La Loi du Marché
Dossier de Xavier Guilbert en novembre 2008

En Juillet dernier, du côté d’Angoulême, se tenait la Troisième Université d’Eté de la Bande Dessinée, au sujet hautement évocateur : « Vive la crise ? » Et si l’on évoquait avec plus ou moins d’inquiétude qui la surproduction, qui l’avènement du numérique, qui encore l’importance croissante des manga, aucune de ces menaces n’arrivait à la cheville de celle qu’une question vint évoquer en fin de table ronde des éditeurs, le premier jour des débats : « Scénario catastrophe : la loi Lang disparaît, comment réagissez-vous ? »
Alors que l’on avait vu jusque là les intervenants discuter de leur vision respective du métier d’éditeur (qui, on l’imagine, n’étaient pas tout à fait les mêmes entre Louis Delas de Casterman et Jean-Louis Gauthey de Cornélius), les dissensions avaient alors fait place à une unanimité preque saisissante : il fallait conserver la loi Lang, coûte que coûte. Il en allait de la survie du réseau de librairies et de la « bibliodiversité ». Rien que ça.

Pourtant, le 8 Février dernier, M.E.L. (puisque c’est ainsi qu’il n’hésite pas à signer) osait sur son blog une attaque en règle contre la loi Lang :
« Anodine mais amusante réflexion de Philippe Mabille dans La Tribune du 8/02 : “Pourquoi Jacques Attali a-t-il arrêté son bras à 316 mesures précisément, et pas 300” (chiffre repris pour la couverture du livre). Pourquoi pas un autre nombre ? [...] Mais je me risquerais bien à une autre explication. Il y aurait bien eu l’opportunité d’intégrer une 317ème mesure dans le rapport. C’est l’abrogation de la loi Lang.
A part libraires et éditeurs, les lecteurs connaissent de moins en moins cette loi (1981) qui interdit de pratiquer des rabais sur les livres. C’est typiquement une mesure corporatiste. La Fnac, puis E. Leclerc, s’étaient battus contre cette mesure qui faisait partie des “déjà” 101 propositions de Mitterrand. Les tribunaux nous avaient re-toqués au grand soulagement de la profession arc-boutée à l’époque, comme les taximen aujourd’hui. »

Diantre, la loi Lang serait alors une « mesure corporatiste », « qui interdit de pratiquer des rabais sur les livres » ? C’est écrit entre les lignes — contrairement à M.E.L., la loi Lang ne pense pas aux lecteurs, qui pourraient payer leurs livres moins chers, mais seulement à cette « corporation » des libraires et éditeurs qui (il ne fait aucun doute) en profitent impunément. Tst tst tst.

Alors, cette loi Lang ? Dernier rempart contre l’Apocalypse, ou vil arrangement anti-lecteur ? Ami lecteur, lectrice mon amour, du9 (collectif non-aligné) mène l’enquête.

Dura lex, sed lex

En France, la commercialisation du livre est régie par la loi n° 81-766 du 10 août 1981 modifiée relative au prix du livre, dite Loi Lang. Cette loi dispose que le prix de vente des livres doit être indiqué par l’éditeur sur la couverture du livre, et que tout détaillant est tenu de vendre l’ouvrage à un prix compris entre 95% et 100% du prix indiqué. Le prix ainsi fixé s’impose comme un minimum à toutes les éditions ultérieures de l’ouvrage dans un délai de neuf mois. [1]
Donc très succinctement, la loi Lang fixe le prix auquel un ouvrage peut être vendu en France, quel que soit l’endroit où on l’achète.

Il faut d’ailleurs noter que la France n’est pas un cas isolé, puisque l’on compte pas moins de 11 autres pays dans l’Union Européenne qui ont adopté des dispositions comparables, [2] auxquels on peut rajouter le Japon, la Corée du Sud ou encore le Mexique, l’Argentine ou la Norvège. On remarquera qu’un certain nombre de ces dispositions ont été prises récemment, ce qui semblerait indiquer qu’il y ait un véritable enjeu (culturel, économique ou politique) derrière le prix unique du livre.

