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| (c) Philippe Cohen, Richard Malka & Riss / Extrait de "La Face Karchée de Sarkozy" | ||

Un fond blanc, un dessin caricatural et grimacier composé à la Cabu, où se reconnaissent les figures de personnalités politiques françaises, Fayard comme co-éditeur, un prix assez élevé, une accroche un peu vulgaire (« la première bd-enquête » — nous y reviendrons) : la couverture nous annonce d’emblée que ce livre ne s’adresse pas aux publics habituels (le pluriel est voulu) de la bande dessinée mais bien au public des recueils de dessins de presse ou de livres consacrés à l’actualité politique, ces ouvrages que l’on retrouve quelques années après leur sortie sur tous les stands des vide-greniers et qui nous rappellent qu’untel s’est une fois cru présidentiable, qu’un autre a été premier ministre ou qu’un autre encore a été pour ou contre ci ou ça, avant de changer d’avis. Des livres qui nous rappellent que le temps passe, et dont les sujets choc et les titres alarmistes ou farçis de promesses de changements radicaux nous semblent rétrospectivement exagérés et même ridicules. L’actualité brûlante, une fois les braises consumées, nous conforte dans l’idée qu’il ne se passe jamais grand chose d’important en démocratie — sentiment qui, si je peux me permettre cette digression, est évidemment pernicieux, car l’indifférenciation mène naturellement à l’indifférence et finit par rendre impossible tout débat un peu technique et non spectaculaire.
Donc ce livre atterrira sur les vide-greniers. L’introduction, vaguement science-fictionnesque, nous prédit pourtant que dans près de cent ans on se penchera avec intérêt et curiosité sur le Sarkozisme : en 2098, un étudiant soutient une thèse sur le sujet en Sorbone. Il n’est pas certain que les auteurs se soient donnés la peine d’assister à une soutenance de thèse, mais passons, ce n’est pas le sujet — disons juste que ça n’est pas très bien vu : le jury n’a pas lu le mémoire et la soutenance se fait à huis-clos dans un amphithéatre vide. Les membres du jury sont, « conformément à la loi », les représentants d’au moins quatre minorités. Ouille : le livre nous annonce-t-il carrément une victoire de Nicolas Sarkozy, chantre du communautarisme ? La conclusion de l’ouvrage sera un peu plus ouverte.
La suite du livre nous présente le parcours d’un homme politique aux dents longues, qui a su utiliser le parti gauliste (UDR, RPR, UMP) comme tremplin pour sa personne. Il apparaît vite que Nicolas Sarkozy n’est fidèle ni aux idées ni aux personnes, qu’il a su trahir tout et tout le monde chaque fois que ça lui a permis d’avancer ses pions. Mais cela, qui l’ignorait ?
Le livre nous rappelle divers épisodes oubliés ou méconnus sur l’irrésistible ascension du présidentiable. Ce n’est bien sûr pas inutile, mais les auteurs, accumulant pourtant les informations, peinent à construire un Nicolas Sarkozy cohérent dans son incohérence, et peinent à expliquer de manière crédible comment les amis trahis ont pu se laisser trahir encore et encore, ou comment il semble aujourd’hui si évident, si facile, de qualifier dans les médias des centaines de personnes sans rapport les unes avec les autres de « proches de Nicolas Sarkozy ». L’album nous apprend un peu (il semble même qu’il contienne quelques informations inédites), mais ne nous aide pas à comprendre grand-chose. Il rappelle l’habileté de Nicolas Sarkozy à dévoyer les médias (petits cadeaux, intimidations), à utiliser toutes les armes possibles pour gagner (assomer ses ennemis politiques de contrôles fiscaux lorsqu’il était ministre du budget). Bref, un Rastignac, ou plutôt, un second Jacques Chirac (sous pseudonyme, dans « les échos », Nicolas Sarkozy aurait fait comprendre à Jacques Chirac qu’il lui rendait hommage, en quelque sorte, en étant constament un traitre et en n’ayant pas d’autre convictions que sa foi en lui-même et en sa réussite).
