L’Ecole Emportée de Umezu Kazuo
En français L’Ecole Emportée, publié chez Glénat (Manga)
En anglais The Drifting Classroom, publié chez Viz
Dans une langue exotique Hyôryû Kyôshitsu, publié chez Shôgakkan
Chroniqué par Xavier Guilbert en mars 2006

Créateur du terme « manga d’horreur », Umezu Kazuo connaît son premier succès avec Hebi-Shôjo (« La fille-serpent ») en 1966, premier titre d’une bibliographie spécialisée dans le cauchemar. Hyôryû Kyôshitsu (L’école emportée) recevra d’ailleurs le prix annuel de la Shôgakkan en 1975, et sera même adaptée en série pour la télévision en 2001, sous le titre Long Love Letter.

La trame en est relativement classique, s’attachant à suivre les aventures et les tensions d’un petit groupe livré à lui-même dans une situation de survie — dans ce cas précis, une école primaire projetée dans un univers sinistre, seul îlot de vie au milieu d’un désert sous un ciel perpétuellement orageux. Et de montrer comment tout ce petit monde s’organise et se déchire, entre les contingences pratiques et les luttes de pouvoir intestines. Alors que les adultes sont dépeints comme cupides, égoistes et pour la plupart irresponsables, ce sont les enfants qui vont prendre le contrôle. [1]
On pense très vite à Sa Majesté des Mouches de William Golding, avec ces enfants qui remettent en place une structure de gouvernement de crise, qui va très rapidement basculer dans la violence et la haine. Mais Umezu Kazuo ne se contente pas de faire jouer les rivalités de ces écoliers, et va faire intervenir toute une galerie de créatures étranges et viscéralement horrifiques — on est dans un univers du chtonien, où insectes et reptiles règnent en maître.

Souvent, la narration (d’un trait parfois maladroit et daté mais toujours d’une noirceur extrême) touche effroyablement juste, au travers de scènes à la limite du supportables où presque tous les interdits moraux [2] vont être transgressés, jusqu’au cannibalisme. A d’autres moments, la naïveté trop flagrante brise le charme : depuis les dialogues et les réactions des enfants, qui trahissent une maturité exagérée pour des élèves de primaire, jusqu’à l’explication des raisons de leur présence dans cet univers dévasté, fatras pseudo-scientifique dont les Japonais sont assez coutumiers.
Comme beaucoup d’œuvres dites « de patrimoine », Hyôryû Kyôshitsu accuse aujourd’hui son âge et n’est pas exempte de défauts, [3] mais reste néanmoins un voyage viscéralement dérangeant dans l’univers du manga d’horreur.

[1] Témoin l’adoption symbolique du petit Yuu. A noter que cette thématique de la démission des adultes est une des grandes constantes des films de « slashers », Freddy et Jason en tête, où le salut des adolescents passe par l’entraide et l’altruisme — la reconstitution d’une cellule familiale, en quelque sorte.

[2] Hors tout ce qui a trait au sexuel.

[3] Comme quelques redites sur la longueur de ces quelques deux mille pages (en six tomes épais de petit format), dans la dernière partie du récit, avec la résurgence des affrontements entre groupes d’élèves, par exemple.

L'article a bien été envoyé.

Cet outil sert à faire suivre à destination d'un tiers un lien vers cet article sur notre site. Le courrier vous sera automatiquement envoyé en copie. du9 ne garde aucune trace de cet envoi.

adresse e-mail du destinatairevotre adresse e-mail
message [200 signes maximum]votre nom
   
1 RÉACTION
#01
Ecole Emportée, L’
Pour réflexion : pour qui sait les lire (pas moi), cette oeuvre montre sûrement ses rides, mais elle délivre par ailleurs en cathéter avec piqûres de rappel un message catastropho-écolo parfaitement d’actualité : "Regardez ce qui va arriver à la terre si vous ne faites pas attention à l’environnement". Et en effet, ça donne envie de trier ses déchets.
par V le 27 novembre 2006 | Répondre à ce message
SITES OFFICIELS
AVEC LES MÊMES AUTEURS
Hebi-onna de Umezu Kazuo
Neko-me Kozô de Umezu Kazuo
BRÈVES
Illuminations
5 mai 2008
Figure emblématique du New Yorker (auquel il collabora pendant presque soixante ans), Saul Steinberg est un génie déterminant de l’illustration et du dessin. Evénement rarissime, la rétrospective itinérante Saul Steinberg : Illuminations prend résidence du 6 Mai au 27 Juillet dans les murs de la fondation Henri Cartier-Bresson, à Paris. L’occasion de (re)découvrir toute l’étendue d’un talent multiforme.
Périscopages 2008
22 avril 2008
L’édition 2008 de Périscopages (« septièmes rencontres de la bande dessinée d’auteur et de l’édition indépendante ») se tiendra à Rennes du 16 Mai au 8 Juin 2008. Invités de marque au programme, Benoît Jacques, Nylso, Alice Lorenzi, le collectif Misma et Vincent Fortemps qui auront tous droit à une exposition et des rencontres — ces dernières s’inscrivant dans le cadre des deuxièmes assises de la bande dessinée indépendante, entre le 4 et 7 Juin.
Comme tous les ans, l’ensemble des expositions et animations seront gratuites. Plus de renseignements sur le site de l’association.
Entre 4 planches
15 avril 2008
Montrée à plusieurs reprises dans des festivals prestigieux, la superproduction des Requins Marteaux Entre 4 planches est désormais visible sur Internet. Un récit doublé d’une fable sociale, tour à tour poignant, haletant et inquiétant dans les coulisses de l’industrie de la bande dessinée, un monde décidément sans pitié. Quand le septième art rencontre le neuvième, ou l’inverse.
ABONNEZ-VOUS !
Vous êtes abonné !
NOUVEAUTÉS
Mon frère nocturne de Joanna Hellgren
Les Amis de François Ayroles
Tokyo Burger de Inoue Santa
ARTICLES LES PLUS LUS
DERNIÈRES RÉACTIONS
Et puis, même sur des auteurs déjà connus, il n’en reste pas moins des œuvres incomplètes ou jamais (...)
D’autant que les noms que vous citez chez d’autres éditeurs (Eddie Campbell ( !), Tony Millionaire) ne (...)
Poisson Radieux sur Vues Ephémères - Mai 2008
D’accord. Cela dit, le fait que certains auteurs ou ouvrages "classiques" soient disponibles, accessibles, (...)