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| (c) Olivier Texier / Extrait de "Mal faits" | ||

Comme son titre l’indique, Mal faits rassemble quelques dizaines de dessins hâtifs, grossièrement torchés au Bic noir sur des feuilles à petits carreaux, jetés en quelques gestes, pas soignés, ricanants, comme Olivier Texier a l’habitude d’en parsemer son blog]. Quelque part entre le cradzine des années 90 et la nappe en papier d’un bar punk, les sales crobards de Texier gagnent presque à être imprimés : le papier les ramène à leur véritable nature de gribouillis sans apprêt, délibérément cheap dans la manière et dans la matière. La publication sur un blog, c’était presque trop moderne, trop lumineux pour ces méchants dessins, dans lesquels les traits baveux du bic saisissent dans l’instant une idée mi-absurde mi-acide.
D’ailleurs, le papier est peut-être encore trop beau pour le recueil de Texier (surtout dans l’emballage de la collection « pas vu pas pris », qui a un côté exagérément classieux dans le cas de ce petit livre). Ces vacheries parfois hilarantes, ces petits jets d’acide gratuitement noirs, méritent un support plus conforme à leurs intentions : il faudrait les publier sur du bois de table d’école, gravés au cutter, encrés au marqueur permanent ou au waterman torturé, la plume éclatée dans les échardes, l’encre répandue en grosses étoiles lentes infiltrées dans les petites veines du bois. Mal faits est un recueil de graffitis, qui méritent la scarification lente à laquelle le cancre atrabilaire consacre un nombre déraisonnable d’heures de cours, opposant aux pensums de la géographie des États-Unis la recherche minutieuse de la déformation, de la salissure, de la monstruosité.
C’est d’ailleurs l’autre intérêt de cette collection de croquis pas nets : en mariant le nonsense et les freaks, la femme à barbe et les absurdités à la Topor, Texier réinvente à sa façon la vieille tradition des « grotesques ». Ses dessins sont à la fois bizarres, ridicules et légèrement effrayants. Leur véritable limite, c’est de chercher délibérément à l’être, avec obstination. En cherchant aussi uniformément la situation choquante, la réplique absurde, la saleté que rien ne sauve, gratuite, giflée en quelques traits épais, Texier affadit ses petits dessins. Au-delà de quelques incontestables réussites, l’ensemble finit par être un peu fastidieux, comme un gosse qui s’évertuerait à hurler « biiiite » pour faire réagir les adultes qui l’entourent. Le cancre s’emmerde, et les grossièretés démesurées et puériles qu’il grave dans sa table lui sont une discrète résistance. Mais le dessinateur qui publie 120 pages de ces dessins misanthropes et ricanants sur un beau papier glacé n’a pas ces excuses. Son petit livre, passé la première lecture, résiste mal à la contradiction entre le format et le sujet.
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#01
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Une phrase me gène dans votre article : « Mal faits est un recueil de graffitis ». Vous auriez dit « Mal faits pourrait être un recueil de graffitis », ça m’aurait moins déranger, puisqu’on serait resté sur un comparatif entre le mur et la table d’école de la phrase précédente. Mais là, l’emplois du présent rappelle à ce qu’est le livre selon vous, des « dessins hâtifs, grossièrement torchés au Bic noir sur des feuilles à petits carreaux, jetés en quelques gestes, pas soignés », « leur véritable nature de gribouillis sans apprêt, délibérément cheap dans la manière et dans la matière ». Et ça, ce n’est pas le Graffiti. Ce que vous décrivez pourrait s’apparenter aux Throw Up, branche du graffiti, comme le graffiti est lui-même une composante de la culture Hip Hop. Le Throw Up est un dessin, une signature ,rapide, d’un(e) trait(e), répéter des milliers de fois par son auteur pour arriver à un geste non réfléchi, instinctif, à la limite du reflexe : « je vois un mur, je jette mon blaze » , qu’on pourrait rapprocher à « je vois une feuille blanche, je gribouille dessus » proche du livre d’on vous parlez il me semble. Mais le graffiti c’est aussi ces fresques gigantesques muries sur des cahiers pendant des heures, des artistes avec des messages, des illustrateurs de talents, défiant l’ordre qui voudrait que les murs d’une ville appartiennent à des promoteurs immobiliers ou à des publicistes et non à ses habitants. Je l’admets mon intervention est pointilleuse, mais du9 l’est surement encore plus que je le suis, et n’aime pas les raccourcis malhonnêtes. Vous aimez à remettre les choses à leur place en ce qui concerne la bande dessinée : la bande dessinée ce n’est pas juste du divertissement, c’est aussi de la culture, c’est aussi de l’art. Le graffiti, ce n’est pas juste du vandalisme, des dessins incompréhensibles à la va-vite sur les murs immaculés de la ville, c’est aussi de l’art, un des piliers de l’art urbain. Tout ceci pour éviter que l’on vous reproche ce que vous pouvez reproché à d’autres… Et longue vie à du9 ! |
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par Jm le 13 juin 2009
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Rectification nécessaire, et objection hautement recevable : non, ce n’est pas juste une intervention pointilleuse, c’est aussi une mise au point utile. Pour ma défense, je dirai seulement ceci : j’ai employé graffiti dans un sens qui n’avait dans mon esprit aucun rapport avec le Hip Hop, mais qui renvoyait plutôt justement aux esquisses gravées ou dessinées sur les tables d’écoles ou les murs des préaux. "Graffiti" en effet ne s’entend pas seulement de l’art mural lié au Hip Hop : c’est aussi, de façon plus triviale, n’importe quelle inscription (texte ou dessin) hâtivement tracée sur un mur (le mot apparaît en français fin XIXe, semble-t-il à propos des graffiti de Pompéi : dès ce moment "graffiti" désigne une inscription qui est a) rapide et dénuée d’apprêt, b) fréquemment provocatrice (obscène, par exemple, mais aussi éventuellement politique), c) anonyme). C’est plutôt ce sens du mot que j’avais en tête en rédigeant mon papier.
par Loleck le 13 juin 2009
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A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.