L’exemple Grand-Breton

Par chance, nous disposons quasiment d’un « laboratoire grandeur nature » outre-Manche, puisque la Grande Bretagne vivait depuis 1990 sous la régulation d’un accord interprofessionnel, le « Net Book Agreement ». Cet accord ayant été suspendu en 1995 suite à un certain nombre de pressions, l’on peut donc analyser la situation britannique (marché donc sans politique de prix unique du livre) avec le bénéfice de plus d’une décennie de recul.
C’est d’ailleurs le domaine d’expertise de Francis Fishwick (anciennement professeur en Managerial Economics à l’université de Cranfield, Royaume-Uni), lequel donnait en Mai dernier une communication sur le sujet dans le cadre du symposium « Vielfalt statt Einfalt » qui se tenait à Soleure, en Suisse. Les réflexions qui suivent se basent donc principalement sur le contenu de cette conférence, complété ou mis en perspective à l’aide de quelques recherches personnelles, l’idée étant de dégager (en terme simples) les grandes dynamiques à l’œuvre.

Suite à la suspension du Net Book Agreement en 1995, on constate tout d’abord que les ventes de livres en Grande-Bretagne se sont progressivement déplacées vers les canaux de distribution les plus puissants. En effet, dans un premier temps, on a vu les petits libraires perdre du terrain (leur importance se voyant divisée par deux entre 1998 et 2004), principalement au profit des grandes chaînes spécialisées. Puis dans un second temps, les grandes chaînes spécialisées ont reculé à leur tour, sous la montée des supermarchés.
La (très officielle) Booksellers Association reste assez elliptique sur le sujet, reconnaissant néanmoins dans un rapport : « The number of stockholding bookshops has decreased slightly, but retail square footage devoted to books has grown enormously. Bookshop chains have opened more branches and supermarkets and other non-traditional outlets have increased their sales and range of books. » [3] Pas de chiffre mais une évolution réelle, avec moins de libraires indépendants, et plus de grandes surfaces, spécialisées ou non.

Répartition des ventes de livres en valeur en GB [4]
1998 2004 2007 France
Chaînes spécialisées 38.5 43.3 37.5 25.8
Libraires Indépendants 19.9 10.6 9.6 21.8
Supermarchés 4.0 6.4 11.0 21.2
Clubs de lecture 24.7 17.8 10.9 15.7
Internet 0.3 9.1 20.0 6.8
Autres 12.6 12.8 11.0 8.7

Cette « prise de pouvoir » par les grands comptes centralisés a eu plusieurs impacts.
D’une part, comme on pouvait s’y attendre, on a assisté à une augmentation des rabais sur les livres — mais pas tous les livres. En effet, on note que ces opérations se sont majoritairement portées sur les meilleures ventes au détriment du reste de la production, confirmant ainsi l’utilisation de ces ouvrages comme produits d’appel.
D’autre part, ces rabais importants en apparence cachent une réalité toute autre. En effet, alors que jusqu’en 1997 l’évolution de l’indice des prix du livre restait en ligne avec celle de l’indice des prix à la consommation, ce n’est plus le cas : ainsi, les prix du livre auraient augmenté de près de 50% depuis 1995, dans un contexte de prix à la consommation en progression de 27,6% sur la même période. [5]
On se retrouve donc dans une situation « industrielle », où l’on se focalise sur quelques best-sellers vendus avec des rabais importants afin d’attirer la clientèle. Par contre, le reste de la production subit une forte augmentation de ses prix, au détriment des lecteurs de ces ouvrages moins vendeurs.

