Lala de Malika Fouchier
En français Publié chez La Joie de Lire
Chroniqué par Jessie Bi en septembre 2006

A deux lettres près (les mêmes), Lala avait pour prénom l’onomatopée enfantine de la comptine intimement fredonnée ou de la moquerie victorieusement affichée. De tout façon, il y a là un peu des deux. Lala est en enfance, Lala est dans l’enfance. Il n’y a pas grand chose à dire (le peut-on à cet âge ?), juste à vivre au jour le jour, de cases en cases, de pages en pages, au gré des surprises qu’offre le monde accueillant.

Comme je suis adulte (ce n’est pas de ma faute), je vois dans la rotondité de couleur où se loge les Lala agissantes, la fovéa du souvenir, un confort maternel protecteur et la forme d’un nombril tenant un peu de la cicatrice encore récente, mais surtout du départ, du rayonnement perceptif donnant l’autonomie intérieure en ce monde d’extérieurs. Pour moi toujours, strictement entre deux départs pour peu encore, [1] ces nuances pigmentaires, à la fois support et limites mettant le blanc et les mots en périphérie, sont la métaphore de l’enfance sur un papier quasi photographique, développé d’un négatif mémoire ayant été ponctuellement exposé par le faisceau lumineux du souvenir. [2]

Ces pages sont donc positives et cet album de bande dessinée est aussi un album de famille, d’amitiés où s’égrainent les aventures d’une petite fille.
Les mots légendent sa vie en image qui, suivant l’âge du lecteur ou de la lectrice, seront perçus comme commentaires ou descriptions. Car ne l’oublions pas, si la bande dessinée s’adresse à l’enfance, c’est avant tout à celle qui sait lire (ou apprend). Avant, ignorant jusqu’au sens de lecture, on se contente des images, de leur contiguïté et de leur part de mystères, qui, ici, se résolvent et se compliquent à nouveau par des mots habillés de cursivité, autre signe d’enfance et de témoignage.

Ce n’est donc pas Lala qui parle mais l’auteur des images. Celle-ci, attentionnée, écrit sous elles comme une mère parle de et à ses jeunes enfants, en devinant ce qu’ils ne peuvent dire. Mais quand la précision du prénom fait place à l’imprécision du « on », le livre gagne (encore) en souvenir ce qu’il ne perd pas en enfance.

Certes la nostalgie (de souvenirs) est l’apanage des adultes (les pauvres). Pour les enfants, Lala est/sera avec eux, comme eux, dans le contemporanéité de ce qu’ils sont physiquement et socialement. Les mots périphériques sont là d’où ils viennent (autour), sont ceux qu’ils leur manquent mais aussi ceux qu’ils comprennent, récemment perçu, récemment écouté, appris, laissant leurs cerveaux assigner [3] ce monde (le leur) semblant en expansion.

Et pour ces adultes me direz-vous ? Condamnés aux souvenirs ?
Eh bien au détour d’une case cet aveu d’enfance de ne pouvoir raconter une histoire, tout en sachant dessiner, tout en s’insérant dans le dessin, dans ce décor de craie tracé sur le sol.
On comprend alors que ce ne sont pas les idées qui leur manquent, c’est la relativité des souvenirs d’où elles surgissent. L’auteur est grande donc, et ses « petites personnes », ses « Lil’people » sont dans une histoire sans le savoir, ce qui, suivant l’âge du lecteur ou de la lectrice bien sûr, constitue vraiment, bien plus qu’une satisfaction.

[1] Ce sera mon élément d’objectivité pour cette chronique.

[2] Ou encore, comme dans la collection « J’observe - Première découverte » de Gallimard, où une languette de papier avec un rond blanc passée entre un transparent assombri et son support noir, donne l’illusion de l’éclairement de scènes.

[3] Mettre des signes.

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