Detour de Ed Brubaker
En anglais Publié chez Alternative Press
Chroniqué par Gregg en mars 1998

« Il semble venir à l’esprit des gens que ces tremblements de terre sont le signe d’une fin du monde imminente, vu les personnages de Detour, ce n’est peut-être pas plus mal. »
Ed Brubaker à propos de Detour

Avec cette toute nouvelle série, Ed Brubaker progresse de l’autobiographie vers une plus grande exploration de la fiction. Au premier abord, il est difficile de voir la différence entre Detour et sa série autobiographique Lowlife ou l’entre-deux At the seams.
Le dessin est rigoureusement identique, je dirais même plus, les personnages ressemblent comme des frères aux personnages d’At the seams.
La différence réside donc uniquement dans l’aspect « fiction » du récit. « Science-fiction » pour être précis, car Detour se passe dans un futur proche.

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Un futur où les seules différences notables sont que tout ce qui va mal, en ce moment, va encore plus mal. Par exemple, on paye l’oxygène que l’on respire. Les habitations disposent de compteur, comme des compteurs à gaz, et l’on reçoit une facture à la fin du mois. Il faut porter un masque pour sortir dans la rue. Les SDF se contentant de foulards ou de chiffons.
Dans un flash-back, le personnage principal, Christopher, se souvient d’un de ses béguins de lycée. La jeune fille porte un t-shirt avec le slogan « pas de sang pour du pétrole ». Plus tard, il participe à des manifestions pour qu’on interdise les cigarettes dans les films. Le politiquement correct a triomphé !

L’humour noir est donc de rigueur dans cette vision pessimiste d’un futur très proche, trop proche.
Christopher est un anti-héros assez antipathique. Il est constipé, pleurnichard, hypocrite, veule, lâche et radin. Un héritage lui permet de ne jamais avoir à quitter son appartement, alors il surveille ses colocataires. Il y a celui qui ramasse les cadavres des pigeons qui semblent mourir étrangement, en ce moment. Il y a ce couple qui aime se promener nu dans l’appartement quand personne n’est là et qui ne se gêne pas à fouiller un peu partout.
Christopher mate aussi ses voisins d’en face quand ils font l’amour. Il ira jusqu’à poser un message anonyme sur leur porte pour leur rappeler d’utiliser un préservatif. « Dans un monde comme le nôtre, nous n’avons pas besoin d’enfants non désirés ou de maladie. »
Car c’est ça aussi, Christopher. Un pauvre type qui essaye vainement d’avoir une morale de vie et qui essaye d’en convaincre ses colocataires, s’en rendant, à leurs yeux, encore plus détestable.

Detour ne fait que commencer. Les personnages ont été présentés et il est difficile de deviner où Brubaker va les emmener. Il y a encore quelques défauts. Son dessin n’est pas toujours convaincant et la façon qu’a Christopher de surveiller ses voisins ressemble beaucoup trop à Petits meurtres entre amis de Danny Boyle.
Detour est quand même une série à suivre de près.

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