Escondida de Georges Bess
En français Publié chez Les Humanoïdes Associés (Tohu Bohu)
Chroniqué par Sylvie Fontaine en août 1997

L’album de Bess, Escondida, présente des ressemblances avec celui de Seth, lui aussi nous livre les réflexions d’un solitaire, l’auteur, qui va trouver la matière de son récit sous la main, là tout près ... la ressemblance s’arrête là. Au monde muet, opaque, rigide et citadin de Seth répond ici un monde lumineux, éclatant, bavard, souple et naturel !
Quand on est seul (ce sont des choses qui arrivent ...) on peut observer les arbres, pénétrer doucement le coeur des fleurs ou le silence d’une vieille femme. Du même coup, on peut saisir que la forme (l’autre, le figuier, le caillou ...) n’est pas fermée, obtuse et incompréhensible matière, résistance, emmerdements etc.. Au contraire ! Bang ! Elle éclate, diffuse, danse, se donne et palpite avec force et vigueur.

Quand on est seul, on peut tenir un journal et les observations comme les formes vont affluer, varier, et devenir poèmes, lettres, rêves, délires ...
Quand on est seul, on peut méditer et être troublé par les cailloux. Sa méditation, même troublée, le yoga et toutes ces sortes de choses pourraient être trop hâtivement classées dans le tiroir babaécolopostsoixanthuitard égaré dans les landes etc ... Bess conscient de l’écueil, déjoue le piège par de salutaires séances d’auto-ironie bien aidé, il faut le dire par les cailloux bavards et les moutons polymorphes.

Haaaa !!! Les moutons polymorphes ! Quelle belle trouvaille ! Vous croyez peut-être que les moutons sont une bande de cons crépus entremêlant leurs bêtes bêlements dans le vent ? Pas du tout ! Ses moutons sont des maîtres yogis polymorphant à tout va et c’est peu de chose de le dire ! Ils possèdent la SCIENCE ! Ils mutent, gonflent, explosent, s’étirent, implosent, délirent, défrisent, se mettent la tête dans le cul et toutes sortes de choses très divertissantes. Tout bouge, change et se transforme, on aura été prévenu.
Les moutons eux, s’en foutent de maintenir leur structure (contrairement à un organisme civilisé) ils préfèrent rigoler un peu. Nous, souvent, non ! C’est con. La polymorphie nous fout la trouille, c’est pas trop propre, ça déborde.
Mais revenons à nos moutons. Si chez lui tout se transforme, c’est parce que le dessinateur sait que derrière sa main, derrière chaque trait, patiente un monde vaste, changeant qui ne demande qu’à éclore. Ce monde en attente derrière nos fronts, juste sous la peau voudrait bien qu’une image décrive sa magie. Son souhait s’exhausse : regardez les moutons et voyez comme toute forme contient en gestation une infinité d’autres formes, peut-être même toutes les formes du monde ?
L’univers tout entier se tapit derrière chaque pierre, chaque fleur, feuille, arbre, mouton et chiure de mouche même si on veut !
Maaiiiiis !!! Comment parler de ce qui est au-delà des formes ? « Je n’ai que mon crayon pour te tromper. » dit Bess. Eh bien moi, j’aimerais me faire tromper comme ça plus souvent, c’est sûr ! Car faire se chevaucher ainsi le cosmique et le comique (est-ce bien tolérable ?), c’est plutôt un cadeau, non ? Je ne vais pas vous parler de la leçon de dessin finale. Tout cet album peut se lire comme une interrogation sur la forme, la création au niveau personnel et universel. Tout cela se découvre et se savoure tranquillement.
Que ceux qui doutent d’une manière quasi professionnelle (donc immuable) se donnent la peine de considérer au moins la qualité du dessin et des observations qui nous sont livrées.

Quant au titre qui signifie « cachée », évoque-t-il la maison parmi les pierres, la forme derrière la forme derrière la forme etc ... ou bien l’essence derrière la forme ou bien .... (?)
On n’a pas fini de se poser des questions, c’est ça qui est chouette !

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BRÈVES
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