Hansel & Gretel de Mizuno Junko
En français Hansel & Gretel, publié chez IMHO
Dans une langue exotique Henzel & Gretel, publié chez Kôshinsha
Chroniqué par Xavier Guilbert en janvier 2006

La plupart du temps, l’intérêt des réinterprétations d’œuvres classiques se trouve le plus souvent dans le commentaire qu’elles apportent, et dans la manière dont un discours daté garde (ou retrouve) une nouvelle pertinence dans un contexte plus actuel.
On ne trouvera rien de tout cela dans Henzel & Gretel, second opus inspiré d’un conte, dans lequel Mizuno Junko s’affranchit joyeusement du matériau de base pour continuer à jeter les fondations d’une œuvre toujours aussi personnelle.

Autant Cinderalla-chan suivait la trame globale du conte original, autant Henzel & Gretel n’en conserve que de très rares éléments : le nom des personnages principaux, l’idée de maisons construites avec des friandises, et une sorcière ayant un faible pour la chair humaine qui terminera dans sa propre marmite.
Par contre, il n’est plus question d’enfants que l’on abandonne dans la forêt parce qu’on ne peut plus les nourrir, dans un renversement de situation qui fait passer Gretel du statut de victime à celui de salvatrice, forte et prête à en découdre. Car les personnages féminins continuent ici à occuper le premier plan — la présentation des parents étant d’ailleurs caractéristique, avec un père plutôt fâlot et une mère au caractère bien trempé.
Qui plus est, l’ombre de Russ Meyer continue à flotter sur ces pages, renforcé par le soin particulier apporté à la représentation particulièrement sensuelle de ces personnages aux fausses allures de poupées. Les poitrines sont girondes, les petites culottes ne se cachent plus, sans compter les scènes dans un bain public qui ouvrent et concluent ce récit.

Mais de tous les thèmes récurrents chez Mizuno Junko, c’est bien sûr sa fascination pour la nourriture qui joue ici à plein — envahissant tous les compartiments de l’histoire, qui s’ouvre par une famine, continue au « tabemono-land » (ou « manger pour être mangé »), et trouve sa résolution dans un régime amaigrissant en guise de réinsertion. On pourra aussi noter que la « méchante » de ce récit puise sa motivation dans le « vol » de ses boulettes de viande, alors qu’elle gardait le meilleur pour la fin.
De son propre avis, [1] Mizuno Junko reconnaissait qu’elle cherchait à rendre son dessin le plus « appétissant » possible — et effectivement, on peut constater ici qu’elle s’en donne à cœur-joie, notamment dans les paysages pâtissiers de « tabemono-land ». Tout cela reste résolument « mignon » (comme ces « mines de pain » où l’on tombe parfois sur un filon de croissants) mais touche parfois à l’étrangement malsain — comme dans le cas de ce porc géant se découpant joyeusement une tranche de lard pour le barbecue de ses amis.

Plus convenu dans sa progression narrative, sans doute moins marquant que Cinderalla-chan et ne bénéficiant pas de l’effet de surprise, Henzel & Gretel demeure un objet inhabituel, Mizuno Junko continuant à explorer une veine de « gothic cute » qui n’appartient qu’à elle.

[1] Durant une table ronde à Angoulême 2005.

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