Dungeon Quest t.1 de Joe Daly
En français Publié chez L’Association
Chroniqué par Jessie Bi en novembre 2009

Ce garçon serait du millénaire qui débute. Il a le crâne en calebasse inversée. Inflation en quasi cercle auquel la tête — celle du visage identitaire d’où sortent les paroles — semble accrochée comme une nacelle à son ballon. C’est par ce plus léger que la réalité que l’on voyagera, par ce monde encéphale serti faisant contenu. Comme Joe Daly est l’auteur, immersion et distances ont leur rôle, sont enjeux, on y plongera, on les parcourra.

Millenium Boy semble avoir douze ans ou bien quatorze. Il est vrai, il existe, il est façonné, modelé, la preuve photographique est en couverture. On doit pouvoir le prendre en main, on pourrait le voir sur un échiquier, un plateau ou bien le dessiner sur une planche. En dessin, c’est deux points pour les yeux, un nez comme un « u » couché, un trait pour la bouche. Pas de houppette sur cet autre visage minimal mais en guise de coiffe cette excroissance affichant « en creux » [1] un triomphe du monde en soi, [2] faisant des alentours extérieurs un monde à lire, à parcourir, à quêter, à se chercher puisqu’il est ramené à soi.

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Des « banlieues du désespoir » [3] à ces périphéries de soi imaginaire, ce sont les lieues du ban qui se transforment en centre de merveilles où l’« heroic », la « fantasy » se pratique pour donner à ce « je » le rôle qu’il se cherchait.
Oui, tout cela part d’une grosse tête plus enflée par l’ego que la mémoire, plus enflée par la fiction que la réalité. C’est normal à cet âge, cela le devient peut-être aussi à cette ère.

L’enfant du millénaire serait comme un Don Quichotte mais sans le regard d’un Sancho voyant la vraie nature des géants. Un héros « à la triste figure » [4] qui a en supplément de se savoir plus ou moins consciemment au seuil d’une métamorphose qu’il espère super-héroïque plutôt qu’en adulte et la question sexuelle qu’elle implique.
Petit mâle en quête du donjon donc, de cette érection monumentale quelque part, abordable en ce monde puisque ce garçon rôliste peut tout y expliquer de façon « fantasyste », puisqu’il est enfin le maître de son « je ».

Quête ou fuite ? Nouvelle forme d’ivresse en tout cas, qui ne sera blâmable ou non que quand on connaîtra sa fin au troisième volume. En attendant, Joe Daly interroge avec humour l’emprise fictionnelle d’une culture populaire sur le monde vu de l’hémisphère sud. Une distance d’avec l’imaginaire paradoxalement d’autant mieux marquée qu’elle devient « en quête », et qu’elle se parcourt ici par la fiction. Une magie certes, mais d’homme aux doigts prestes [5] offrant un bonheur de lecture bien réel.

[1] En ronde-bosse devrait-on dire.

[2] Rond comme une planète.

[3] Première phrase du livre.

[4] Dont l’apparence pourrait navrer.

[5] Prestidigitateur.

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3 RÉACTIONS
#01
Dungeon Quest t.1
Et en plus c’est marrant.
par Pierre le 27 novembre 2009 | Répondre à ce message
>01
Dungeon Quest t.1
Je reste perplexe face a cette critique. C’est tres savament ecrit mais finalement, le livre, il raconte quoi, on y voit quoi ?
par Ben le 16 décembre 2009 | Répondre à ce message
>01
Dungeon Quest t.1
Petite bombe dungeon quest, le ton des dialogues est toujours aussi chouette, l’aventure démarre bien. C’est une ballade entre potes qui trippent sous les aspects du jeu de rôle entrecoupées de dialogues et réactions bien penser. Mortel.
par Un inconnu le 8 février 2010 | Répondre à ce message
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Aux flâneurs de la capitale réfractaires aux sirènes du ballon rond, les jours qui viennent s’annoncent riches en horizons à explorer. Pour commencer, Thomas Ott s’expose du 11 juin au 17 juillet à la Galerie Martel (17 rue Martel dans le 10e). Ensuite, histoire de continuer à célébrer les XX ans de l’Association, Benoît Jacques prend la suite de Nine Antico et de Grégoire Carlé et « s’installe » du 15 juin au 17 juillet à Super-Héros (175 rue St Martin dans le 3e). Enfin, on pourra aller admirer le travail de Dominique Goblet & Nikita Fossoul et Aurélie William Levaux du 18 juin au 18 juillet au Monte-en-l’Air (71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare dans le 20e).
Ah oui, et puis sinon, il paraît qu’il y a aussi quelque chose au Palais de Chaillot jusqu’au 28 novembre... alors bonne(s) visite(s).
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Avis aux amateurs : ce mois de mai promet d’en éblouir plus d’un.
Tout d’abord, du côté de nos voisins Suisses, on pourra aller goûter à l’édition 2010 du Festival Fumetto (à Lucerne, du 1er au 9 mai), qui propose un superbe plateau d’expositions consacrées à Jack Kirby, Emmanuel Guibert, François Avril, Thomas Ott, Chihoi, Nicolas Mahler, Brecht Evens, ou encore Nadia Ravicioni. L’ensemble du programme détaillé est disponible sur le site du Festival.
Et pour ceux qui seraient plutôt parisiens, ils pourront toujours tourner leurs regards du côté de la Galerie Martel, qui exposera du 5 mai au 5 juin des originaux de R. Crumb.
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