Comme un gant de velours pris dans la fonte de Dan Clowes
En français Comme un gant de velours pris dans la fonte, publié chez Cornélius
En anglais Like a Velvet Glove Cast in Iron, publié chez Fantagraphics Books
Chroniqué par Xavier Guilbert en mai 1998

Si vous n’avez jamais lu de bande dessinée underground, préparez-vous à un sacré choc. Un peu comme si, abreuvé de séries américaines dominicales (et ne connaissant rien d’autre en matière de cinéma), vous tombiez soudainement sur un film de David Lynch (Eraserhead, par exemple ...).

Il est donc difficile de parler d’un livre dont on comprend à peine l’histoire, mais qui vous captive et vous tient jusqu’à la dernière page. Et cette dernière page tournée, on a la sensation d’avoir lu quelque chose de très fort, sans pour autant savoir définir pourquoi.
La puissance évocatrice de Dan Clowes se rapproche beaucoup de celle de David Lynch : ce récit se déroule dans un monde apparemment éloigné du nôtre, un monde où les petites filles fument la pipe, où l’on peut nourrir un chien d’une simple seringue d’eau et où un médium tient ses audiences dans les toilettes d’un cinéma porno.
Mais ce monde étrange, comme l’univers de David Lynch, a tendance à télescoper le nôtre, à devenir beaucoup moins lointain, à acquérir une dangereuse réalité. Et c’est là que le malaise s’installe, dans cette soudaine réalisation que peut-être, sous la surface des êtres et des choses, il y aurait un autre univers, effrayant et malsain ... Ce sentiment inconfortable est amplifié par le dessin de Dan Clowes, ce dessin travaillé mais statique, qui vient en écho des conversations décousues et souvent surréalistes qui émaillent ce récit.

On pourrait croire que ce livre est un voyage dans la psyché pervertie d’un auteur torturé. Mais submergé par l’abondance des situations étranges, des signes sur lesquels on n’arrive pas à mettre de sens, c’est plutôt face à ses propres questions, ses propres inquiétudes que l’on se retrouve. Et c’est sans doute cela qui fait de la lecture de ce récit une expérience unique.
En conclusion, une oeuvre troublante, perturbante ... mais importante.

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2 RÉACTIONS
#01
Comme un gant de velours pris dans la fonte

Je crois que pour décrire l’effet que m’a fait la lecture de Comme un gant de velours pris dans la fonte, le plus juste serait d’évoquer le sentiment poisseux que l’on ressent au réveil d’un mauvais rêve. Malgré le côté glaçant du dessin, malgré l’horreur et le dégoût inspiré par certaines scènes, on est comme englué, on voudrait se réveiller, mais on continue la lecture, jusqu’au bout, pour comprendre, pour savoir le fin mot de l’histoire.

Il me semble que l’album fonctionne de bout en bout selon les mécanismes du rêve : les éléments se succèdent, absurdes, mais sont justifiés dans la suite de l’histoire par des théories invraisemblables que le protagoniste accepte et ne remet pas en doute ; le temps est élastique et indéfini ; la menace est partout, diffuse. Ce livre m’a procuré un profond malaise et pourtant je le trouve fascinant de maîtrise graphique et narrative. Et puis le titre est magnifique... Une de mes bandes dessinées préférées.

Un lien vers une interview de Daniel Clowes

par Blanche le 31 mai 2006 | Répondre à ce message
>01
Comme un gant de velours pris dans la fonte
On dit souvent que la bande dessinée sait susciter de nombreux sentiments, mais pas la peur. Eh bien "Comme un gant de velours..." m’a fait peur. Ce n’est pas le seul album qui ait réussi ça ("Dragon Head", "The Hole", et quelques mangas gratinés y parviennent...) mais ici il y a quelque chose de fort, je ne sais pas ce que c’est, mais oui c’est un album qui marque. Du David Lynch en BD, mais mieux, car Lynch est fort pour faire croire qu’il raconte quelque chose, mais au final on reste sur sa faim. J’ai lu le wlowes dans le train, j’ai raté ma station. Fasciné. Très belle édition de Cornélius par ailleurs.
par Chanyu le 1er juin 2006 | Répondre à ce message
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