The Horrible Truth About Comics de James Kochalka
En anglais Publié chez Alternative Comics
Chroniqué par Loleck en février 1999

Au fond, il y a un sacré paquet de dessinateurs de comics qui passent une bonne partie de leurs planches à raconter leur désir de faire des comics. Quand on a entre les mains le dernier Kochalka, The Horrible Truth About Comics, on se dit que Kochalka rejoint la cohorte (qu’il avait déjà fréquentée dans Magic Boy & Girlfriend). Et puis, au fil des pages, on s’aperçoit que ça n’a rien à voir. Kochalka ne parle pas du désir de dessiner : Kochalka parle du plaisir de dessiner. C’est très, très différent.

Bien sûr, on s’était dit en voyant la couverture (Magic Boy en pyjama, posé sur la planète improbable dessinée par Saint Exupéry pour la couverture du Petit Prince) que quelque chose ne tournait pas rond. Ça ne sentait pas l’autobiographie tourmentée, ni le quotidien disséqué, ni les états d’âme étalés. Gagné. Kochalka est ailleurs. Sur une autre planète. Sur une planète où les comics commencent comme des traités sur l’art et finissent comme de tièdes endormissements.

Dans un décor de sous-bois nocturne, de flaques d’eaux et de feuilles mortes, Magic Boy au milieu d’une nuit d’insomnie commence à raconter comment on devrait faire des comics. L’art, chez Kochalka, n’est pas autre chose qu’un jeu d’enfant, un peuplement du vide, une petite musique pour habiter l’espace. On fait un trait sur la feuille (et Magic Boy essuie sa chaussure sur un gros rocher blanc et plat), on dessine soi-même son monde intérieur (et Magic Boy se regarde dans une mare), on calcule le rythme des cases (et en disant cela Magic Boy commence à ronfler doucement).

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Vous avez compris ? Kochalka utilise son personnage pour raconter la création du monde, des comics et de l’art, et pendant qu’il le raconte, son personnage, tout en parlant, le fait. Sautant de son lit à son tas de feuilles mortes, puis débarquant sur la lune (toujours au milieu des feuilles mortes), puis s’éveillant le temps de boire un verre d’eau et de se recoucher, Magic Boy montre sans se démonter ce que les comics devraient être : une invention du monde, une réponse à une question qu’on ne s’était jamais posée, une mélodie pour visiter les autres esprits. La technique ? Une simple affaire de politesse. L’idée ? Un obstacle, si on l’a avant. Une erreur, si on la cherche après.

L’essentiel, c’est le jeu de l’art, parce que le jeu permet de se dévoiler joyeusement. En quelques coups de pinceaux évidents, avec des cases grosses comme des peluches, belles comme des camions, simples comme bonjour, Kochalka se met tout nu. Au passage, il donne le plus bel encouragement qu’un dessinateur hésitant rêve de recevoir. Et, autour de lui, dans les couvertures intérieures de son comic, des copains viennent faire leur petite case d’hommage : Seth, Megan Kelso, Ivan Brunetti, Jeff Smith, Dylan Horrocks et quelques autres, venus dire à Kochalka qu’il a raison, que c’est ça, les comics : une petite musique de nuit.

Ah, un dernier truc : peut-être que mon papier ne veut rien dire. Peut-être. Je ne sais pas. Je m’en fous un peu. Je ne suis pas sûr d’avoir envie d’être très, très clair. Mais je suis sûr que je vais relire Kochalka pendant toutes mes prochaines insomnies.

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