Du point de vue des éditeurs, cette situation nouvelle n’est pas sans conséquence. En effet, qui dit grands comptes centralisés, dit aussi pouvoir de négociation renforcé. Et si ces derniers sont prêts à pratiquer des politiques de prix cassés, il n’est pas question qu’ils en supportent l’intégralité des coûts, loin de là. L’équation est simple : en échange de commandes plus importantes, les éditeurs se voient obligés d’accepter un prix d’achat plus bas — coupant dans leur marge, et augmentant leur prise de risque.
Le tableau ci-dessous met en lumière cette dynamique, puisqu’il apparaît que la part du prix dévolue aux vendeurs (le « retail » en bon franglais) était déjà supérieure en Grande-Bretagne en 1998 à l’hypothèse haute constatée en France en 2006. Il est d’ailleurs probable que la situation se soit encore accentuée depuis, au vu de l’importance prise par les grandes surfaces en général.
L’abandon du prix unique du livre a donc fragilisé la position des éditeurs au profit des grands réseaux de ventes. Alors que l’indice du prix du livre (vendu au consommateur) progressait de près de 50% entre 1995 et 2007, les prix d’achat aux éditeurs n’ont augmenté que d’environ 33% [6] — la différence étant, on l’imagine, au bénéfice des grands réseaux de ventes.

Répartition du prix du livre entre les acteurs [7]
GBFrance
Auteur 8% 8-12%
Fabrication 15% 15-19%
Editeur 14% 10-20%
Marketing 8% 6-10%
Retail 55% 36-52%

De plus, il ne faut pas oublier que les grands comptes centralisés sont également gouvernés par une politique de rentabilité. Leur objectif est donc de privilégier les titres à forte rotation (et donc générateurs de revenus) au détriment de titres moins vendeurs. Les conséquences ne se sont pas faites attendre : la montée en puissance des supermarchés sur le secteur du livre, amorcée en 2004, s’est accompagnée d’une diminution marquée (-12% entre 2003 et 2007) du nombre de nouveautés annuelles — un chiffre qui était jusqu’alors en croissance constante (cf. Booksellers Association, « Titles Published 1994-2007 »).
Ainsi, la combinaison de ces deux facteurs — fragilisation des éditeurs, importance croissante de la politique de rentabilité des vendeurs — entraîne à terme un appauvrissement de l’offre, écartant les titres jugés insuffisamment viables. Ces derniers titres avaient pu jusqu’alors exister grâce à un réseau de libraires indépendants positionnés sur des niches, [8] réseau mis à mal par la montée en puissance des grands comptes, comme on a pu le voir.

Quel que soit le sujet, la ligne de défense des grandes surfaces est souvent la même : leur préoccupation principale, c’est le consommateur. Qu’en est-il, justement ?
Depuis 1995, le marché du livre en Grande-Bretagne a enregistré une progression corrigée de 59,5% — une progression qu’il faut relativiser dans un contexte de forte augmentation de la consommation : +48% au global, +56% pour dépenses de loisirs et culture. De plus, n’oublions pas la forte augmentation du prix des livres (+49,6% sur la même période), qui explique à elle seule la quasi-totalité de la progression constatée.
Plus encore, la plus large diffusion du livre dans les grandes surfaces (génératrices de plus de passage) n’a eu aucun impact visible sur l’importance de la population d’acheteurs de livres. En 1995, une étude continue indiquait que 24,4% des foyers interrogés avaient procédé à un achat de livre durant les deux dernières semaines. En 2006, ils étaient 23,9% — autant dire un statu quo.

Récapitulons donc ce que l’on peut tirer de ce rapide tour d’horizon Grand-Breton :
L’abandon du prix unique du livre attire l’intérêt des grands comptes centralisés sur ce produit.
Les grands comptes pratiquent des rabais importants sur les best-sellers afin de s’en servir comme produit d’appel. Par contre, les titres générant des volumes plus faibles voient leur prix augmenter.
Les grands comptes font valoir leur force de négociation auprès des éditeurs, qui se fragilisent en se voyant obligés d’accepter des prix d’achat plus bas.
Incapables de soutenir la concurrence, les libraires indépendants perdent du terrain et disparaissent, fragilisant plus encore les titres aux ventes modestes.
Face à la pression des grands comptes, les éditeurs se retrouvent alors obligés de réduire leur prise de risque, et diminuent le nombre de sorties en écartant les livres jugés moins porteurs.
Malgré la politique de forts rabais, le nombre d’acheteurs de livre n’évolue pas. Par contre, les acheteurs ont désormais le choix entre quelques best-sellers à prix cassés, et des prix majorés sur le reste de la production — amputée des livres jugés moins porteurs.

