Ghost World de Dan Clowes
En français Ghost World, publié chez Vertige Graphic
En anglais Ghost World, publié chez Fantagraphics Books
Chroniqué par Gregg, Xavier Guilbert en juin 1998

Ghost World, ou le monde des fantômes sur lequel Enid et Becky posent le regard dur et impitoyable de leur adolescence. Ghost World, ou ce monde peuplé de gens sans importance et sans substance. Car autour de ces deux jeunes filles aux jugements sans appel, tout devient haïssable et vide.

Au fil de leurs longues discussions, on découvre le mal-être d’Enid qui dispense ses petites cruautés autour d’elle, devant une Becky silencieuse mais aussi plus mesurée. Première victime de ces attaques, Josh, amoureux transi qui reçoit les vexations d’Enid — Enid, qui se déteste tant qu’elle ne peut comprendre que quelqu’un puisse l’aimer. Enid encore, qui se cherche dans son apparence, et qui condamne sans cesse celle des autres, peut-être envieuse de ce qu’ils arrivent à supporter leur propre image. Alors, pour se venger, elle leur invente des vies misérables, quand elle ne se moque pas ouvertement d’eux.

Pour décrire ces personnages égoïstes de ne pas savoir aimer, le dessin de Daniel Clowes se montre particulièrement bien adapté — glacial et lisse, s’attardant sur les visages qu’il fige dans leur dureté ou leur misère humaine.

Loin des délires oniriques de Comme un gant de velours pris dans la fonte, Daniel Clowes aborde un univers proche des récits d’Adrian Tomine. Sous sa couverture aux couleurs vives, Ghost World propose un voyage tout en nuances, subtil et sensible. N’hésitez plus, embarquez-vous.

[XaV]

Il existe quelques albums de bandes dessinées qui sortent du lot. Ce genre d’album que vous pouvez prêter à vos amis qui, habituellement, ne lisent pas de bandes dessinées. Ceux pour qui « bande dessinée » est un terme péjoratif.
Si, par hasard, vous leur prêtez un album comme Maus de Spiegelman, ils tariront d’éloge à son égard et n’en parleront jamais comme d’une « bande dessinée ». Oh, non ! « C’est » autre chose. « C’est » plus que de la bédé, c’est ... c’est ... c’est plus proche du roman ...
Vous voyez ce que je veux dire ?
Ghost World fait partie de ces albums.

Dan Clowes est célèbre pour son comics Eightball et les albums qui en ont été tirés comme Comme un gant de velours pris dans la fonte à l’atmosphère très Lynchienne entre Twin Peaks et Eraserhead.
Depuis quelques années, Clowes s’essaye à des récits plus réalistes. Des histoires très proches de l’univers d’Adrian Tomine. Plus précisément, les histoires de Tomine (Les Yeux à vifs) sont très proches de certains des récits de Dan Clowes. (L’influence de Clowes sur Tomine n’est, d’ailleurs, pas prête de disparaître car les deux auteurs sont voisins et amis !)
Ghost World est certainement son meilleur album à ce jour. (il sera adapté prochainement au cinéma, adaptation de Clowes et Terry Zwigoff)

Les protagonistes en sont deux jeunes filles en rupture d’adolescence.
Ce qui importe pour Becky et Enid, ce n’est pas ? qui ? elles sont, mais ce que l’on pense d’elles.
Leurs relations avec les autres tournent autour de cette obsession : le paraître. Essayer qu’on vous prenne pour quelqu’un d’autre, pas pour qui vous êtes vraiment. Rêver de changer de ville, pour repartir à zéro et refuser de croire que les angoisses déménageront également.
Elles ont aussi cette tendance à se croire plus réelle que le monde dans lequel elles vivent. Il est tellement plus simple de cantonner l’autre dans un stéréotype.
Ainsi ces deux jeunes filles sont loin d’être des personnages que l’on a envie d’aimer et c’est par cet aspect peu aimable que Clowes confirme l’étendue de son talent. Son regard oscille entre la compassion et la compréhension. Il ne juge pas, il ne caricature pas. Il reste à la meilleure distance de ses personnages, leur faisant prendre vie sans prendre parti.

[Gregg]

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1 RÉACTION
#01
Ghost World

Ce que j’apprécie surtout chez Daniel Clowes, c’est qu’il décrit l’adolescent sans le ridiculiser, ou le prendre pour un con (comme dans beaucoup de teen movies), et sans tomber dans le travers d’en faire une victime passive.

Il y a peu de bande dessinées ou je me retrouve dans cette description de l’adolescence (ou de l’âge adulte).. a l’exception de Clowes, Adrian Tomine, et pour un peu de parité, Debbie Dreschler...

(et dans la catégorie Bédé que je prete à ceux qui n’aiment pas "ça" "les pillules bleues", ça marche parfois très bien ...)

par Paulette le 24 avril 2007 | Répondre à ce message
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