction la plus littérale d’« oiseau grillé ») jusqu’aux fruits géants du potager, en passant par la boulimie — mortelle pour le père, vitale pour la belle-mère, dans un jeu de miroir qui ne doit sans doute rien au hasard.

A des années-lumière des stéréotypes du shôjo manga, Mizuno Junko a d’ores et déjà établi son univers, à mi-chemin entre les Powerpuff Girls et les films de Russ Meyer, où des jeunes femmes modernes et fortes de leur féminité prennent leur destin en main — le tout en forme de bonbon acidulé et psychédélique.

[1] Les deux autres étant Hanzel & Gretel et Ningyô-hime Den, adaptation de La Petite Sirène. L’idée serait venue de l’éditeur peu confiant dans les capacités narratives de la jeune manga-ka, jusque là plus connue pour ses travaux d’illustration.

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BRÈVES
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