Retour en France

Ce tableau que l’on entrevoit Outre-Manche permet de mieux comprendre pourquoi M.E.L. se montre si vindicatif à l’égard de la loi Lang, dont il souhaiterait l’abrogation. De facto, cela donnerait le pouvoir aux grands réseaux de vente (dont E. Leclerc sans nul doute aux premières loges), affaiblirait la position des éditeurs, et ferait basculer la fragile contradiction qu’est « l’industrie culturelle du livre » dans la logique industrielle. Quant aux consommateurs (que M.E.L. semble si désireux de défendre contre les méfaits du corporatisme), ils se retrouveraient perdants face à une offre moins riche, mais proposée à des prix plus élevés — encourageant plus encore une concentration sur les meilleures ventes.

C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle est arrivée la Commission des Affaires Culturelles, Familiales et Sociales, dans son « Rapport d’information sur la politique du livre » présenté le 7 Juillet 2008. Car la loi Lang protège la culture en atténuant la loi du marché. Et là, ami lecteur, lectrice mon amour, nous avons tout à gagner.

[1] Pour les plus curieux, la Direction du livre et de la lecture du Ministère de la culture et de la communication tient à disposition un mode d’emploi du prix du livre très détaillé.

[2] Par voie législative : Allemagne, Autriche, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal ; par accord interprofessionnel ou autre : Danemark, Hongrie, Bulgarie, Slovénie. La loi serait en réflexion en Belgique francophone.

[3] Traduction : « Le nombre de librairies a légèrement diminué, mais la superficie consacrée aux livres sur les lieux de vente a augmenté considérablement. Les chaînes spécialisées ont ouvert plus de boutiques et les supermarchés et autres canaux non-traditionnels ont augmenté leurs ventes et leur offre en livres. »

[4] Source : Francis Fishwick, « Book retailing in the UK since the abandonment of fixed prices ». Sauf chiffres France, « Le secteur du livre:chiffres-clé 2006-2007 ».

[5] Il est à noter qu’à l’inverse, en France, le prix du livre suit l’évolution de l’indice général des prix à la consommation ou lui est inférieur. Cf. p.14, Commission des Affaires Culturelles, Familiales et Sociales, « Rapport d’information sur la politique du livre », Juillet 2008.

[6] Soit une progression « normale » au vu de l’évolution de l’indice des prix à la consommation sur la période (+27,6%).

[7] Source : Grande-Bretagne - Booksellers Association, « Price of a Book - Who Gets What ? », Septembre 1998 ; France - Commission des Affaires Culturelles, Familiales et Sociales, « Rapport d’information sur la politique du livre », Juillet 2008.

[8] Cf. la communication de Francis Fishwick : « In the week ended 22 December 2007 (probably the busiest of the year) only nine of the 20 best-selling titles in independent bookshops were in the top 20 for the market as a whole. » [Traduction : « Durant la semaine se terminant le 22 Décembre 2007 (sans doute la plus active de l’année), seulement neuf des vingt meilleures ventes dans les librairies spécialisées étaient présents dans le top 20 du marché dans son ensemble. »] p.3, op. cit.

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12 RÉACTIONS
#01
Loi du Marché, La

Je suis surpris de votre dernier tableau. Vous annoncez des chiffres sur la répartition du prix du livre... êtes vous sûr de ces chiffres ? Auteur 8-12% Fabrication 15-19% Editeur 14% 10-20% Marketing 6-10% Retail 36-52%

pour le % auteur, nous sommes d’accord. c’est sur la partie diffusion-distribution et libraire que j’ai des doutes.

pour moi, l’éditeur négocie une remise avec le diff-distributeur. le diffuseur distributeur négociera une remise avec le libraire. Cette remise sera fonction des ventes du libraire. Un bon libraire va négocier 40 %.... la marge ne peut donc pas être de 36%... Si c’était le cas, cela voudrait dire que le diffuseur perd de l’argent.

