Inspecteur Moroni (t1) Premiers Pas de Guy Delisle
En français Publié chez Dargaud (Poisson Pilote)
Chroniqué par Appollo en juin 2001

On attendait avec impatience cet album de Guy Delisle, le premier dans la nouvelle collection Poisson Pilote de Dargaud. Il faut dire que notre québécois réunionnais avait su en quelques albums conquérir son lectorat : Aline et les autres, recueil de fables muettes et cruelles avait démontré la force narrative d’un dessin simplifié mais extrêmement efficace (si cet adjectif a quelque sens en matière d’art) et Shenzen, époustouflant carnet de voyage en Chine, avait consacré Guy comme un auteur majeur et incontournable du paysage bd français.
Refusant la facilité qui aurait consisté à, par exemple, proposer une ? suite ? à Shenzen, Delisle se lance cette fois-ci dans le récit humoristique de format classique. L’inspecteur Moroni (qui ne partage avec la capitale des Comores que le nom) est une sorte d’anti-héros flic absolu. Il est insomniaque, hypocondriaque, à moitié autiste, maladroit, limité intellectuellement, et sur-protégé par sa mère. Le voilà propulsé, en compagnie d’un autre flic plus ancien et autrement plus efficace, dans une enquête aux ramifications internationales qu’il va systématiquement foutre en l’air.

Le schéma du flic incapable, idiot et sûr de lui, est désormais un classique du film policier, depuis les formidables Panthères roses avec Peter Sellers, et ce n’est finalement pas dans ce récit peu surprenant que réside l’intérêt de l’histoire de Delisle.
En revanche, on s’attardera sur une caractérisation du personnage un peu plus ambigu qu’il n’y paraît. Certes, Moroni est un nul, mais c’est surtout une sorte de grand malade, incapable de quitter un univers psychique fermé , qui vit seul avec son chien (qui parle) dans la terreur de l’extérieur, dont la seule relation sociale semble être une mère ultra-possessive, et qui semble à ce point victime de son propre autisme qu’il est incapable d’appréhender la réalité qui l’entoure. En ce sens, Moroni est effrayant, et si l’on rit de ses maladresses, on ne peut s’empêcher de ressentir un vrai malaise devant son comportement de psychotique.
De fait, la réussite de Delisle réside dans ce portrait finalement plus terrifiant qu’amusant de flic taré, alors même que l’histoire est, en elle même, guère surprenante (ni même vraiment captivante). Et c’est d’ailleurs là où le bât blesse, car on se demande bien comment notre québécois pays va pouvoir continuer une série dont le principe de fonctionnement semble déjà épuisé. Reste aussi, il est vrai, le formidable dynamisme du dessin et des choix narratifs toujours judicieux. A suivre, donc.

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Ah oui, et puis sinon, il paraît qu’il y a aussi quelque chose au Palais de Chaillot jusqu’au 28 novembre... alors bonne(s) visite(s).
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Avis aux amateurs : ce mois de mai promet d’en éblouir plus d’un.
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Et pour ceux qui seraient plutôt parisiens, ils pourront toujours tourner leurs regards du côté de la Galerie Martel, qui exposera du 5 mai au 5 juin des originaux de R. Crumb.
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