Gus (t.1 & 2) de Christophe Blain
En français Publié chez Dargaud
Chroniqué par Jessie Bi en mars 2008

Un gus au Far West, long nez dans la tradition des gros nez, ne cherche pas à le diminuer en disant la vérité. Est-ce un cap ? Est-ce un pic ? Certainement les deux pour son auteur.

Bande dessinée et western ont en commun la notion de genre. On dit que tel film, par exemple, est du genre bande dessinée, comme on pourrait dire qu’il est du genre western.
Justement, Gus est une bande dessinée de ce genre, dans cette vaste thématique qui désigne une région bien à gauche de l’Europe sise autour de son méridien de Greenwich. Le western comme genre désigne un espace et une époque historique ; la bande dessinée comme genre, un objet et les formes qui la caractérisent pour certains, ou pour le moins l’ont caractérisée à une époque. [1]

Pour ceux qui la lisent, la bande dessinée n’est pas un genre, elle contient, en tant que média, voire médium, le western comme genre. Lucky Luke, Blueberry, Jerry Spring, Horace le cheval de l’ouest, Hop Frog, etc. — le contenant a plus d’une fois permis de goûter ce contenu dans ses variantes d’ordre comique ou bien dans celles désignées « réalistes ».
Pour Blain, la bande dessinée serait les deux, médium et objet, contenant un genre qui peut aussi, en même temps et pourquoi pas, la contenir. Gus témoignerait de ce point de vue. La bande dessinée contemporaine y est là, habitant ce Far West, cet extrême Occident d’un temps, pour rester contemporaine est dire autrement cet aujourd’hui (temps extrême) en Occident.
Il ne s’agit bien évidement pas d’histoire parallèle, mais d’un décalage à charge, transposition peut-être, comme a pu l’être Astérix le gaulois vis-à-vis de la société française des années 60 et 70, mais sur un mode tenant moins d’une sociologique à l’échelle du village, que sur celle plus intime et individuelle du sentimentale et du relationnel.

On pille les trains, les banques, on saute sur son cheval, on tire, on se bagarre, mais les problèmes restent les mêmes : les femmes, les hommes, la réalisation des rêves et l’épanouissement dans son travail.
Ce sont d’héroïques « outlaws » et « gunfighters », mais des antihéros comme nous dans leurs compromissions et leurs échecs. A moins que cela ne soit l’inverse.
Etre voleur ou pilleur est, dans ce western comme il faut, un boulot comme un autre, qui, plus qu’un autre, permet de se retrouver face à soi-même devenant un autre, ou bien devant un autre qui ne sera jamais comme soi-même.

Rassurez-vous, tout cela est tellement à l’ouest, dans une vastitude, une « frontier » de tous les possibles et de tous les désordres (amoureux), qu’elle devient celle des possibilités graphiques et d’un humour libérateur. Il n’y a pas de limites, il ne s’agit pas de franchir mais bien d’affranchir. Quoi de mieux alors que de faire rire, de rire de soi, de se faire rire ?

Notons pour finir qu’en tant que genre, bande dessinée et western sont aussi des cultures. Une verticale en tant qu’objet ou médias ; une plus horizontale, trans-médias, en tant qu’époque et décors racontés aussi bien par le cinéma, la littérature ou la bande dessinée. [2]
Ces livres sont au croisement de ces deux axes, fascinés par ce qui a fait les grandes heures du western comme par ce qui a fait celles de la bande dessinée. [3] Avec une belle constance, l’auteur fait partager sa délectation à rechercher, se rappeler, [4] détourner, s’affranchir pour dire, montrer, dévoiler tout en maintenant sans faiblesse un humour brillant et toujours nuancé.

[1] Les gros nez par exemple.

[2] Cette culture du western ne touche pas que les lecteurs et l’auteur, les personnage eux-mêmes baignent dedans. A cette époque, elle se forge autour de spectacles (comme celui de Buffalo Bill) et de livres. Gus, dès la première page du premier volume, dit avoir travaillé dans de tels spectacles. La relation aux livres de western est une des récurrences du second volume.

[3] Par ses histoires et ses personnages mais aussi par ses possibilités techniques narratives et graphique.

[4] Le dessin de Blain dégage une énergie burlesque digne des dessinateurs d’avant la seconde guerre mondiale. J’avoue aussi que la première fois que j’ai vu la couverture de Gus t.1, j’ai cru l’espace d’un instant qu’il s’agissait d’un catalogue sur Gus Bofa.

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1 RÉACTION
#01
Gus (t.1 & 2)
J’ai vraiment aimé le tome 1 centré sur gus mais alors le deuxième... très très ennuyeux... je l’ai trouvé bien en-dessous du premier.
par Un inconnu le 7 mars 2008 | Répondre à ce message
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