Comme un poisson dans l’huile de Guillaume Long
En français Publié chez Vertige Graphic
Chroniqué par Loleck en septembre 2006

Guillaume Long raconte en 48 pages son année aux Beaux-Arts. On pourrait croire qu’il s’agit encore d’une autobiographie d’artiste, s’empressant de revenir, à peine les premiers livres publiés, sur ses années de formation. C’est un travers que toute une génération entretient, en feignant de croire que cinq ou six années de carrière donnent assez de matière pour entrer dans l’âge académique des mémoires et des grands bilans personnels. Et, d’une certaine façon, Comme un poisson dans l’huile n’échappe pas totalement à ce travers.
Mais l’intérêt du livre est ailleurs : l’auteur choisit en effet de construire son récit « à la Jochen Gerner », en 48 planches formellement identiques, chacune se présentant comme un gaufrier rigide dont les douze cases réglementaires, carrées, en noir et blanc, sont toutes flanquées d’un commentaire souscrit dans lequel l’auteur-narrateur explique ou commente, comme en voix off, le contenu des images.

Bien que le procédé rappelle fortement Gerner, Guillaume Long le traite avec un style propre, utilisant la rigidité du cadre pour varier les cadrages et les points de vue, pour intercaler sans avertissement des bribes de rêves, ou des allégories qui lui permettent de résumer toute une séquence en quelques images oniriques.
Mais surtout, la case peut ponctuellement se confondre avec les travaux réalisés à l’Ecole, ou avec les tableaux des musées parisiens : et c’est finalement chaque case qui devient une œuvre possible, comme si chaque moment de cette année d’étude avait pu au fond être le sujet introuvable de l’art. Finalement, les sardines du déjeuner, vues du dessus, c’est une œuvre d’art aussi — comme la télé devant laquelle Guillaume et son copain Rémi s’avachissent pendant des heures, comme les improbables essais de land-art de Rémi, comme au fond le moindre détail du paysage ou du mobilier.
Constat désabusé et distance ironique : tout est art et rien n’est art, et l’année des Beaux-Arts est le long défilement de ces 576 cases toutes candidates au statut d’œuvre. (mais pourquoi le 4e de couverture parle-t-il de ces « quelques 1200 cases » ? Avec douze cases par planche et 48 planches ?)

Cette distance ménagée empêche Guillaume Long de tomber dans l’autofiction pénible (la vie n’est pas un blog) ou dans la pesante dénonciation de l’inutilité de l’Ecole (on connaît le lieu commun). Au total, son récit est plus léger, plus rapide, que le sujet ne le laisserait penser — un peu de froideur clinique facile, un peu de complaisance, un peu de cette insupportable « poésie » qu’il faut glisser partout pour bien montrer qu’on n’a pas perdu son âme d’enfant, mais aussi des trouvailles et des ironies bien vues, et une unité de construction et de récit qui entraîne jusqu’au bout du livre sans qu’on s’en aperçoive.

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D’autre part, le Prix Goscinny vient récompenser Chloé Cruchaudet pour son album Groenland Manhattan (Delcourt). Ce prix, créé en 1986, est décerné chaque année à un jeune scénariste ayant publié trois albums au plus. Le trophée et la dotation de 5000€ seront remis durant le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême à la fin Janvier.
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