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| (c) Jochen Gerner / Extrait de "Contre la bande dessinée" | ||

L’Eprouvette est morte, vive L’Eprouvette. Tout d’abord collection, avant de devenir revue critique le temps de trois imposants volumes, elle est redevenue collection sans pour autant perdre son ambition de recherche de « Théorie, de réflexions et de conversations autour de la bande dessinée ».
A cet « autour », Jochen Gerner répond par un « contre ».
Jochen Gerner est auteur — sa problématique est autant artistique que critique. Il montre, il liste, il met en scène, mais laisse le commentaire et l’interprétation à son lecteur. Il accumule, il catalogue, et à sa manière, il témoigne. Ainsi, dans le numéro 2 de L’Eprouvette (la revue), il s’essayait déjà à « Femme nue + arme », une typologie des couvertures des bandes dessinées parues aux éditions Soleil. Après une brève introduction descriptive, suivait sur trois pages une longue liste méthodique et précise, laissant au lecteur le choix de tirer ses propres conclusions.
Contre la bande dessinée (sous-titré « choses lues et entendues ») procède de la même approche d’inventaire — même si celle-ci ne sera clairement explicitée que dans les crédits qui concluent cet ouvrage. « Les expressions, listes de mots, phrases ou paragraphes de ce livre proviennent intégralement de conversations entendues, de supports imprimés (livres divers, journaux, revues et magazines), de sites Internet ou d’émissions radiophoniques et télévisées. »
Ainsi, impassible, Gerner reproduit, retranscrit dans son style très identifiable cette succession de mots et d’images. Ce n’est plus une collection de coupures de presse, cela devient une matière — matière critique ou grinçante, mais surtout une matière ré-appropriée. On retrouve ici les échos d’autres explorations autour de Tintin, que ce soit avec son TNT en Amérique ou le travail autour de L’oreille cassée présenté dans L’Eprouvette. [1]
De cette ré-appropriation ressort la véritable nature de cet ouvrage : non pas un réquisitoire, mais simplement le témoignage d’une certaine vision de la bande dessinée — une vision personnelle, qui n’appartient qu’à l’auteur. On pourrait regretter que l’ensemble ne soit pas dûment indexé et numéroté et référencé, comme ce serait le cas dans un travail académique. Mais là n’est pas le propos. Cet inventaire demeure un inventaire personnel, un catalogue subjectif — « choses lues et entendues », certes, mais par Jochen Gerner lui-même.
Gerner liste donc, et ses listes s’imbriquent dans d’autres listes, s’illustrent, se répondent et se complètent. Contre la bande dessinée s’articule ainsi en thématiques, [2] collections de textes émaillés encore d’énumérations et de listes soigneusement organisées.
S’il n’est pas pamphlétaire, ce n’est pas pour autant que Contre la bande dessinée ne prend pas position. Bien sûr, le titre de cet ouvrage l’inscrit dans une problématique, mais on peut se demander dans quelle mesure cette problématique est aussi simple que cela, et s’il n’y aurait pas une part de critique effective dans ce « contre », fustigeant une certaine idée de la bande dessinée qui n’aurait finalement que ce qu’elle mérite [3] — un point qui se trouve également renforcé par la publication dans la collection Eprouvette, dans la lignée d’autres Plates-Bandes.
Il serait donc erroné de vouloir limiter le propos de ce livre à la seule illustration de la mauvaise image de la bande dessinée dans les divers médias — encore une fois, le discours de Gerner est plus nuancé et complexe, montrant plutôt toute une palette d’idées reçues et de perceptions maladroites. Son traitement (à la fois graphique et « scénique ») tout en polysémie se pose alors en écho décalé et caustique de cette multiplicité d’acceptations plus ou moins vagues, auxquelles il apporte de temps en temps un contrepoint en produisant des énumérations qui sont autant de regards en retour, défenseurs ou critiques.
Plus qu’un texte directement (simplement ?) théorique, Contre la bande dessinée propose donc une matière à réflexion — du « contre » pour pouvoir penser « sur » et « autour ». Et presque symboliquement, passé le préambule, la première page de cet essai propose au lecteur un petit exercice de « joint les points ». Une manière d’interpeller le lecteur, et de l’encourager, à son tour, à participer — une mise à l’épreuve.
[1] Dans le numéro 3,« Caramba ! », p.413.