Pour moi, auteur entre 8% et 12% 2diteur entre 28% et 40% diffu-distri-libraire entre 52 et 60 %

par loic le 28 novembre 2008 | Répondre à ce message
>01
Loi du Marché, La

Loïc,
Les chiffres du dernier tableau sont extraits du « Rapport d’information sur la politique du livre » (p.9). Votre remarque est tout-à-fait judicieuse, puisque pour construire ce tableau, je me suis appuyé sur la dénomination anglaise, et je me suis ensuite efforcé de « faire rentrer dans les cases » les chiffres que me donnait le rapport ci-dessus. En effet, dans ce rapport, les 8-10% que j’ai affectés au marketing (Distribution/Marketing dans l’item anglais) sont donnés pour le « Diffuseur (représentants) ».

Il est toujours difficile de réconcilier des données provenant de sources différentes — cependant, dans le cadre de l’illustration du point que je voulais mettre en avant (à savoir, la fragilisation de la position des éditeurs au regard de celle du retail), la part des revenus dévolus à la triplette « auteurs-fabrication-éditeurs » est beaucoup plus réduite en Grande-Bretagne qu’en France.
Je ne cherchais pas à mettre en avant autre chose.

par Xavier Guilbert le 28 novembre 2008 | Répondre à ce message
#02
Loi du Marché, La
Analyse éclairante et salvatrice ! Il faut continuer à défendre la loi Lang !
par dado le 28 novembre 2008 | Répondre à ce message
#03
Loi du Marché, La

Pour vendre un livre :

- un auteur met plusieurs mois à fabriquer la matière première.
- un imprimeur met quelques jours à l’imprimer.
- un éditeur met quelques heures à décider s’il le produit ou pas et quelques heures de supervisage et publicité diverse.
- un vendeur met quelques minutes à le mettre en rayon

C’est inversement proportionel au gains que ces différents acteurs tirent de la vente du livre ...

Je sais, c’est un peu grossier ... pourtant, qui fait le gros du travail en réalité ?

Comme quoi travailler plus pour gagner plus ...

par thdezo le 29 novembre 2008 | Répondre à ce message
>03
Loi du Marché, La

"un vendeur met quelques minutes à le mettre en rayon"... Oui, c’est un peu grossier. Je suis libraire. Et notre profession tient aujourd’hui beaucoup de la manutention. Lorsqu’on reçoit "un" titre, on en reçoit de nombreux exemplaires. Ce qui signifie des dizaines de colis (plus d’une centaine par semaine en ce mois de novembre). Et des dizaines de colis d’invendus à retourner pour mettre d’autres piles à la place. Etc... Et pour vendre des livres, il faut les lire. Oui, je sais. Ca doit faire rire. Mais sur une soirée de lecture de 5 ou 6 albums, je lis en général 4 ou 5 navets. Je lis pour pour répondre à la fameuse question :"Est-ce que ça vaut la peine ? Qu’en avez-vous pensé ?". Alors oui, ça en fait des heures passées à lire des ouvrages inqualifiables... Et puis on fait des sites, on écrit des chroniques, on réagit sur des forums, bref, on se bat pour défendre notre métier toute l’année et non pas "quelques minutes". Car être libraire aujourd’hui, c’est se battre et surtout contre cette idée reçue que ce "doit être le plus beau métier du monde parce que vous pouvez tout lire toute la journée sans devoir payer avec les doigts de pieds en éventail". J’ai mal au dos après ce samedi passé à la librairie. Vraiment. "Mal". Alors je n’accepte pas ce commentaire.

Sinon je suis surpris que le comparatif se fasse avec l’Angleterre et non pas avec la Belgique qui n’a pas la Loi Lang.

par Nicolas le 29 novembre 2008 | Répondre à ce message
>03
Loi du Marché, La

L’une des raisons les plus simples du choix de l’Angleterre plutôt que la Belgique, ce sont les données qui m’étaient disponibles. Si vous avez à disposition une étude aussi complète que celle sur laquelle je me suis basé pour essayer d’expliquer les dynamiques en jeu, je suis preneur.
L’autre intérêt de l’Angleterre, c’est que justement, elle a connu une telle loi ou équivalent, qui sous la pression de grandes chaînes, s’est retrouvée abolie. L’évolution de la situation là-bas me semblait donc d’autant plus intéressante qu’elle pouvait donner une idée de ce qui pourrait bien arriver ici.

