Lapinot (t5) Vacances de printemps de Frank Le Gall & Lewis Trondheim
En français Publié chez Dargaud (Poisson Pilote)
Chroniqué par François Boyer, Xavier Guilbert en avril 1999

Avec la nouvelle saison arrive le nouveau Trondheim, ou presque. Et lorsque l’on est fan, on n’hésite pas, on l’achète, et sitôt arrivé chez soi, on se rue dessus pour le lire, avec un vrai plaisir de gamin.
Mais il faut avouer que depuis quelques temps, Trondheim est à la baisse. Alors que l’on voit se multiplier ses productions en technicolor chez Dargaud (avec les « Lapinot » et les « sans Lapinot ») et chez Dupuis (Donjon avec Joann Sfar, et deux autres albums — au moins ! — à venir cette année), les petits essais en noir et blanc se trouvent réduits aux rares pages dans Lapin, dont l’intérêt laisse plutôt à désirer.

C’est donc avec un peu de méfiance que j’ai ouvert ce dernier tome « made in Lewis ». D’une part, c’est un Lapinot « thématique », alors que je préfère — et de loin — les Lapinot « modernes » plus proches de l’autobiographie. D’autre part, je voyais d’un mauvais oeil l’arrivée d’un scénariste dans un univers déjà bien établi.
Méfiance finalement inutile, vu que ce dernier Lapinot est plutôt un moment agréable. Frank Le Gall s’est entièrement fondu dans la touche Trondheim, et si ce n’est certains passages particulièrement poétiques ou contemplatifs, on retrouve tous les ingrédients qui font les « bons » Lapinot : narration enlevée et dialogues décalés, le tout soutenu par un dessin efficace avec quelques touches de génie.
Seul point noir au tableau, que l’on pourrait coller sur ce nouvel opus : « peut mieux faire ». Comme un élève doué, Lewis Trondheim se laisse aller à la facilité, et se dire que « si ce n’est pas génial, c’est quand même bien au-dessus de la moyenne » serait montrer trop peu d’exigence pour un auteur qui nous a gratifié de quelques grands moments de bande dessinée.

Alors oui, Vacances de Printemps permet de passer un bon moment de détente, mais ne déclenche pas l’enthousiasme que l’on pouvait avoir en découvrant Approximativement ou Slaloms, ou encore J’aime/J’aime pas parmi les premières planches parues dans Lapin.
Il semblerait que, à force de vouloir faire de la bande dessinée, l’auteur qui bousculait les idées reçues en se lançant dans un pavé de 500 pages sans savoir dessiner s’est coulé dans le moule et ne produit plus que de la « bédé » avec des « aventures ». C’est peut-être ce qui me chagrine le plus dans l’évolution de Trondheim : ce sacrifice au format de « l’aventure », un format tant formel (l’album couleur de 48 pages) que narratif — loin des libertés des Monolinguiste et autres Génèses Apocalyptiques.
Autrefois spécialiste des défis impossibles, il semblerait que le seul challenge que veuille relever Lewis Trondheim ces derniers temps soit « sortir entre 6 et 10 albums chaque année ». Et même si son talent maintient le niveau de sa production au-dessus de la médiocrité ambiante, on souhaiterait qu’il se montre plus exigeant vis-à-vis de lui-même.

[XaV]

A l’amour, mon amour ... Lapinot prend quelques jours de repos dans la campagne anglaise victorienne. Au cours d’une balade en barque, il retrouve un merveilleux souvenir de jeunesse. Miss Nadia est là, sur la berge. Retrouvailles qui vont raviver dans le coeur de Lapinot des émotions oubliées. L’amour, toujours l’amour. Avec les conseils d’Alex, son majordome, Lapinot va essayer de contrer ses anciens compagnons de jeux, qui comme lui sont sur les rangs aujourd’hui pour ravir le coeur de Miss Nadia.

C’est le premier volume de Lapinot dont le scénario n’est pas de Lewis. Il tranche avec les aventures antérieures de Lapinot par la sensibilité, le coté réaliste et dramatique de l’histoire. Ici, l’on peut se faire mal, et ça arrive. Le romantisme attise les passions et blesse souvent ses admirateurs. Le dessin de Lewis est naïf, comme l’apparence de ses personnages. C’est un trait qu’il a choisi. Mais que l’on ne se méprenne pas. Vacances de printemps va vite vous renvoyer vers vos souvenirs ...

[François]

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