En cherchant à ne dire que ce qui est connu ou qui peut être prouvé, et en cherchant à ne jamais dépasser le cadre de ce que la loi autorise à dire, les auteurs (un journaliste, un avocat et dessinateur de presse) n’ont pas réussi à raconter une histoire, ni à faire une bande dessinée digne de ce nom. Le scénario, didactique et un brin feignant, est aussi vivant qu’une « histoire de France en Bande dessinée » des années 1970 ou qu’une « belle histoire de l’oncle Paul ». En couleurs, le dessin de Riss passe plutôt mal.
Malgré toute la sympathie que m’inspire le projet, j’avoue que je me vois mal conseiller la lecture ou en tout cas l’acquisition d’un tel album.
Ce livre reste cependant une intéressante démonstration du fait que la bande dessinée n’est pas un métier qui s’improvise si facilement. Écrire une histoire qui tient debout, construire des personnages et permettre au lecteur un minimum d’empathie avec eux (j’oserai avancer que pour aimer et surtout détester un personnage, on a besoin de cette empathie), rien de tout cela n’est facultatif lorsque l’on crée un album de bande dessinée, fut-il basé sur des faits rigoureusement vérifiables.
La promesse d’une « première bd-enquête » n’est pas tenue parce que ce n’est pas la première (on peut parler d’Art Spiegelman, de Joe Sacco, de Will Eisner ou même de Guy Delisle, mais aussi, pourquoi pas, de tous les auteurs plus traditionnels et pourtant passionnés d’exactitude, comme Hergé, Charlier ou Morris), mais aussi parce que ça n’est pas vraiment une bande dessinée non plus, nous sommes face à une suite de vignettes où jamais n’intervient l’inter-case : le lecteur ne comble pas les manques, on lui donne de nombreuses raisons de détester Nicolas Sarkozy — mais s’il a acheté l’album, c’est qu’il le détestait déjà — aucune clé pour le comprendre ou pour comprendre son succès.
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#01
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Bonjour, Pour le Péquin moyen que je suis, j’ai trouvé cette BD (que j’ai acheté pour offrir à Noël) facile d’accès pour se remémorer le parcours de cet homme politique hors du commun.
Je crois que nous, les électeurs en général, avons l’amnésie facile et qu’une piqure de rappel peut parfois être salutaire ... à la veille d’une échéance électorale.
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par Packi le 17 décembre 2006
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>01
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Sur la question du projet politique et citoyen, je n’ai pas de critiques à apporter au livre, et j’y ai appris beaucoup. J’ai même recommandé à ma fille à le lire, contrairement à mon affirmation, dans l’article, où je disais que je ne conseillais pas cette lecture :-) En effet, si Sarkozy est notre prochain président, autant savoir d’où il sort ! Non, c’est vraiment en tant que bande dessinée que j’ai des doutes, je ne trouve pas l’objet très intéressant ou très bien construit de ce point de vue précis. Et ce n’est même pas pour le plaisir de dire du mal qu’il m’a semblé important d’écrire sur le sujet, mais parce que ce genre d’album me permet d’affiner la définition de la bande dessinée ou, par comparaison, de montrer la force et l’intérêt d’autres projets de "bandes dessinées enquêtes". Derrière les bandes dessinées de ce genre se cache souvent un certains mépris pour la bande dessinée en général : venez-y voir, c’est plus facile à lire, moins fatiguant, et vous allez rigoler. C’est un peu comme Proust en bande dessinée : ce n’est ni Proust, ni de la bande dessinée.
par Jean-no le 17 décembre 2006
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#02
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Bonjour,
Je suis quasi au bout de la BD et j’avoue que je suis déçu.
Finalement, et je suis d’accord avec toi, on n’apprend pas grand chose d’important sur Sarko.