Sinon, plus sérieusement, la Belgique Francophone a (comme l’Irlande) une spécificité qui est d’être un (petit) pays frontalier d’un autre (à la population nettement plus importante) qui parle la même langue. A priori, je serais donc plutôt enclin à penser que les difficultés des éditeurs locaux sont moins directement imputables à une loi en particulier, qu’à une combinaison de tout un tas de facteurs, dont aussi des évolutions plus globales liées à des importations, implantations et autres concurrences.
Ceci étant, je ne sais plus si je l’ai mentionné dans ce texte, mais la Belgique francophone étudierait actuellement l’instauration d’une loi du prix fixe du livre.

par Xavier Guilbert le 29 novembre 2008 | Répondre à ce message
>03
Loi du Marché, La

Salut Xavier,

J’étais bien fatigué hier soir en écrivant mon message. J’ai eu une réaction un peu rude et posé une question un peu idiote. Pour ma question, je comprends mieux. Peu de données en effet. Et il serait difficile d’évaluer un marché belge où, le prix étant libre, de nombreux touristes français viennent profiter des remises (comme on peut profiter de l’essence au Luxembourg). Cette loi est à l’étude depuis longtemps en Belgique mais, si j’ai bien compris, les éditions Dupuis y ont toujours été opposée (les nombreuses ventes à bas prix dans les supermarchés semblent intéressantes). En tant qu’imposant éditeur belge, Dupuis a toujours su empêcher le passage de cette loi. Maintenant que Dupuis a rejoint DDL (Dupuis-Dargaud-Lombard), j’ignore si son impact sera le même sur nos politiques. Pour ce qui est de la Loi en elle-même, j’ai beaucoup de mal à me prononcer. Je suppose que c’est mieux pour tout le monde. Mais à l’heure où la Bande Dessinée devient un luxe, je m’interroge sur ce système qui permet néanmoins aux clients moins fortunés d’acheter des ouvrages à meilleur prix (en Belgique entre 10 et 20% moins chers dans les librairies spécialisées). D’un autre côté, je comprends que ce prix libre ne soit pas une "solution", qu’il ne résout pas le problème. C’est tout le monde de l’édition qui doit être repensé pour que les livres soient accessibles à tous.

par Nicolas le 30 novembre 2008 | Répondre à ce message
>03
Loi du Marché, La

En fait, je peux comprendre la position de Dupuis — tout le nœud du problème réside dans l’équilibre des rapports de forces entre l’éditeur et les canaux de distribution dans la négociation. Comme tu l’indiques, Dupuis est un éditeur Belge important, et par conséquent, a du "poids" vis-à-vis des distributeurs. Qui plus est, il a aussi les best-sellers, et la situation ne peut que lui bénéficier : plus de ventes, sur des titres sur lesquels les marges sont de toute façon déjà basses.
Ceux qui y perdent, ce sont les petits, qui eux n’ont ni cette capacité à négocier sur un pied d’égalité, ni les locomotives qui profitent d’une focalisation sur les meilleures ventes.

Ensuite, pour ce qui est de la bande dessinée qui soit un luxe, je n’ai pas de données sur la Belgique (une fois de plus...), mais les données sur la France montrent que la bande dessinée est depuis longtemps un loisir d’élite. Je renvoie à mon article (Im)populaire, et aux diverses études qui sont mentionnées dans les actes de la première Université d’Été de la Bande Dessinée (Éditions de l’An 2) et qui montrent que cette situation date d’au moins vingt ans.
Il serait cependant intéressant de regarder dans quelle mesure les prix des bandes dessinées auraient augmenté effectivement plus que le coût de la vie, ce qui pourrait alors apporter du poids à cet argument. Ceci étant, je m’en méfie un peu ... le philanthropisme n’étant pas vraiment la marque de fabrique des grands enseignes, il y a forcément un point noir quelque part.

