
Ce livre est un recueil de 9 histoires paru en 1995 au Japon. Toutes ces bandes sont vraisemblablement contemporaines et plus certainement antérieures à Amer Béton datant de 1994. Elles s’offrent donc à nous, à la fois comme une genèse et une poursuite de l’univers de Matsumoto Taiyô.
On y retrouve pêle-mêle les obsessions de l’auteur : l’enfance, la ville, l’irruption de l’imaginaire dans le réel, la folie, la mort, l’animalité, la marginalité, le mélange, les yakusas, le fantastique tangentiel et poétique, le vol.
Les trois premières histoires forment une trilogie se déclinant sous le titre La fin d’une journée ordinaire. Chacune est consacrée à un personnage : un ado, un enfant, et un grand-père, tous respectivement confrontés à l’envie, la peur ou l’obligation de mourir. Trois destins, trois portraits magnifiques dans les arcanes de pensées/obsessions démontrées jusqu’aux images.Ces trois histoires, à elles seules, valent l’acquisition de ce livre.
D’autres portraits suivent ces trois bandes, mais ils abordent un tout autre registre, cette fois-ci plus satirique et caustique. Il s’agit de [Love2] Monkey Show qui regroupe 4 (ébauches de) portraits en deux pages, montrant toute la virtuosité de l’auteur dans une démarche d’extrême concision.
L’histoire suivante intitulée Duel, peut apparaître comme la plus faible du volume. Quasi-muette elle évoque un combat sanglant entre deux samouraïs. Elle se termine classiquement par la victoire d’un des personnages, mais Matsumoto n’explique ni le comment ni le pourquoi de ce combat. Un combat de brutes abruptes, qui est à la fois un effet de style et une monstration du tragique dérisoire en images. La faiblesse de cette histoire vient plus du dessin et découpage que du scénario. Il s’agit probablement ici d’un des travaux les moins récents de Matsumoto.
Vient ensuite Gon Gon Dynamite, une histoire attachante où les animaux parlent, mais pas le même langage que nous, ce qui nécessite une interprète. Un univers entre la planète des singes croisée avec une planète des ours, le tout dans la planète des hommes, celle d’aujourd’hui tout simplement. Avec un zeste de paradis perdu, voilà comment l’on voyage loin avec Matsumoto.
Les trois histoires qui clôturent ce livre sont comme des pièces originelles au puzzle d’Amer béton. Amis du Japon raconte la rencontre de deux hommes dont un est une sorte de Diogène halluciné, torse nu en plein hiver, parlant et s’occupant d’une poupée. On y retrouve le rapport de force Noiro (responsable, réaliste)/Blanco (rêveur au tempérament autistique). On pourrait croire qu’il s’agit des mêmes personnages en jeunes adultes, qui auraient oublié leur passé commun.
Frères du Japon donne son titre au livre, vraisemblablement plus pour des raisons d’équivalence visuelle évidente avec Amer béton, que pour des raisons de qualité ou d’importance de l’histoire. On y retrouve deux enfants aussi géniaux que Noiro et Blanco, tout à leur monde, habillés aussi bizarrement sauf qu’il s’agit là d’adultes qui ont trente ans et qui auraient réussi à rester des enfants (corps et âme) de moins de dix ans, un peu comme dans le film Le tambour de Schlöndorff. Dans cette histoire on retrouve aussi ces jeux d’images poétiques et surréalistes (baleine dans le ciel, plante chien, etc.) qui sont une des grandes forces de Matsumoto.
Enfin Famille japonaise est une histoire plus classique de Yakuza, un univers que l’on retrouve en partie dans Amer Béton, avec ceux qui ont des projets immobiliers auxquels s’oppose Noiro L’intérêt est ici plus dans la narration. Cette histoire montre que Matsumoto n’a pas un simple truc visuel poético-fantastique de l’ordre de la dérive. Il a aussi une manière de raconter très personnelle, qui lui permet/permettra d’aborder tous les sujets.
On ne peut donc qu’espérer beaucoup de cet auteur, ce livre étant la preuve évidente de son talent finalement multiforme et surtout de son importance capitale dans l’ennéamonde.
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.