En particulier, j’aurais aimé trouver quelques bonnes casserole sur ce type. Des trucs bien graves, bien sordides.
Et puis je trouve qu’on n’insiste pas assez - même pas du tout - sur le coté le plus abject du personnage, à savoir son comportement vis-à-vis des étrangers. On dit, au contraire, qu’il a régularisé plein de sans-papier. D’un c’est faux et de 2 il a expulsé des parents et enfants scolarisés en France dans des conditions ignobles.
Donc BD intéressantes, mais pas du tout assez percutante.
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par Philippe, Paris le 18 décembre 2006
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>02
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Si ne rien apprendre, c’est ne pas avoir de révélations, je dirais normal vu que Sarko est ministre depuis 5 ans et qu’au moins 20 livres et une 100aine de dossiers de presse ont été écrit.
Je pense en revanche que le rappel de l’ensemble de ses faits et gestes depuis 25 ans est salutaire pour montrer à quel point le bonhomme ne se soucit que de lui et des ultra riches de Neuilly.
par fpnicolas le 29 janvier 2007
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#03
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La saga Sarko est bien conduite et la critique acerbe quant à son obsession de la com.
Je trouve dommage que l’allusion au sacre, style Napoléon, aurait mérité dêtre davantage précisé et approfondi. Le rêve éveillé de la droite est, en effet, de restaurer un régime autoritaire de type bonapartiste. Les rassemblements des godillots de l’UMP témoignent de cette tendance lourde dans l’électorat de droite tel que l’a décrit René Rémond, un historien.
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par Guy le 22 décembre 2006
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>03
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Je dois dire que c’est la première fois que j’entends comparer Sarkozy à Bonaparte mais maintenant que vous le dites, je trouve que Ségolène devrait porter un bonnet phrygien. Le deuxième tour de l’élection se résumerait alors à choisir entre 1789 et 1802...
par Un inconnu le 3 février 2007
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Alors que la rentrée approche, un petit coup de rattrapage sur les différents prix décernés outre-Atlantique par nos amis américains, où l’on découvre des catégories aussi originales qu’excitantes — il faut avouer qu’entre “Best Biographical, Historical or Journalistic Presentation”, “Best U.S. Edition of International Material — Asia” ou encore “Best Previously Published Graphic Album”, on ne sait que choisir. Voici donc les résultats des Eisners (décernés le 23 juillet), les lauréats des Harveys (annoncés le 29 août), et les nominations des Ignatz (à venir pour le 11 septembre). En résumé : Asterios Polyp, The Walking Dead et CHEW ont gagné plein de babioles, et la sélection des Ignatz est (comme souvent) de haut vol. Voilà pour le cru 2010 — l’année prochaine, ça recommence.
L’auteur d’American Splendor et l’une des figures emblématiques de l’autobiographie en bande dessinée, Harvey Pekar s’est éteint hier à 70 ans. Il laisse derrière lui son « grand œuvre », chronique personnelle illustrée tour à tour par R. Crumb, Spain Rodriguez ou encore Joe Sacco, entre autres noms remarquables. En 2003, il avait été incarné à l’écran par Paul Giamatti.
Aux flâneurs de la capitale réfractaires aux sirènes du ballon rond, les jours qui viennent s’annoncent riches en horizons à explorer. Pour commencer, Thomas Ott s’expose du 11 juin au 17 juillet à la Galerie Martel (17 rue Martel dans le 10e). Ensuite, histoire de continuer à célébrer les XX ans de l’Association, Benoît Jacques prend la suite de Nine Antico et de Grégoire Carlé et « s’installe » du 15 juin au 17 juillet à Super-Héros (175 rue St Martin dans le 3e). Enfin, on pourra aller admirer le travail de Dominique Goblet & Nikita Fossoul et Aurélie William Levaux du 18 juin au 18 juillet au Monte-en-l’Air (71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare dans le 20e).