par Xavier Guilbert le 30 novembre 2008 | Répondre à ce message
Loi du Marché, La
Bon exemple, la Belgique, grand pays de Bande dessinée : Dupuis et Le Lombard appartiennent à un groupe Français, Casterman à un groupe Italien. Le plus gros éditeur de Bande Dessinée belge à 100% doit être la Cinquième couche. Le fait que les trois mastodontes se soient fait rachetés (pour des raisons différentes) est-il en rapport, d’après vous ?
par Un inconnu le 1er décembre 2008 | Répondre à ce message
Loi du Marché, La

Le mieux à faire c’est donc de publier soi-même, ou sur le net. D’avoir aussi la certitude d’écrire sans faute d’orthographe, sans erreur typographique, de maîtriser les logiciels de mise en pages, de création graphique, de les maîtriser et de savoir agencer cela avec goût, de s’y connaître en gestion, en estimation du seuil de rentabilité d’un livre, du point mort, du compte d’exploitation prévisionnel, de savoir faire des demandes de devis aux imprimeurs et de choisir l’option la plus en adéquation avec son budget, de pouvoir également donner une expertise sur le papier, l’imposition, la composition, le type d’impression, puis d’être apte à diffuser ses livres auprès des librairies et grandes surfaces culturelle, de négocier le pourcentage accordé, d’assurer une logistique de distribution efficace pour tenir en confiance les libraires, à nouveau d’assurer la comptabilité et la gestion de toute cette logistique, également assurer la vente des livres en en faisant la promotion, en envoyant des dossiers de presse aux médias et autres relais, acteurs avec lesquels vous aurez entretenu un réseau depuis des années, de faire également des publicités sur le lieu de vente, des affiches, catalogues et autres marque-page, et comme tout ne se vendra pas vous devrez aussi assumer la logistique et les frais des retours, et donc assumer la prise de risque des 80% de livres qui ne permettent pas de réaliser des bénéfices.

Si vous êtes capable de tout cela, éditez-vous tout seul, en effet.

par TV le 1er novembre 2011 | Répondre à ce message
#04
Loi du Marché, La
On peut également comparer la situation du livre avec la situation du disque et du DVD, dont le prix n’est pas fixe : disparition des petits disquaires, réduction et formatage de l’offre, écarts démentiels des prix (du simple au triple) pour un même "produit". Après, on s’étonne que le marché du CD et du DVD est en crise...
par Un inconnu le 30 novembre 2008 | Répondre à ce message
#05
Loi du Marché, La
La proposition qui tend à rapprocher la situation du disque à celui du livre me semble très juste. Oui, la disparition de la loi lang aurait pour première conséquence de voir disparaître les librairies indépendantes. Elles n’ont vraiment pas besoin de cela actuellement. Souffrant de la disparition de la trésorerie , il ne faudra pas attendre beaucoup de temps pour voir les premiers morts. Je pense que le gouvernement à compris qu’il allait être difficile de toucher à cette loi. C’est pourquoi, il a décidé d’attaquer sur un autre terrain. Le 5 mai dernier, l’assemblée nationale a voté la loi de modernisation de l’économie. Que dit elle ? Cette loi réduit le délai de paiement. Avant un libraire recevait sa marchandise au jour J. Il devait payé cette marchandise 90 jours plus tard. Cette loi rend obligatoire, le paiement à 45 jours fin de mois ou 60 jours calendaires. Il est évident que cette mesure a un effet direct sur la trésorerie des librairies. S’il est de bon ton de rester vigilant sur le sujet de la loi lang, il est plus que temps de se révolter contre cette nouvelle loi. Chose rare, le SNE (éditeurs), la SGDL(auteurs),le SLF(libraire), le SDL(diff) se sont rapprochés pour combattre cette loi. Vous pouvez les aider en signant la pétition (http://sne.fr/pages/informations/co...)
par loic le 1er décembre 2008 | Répondre à ce message
BRÈVES
D’ici de là-bas
25 janvier 2012
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Neuf
4 décembre 2011
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Tirer un trait/Tisser des liens
4 novembre 2011
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.
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