[2] Soit : Préambule ; 1. Objet(s) ; 2. Décors et Couleurs ; 3. Personnages ; 4. Récits ; 5. Jeunes Lecteurs ; 6. Médiocrité ; 7. Sexe et Violence ; 8. Censure ; 9. Festivals ; 10. Exercices ; 11. Culture ; 12. Littérature ; 13. Cinéma et Télévision ; 14. Théâtre et Opéra ; 15. Musique ; 16. Nouvelles Technologies ; 17. Architecture ; 18. Dessin ; 19. Art ; Epilogue.
[3] On notera en particulier les citations tirées de L’Art de la BD de Duc, longtemps la seule méthode d’apprentissage de la bande dessinée — ou tout du moins, la plus largement répandue — dont émane une vision particulièrement réactionnaire et réductrice de ce que serait une « bonne bande dessinée ».
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#01
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Ce livre, comme tous les livres de petit malin pervers, est un bijou. Non seulement ça fait longtemps que Gerner a compris qu’un inventaire pouvait constituer un récit, mais avec cet ouvrage il trouve matière à faire de cet inventaire une sorte de définition. Livre doublement implicite, qui fonde par l’accumulation un récit, et un récit qui fonde à son tour une -contre- définition. Dingue. Youplaboum à DU9, qui en plus trouve le temps de faire une chronique sur Pajak. Deux bonheurs la même semaine, c’est presque trop. |
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par S. du aaablog le 18 janvier 2008
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#02
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Bande dessinée - littérature "facile". Jochen Gerner répond clairement à cette citation. Jamais je n’avais éprouvé une telle sensation en lisant une bande dessinée. J’avais le cerveau en ébulition, si bien que j’ai dû faire quelques pauses de temps en temps. Le texte et l’image sont totalement imbriqués et semblent remplir la même fonction. Les dessins, très proches du pictogramme, deviennent métaphoriques, conceptuels. Et du coup, il se crée un véritable dialogue entre l’image et le texte. La dichotomie que l’on peut souvent ressentir en lisant une bande dessinée s’efface complêtement. Et Gerner en à probablement conscience car la "queue" des bulles iconiques pointe souvent sur le texte, ce qui suggère bien que l’un et l’autre sont interchangeables. le dessin "parle" autant que le texte. Le texte "montre" autant que le dessin. Une lecture qui titille les neurones et qui étend encore les possibilités de la bande dessinée. |
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par Yann Gourhant le 9 février 2008
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Alors que la rentrée approche, un petit coup de rattrapage sur les différents prix décernés outre-Atlantique par nos amis américains, où l’on découvre des catégories aussi originales qu’excitantes — il faut avouer qu’entre “Best Biographical, Historical or Journalistic Presentation”, “Best U.S. Edition of International Material — Asia” ou encore “Best Previously Published Graphic Album”, on ne sait que choisir. Voici donc les résultats des Eisners (décernés le 23 juillet), les lauréats des Harveys (annoncés le 29 août), et les nominations des Ignatz (à venir pour le 11 septembre). En résumé : Asterios Polyp, The Walking Dead et CHEW ont gagné plein de babioles, et la sélection des Ignatz est (comme souvent) de haut vol. Voilà pour le cru 2010 — l’année prochaine, ça recommence.
L’auteur d’American Splendor et l’une des figures emblématiques de l’autobiographie en bande dessinée, Harvey Pekar s’est éteint hier à 70 ans. Il laisse derrière lui son « grand œuvre », chronique personnelle illustrée tour à tour par R. Crumb, Spain Rodriguez ou encore Joe Sacco, entre autres noms remarquables. En 2003, il avait été incarné à l’écran par Paul Giamatti.
Aux flâneurs de la capitale réfractaires aux sirènes du ballon rond, les jours qui viennent s’annoncent riches en horizons à explorer. Pour commencer, Thomas Ott s’expose du 11 juin au 17 juillet à la Galerie Martel (17 rue Martel dans le 10e). Ensuite, histoire de continuer à célébrer les XX ans de l’Association, Benoît Jacques prend la suite de Nine Antico et de Grégoire Carlé et « s’installe » du 15 juin au 17 juillet à Super-Héros (175 rue St Martin dans le 3e). Enfin, on pourra aller admirer le travail de Dominique Goblet & Nikita Fossoul et Aurélie William Levaux du 18 juin au 18 juillet au Monte-en-l’Air (71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare dans le 20e).