
Rabaté continue sa longue adaptation d’un roman russe oublié. Peut-être vaut-il mieux parler d’interprétation d’ailleurs, car Rabaté n’a jamais caché qu’il se sentait complètement libre vis-à-vis du roman de Tolstoï (pas le connu, un autre) qui lui sert plus de trame de départ que de scénario contraignant.
Ibicus raconte l’errance d’un minable qui profite de la révolution bolchevique pour essayer de s’en sortir. Il n’y parvient jamais, même s’il connaît parfois des heures de gloire, en prenant l’identité d’un aristo, ou en trafiquant un peu. Siméon n’est pas un héros, c’est un pauvre type, une victime ballottée par les événements de l’Histoire, qui tente malgré tout de s’en sortir, sans aucun panache mais avec cynisme, arrivisme et une bonne dose de lâcheté.
Rabaté prend son temps, laisse le climat de son histoire s’installer, se développer, le long de ces grandes pages aérées, de 3 ou 4 cases, tout en nuances de gris et de blanc. Le lecteur se laisse aller à ce récit délié, il suit les longues silhouettes, dans cet univers triste et grotesque, et jamais on ne se sent pressé d’arriver à l’issue finale.
Ibicus est esthétiquement irréprochable, mais ce n’est pas tout, c’est un récit admirablement mené, avec une formidable nonchalance. Rabaté pourra, s’il le désire, quitter à jamais la bande dessinée après son Ibicus : il aura donné une oeuvre.
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.