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| (c) Lewis Trondheim / Extrait de "La Malédiction du Parapluie" | ||

Les petits riens remplissent-ils de grands néants ? Beaucoup de « pas grand-chose » font-ils l’essentiel ? Mais qui est donc Lewis Trondheim ?
Il y a quelques mois tout le monde (et même Le Monde) était certain qu’il était Frantico. Il a eu beau démentir depuis, les doutes persistent encore pour de nombreuses personnes. Voilà donc un auteur qui pratique l’autobiographie, qui est connu et reconnu pour en faire et dont, paradoxalement, on ne sait pas grand-chose au point de le confondre avec d’autres pseudonymes.
Partant de la stratégie qu’il est préférable d’attaquer pour se défendre, Trondheim s’expose donc pour mieux se cacher. Il ne raconte pas son enfance, il ne raconte pas ses amours, il ne dit pas « j’ai fait ça et comment », mais « le hasard m’a obligé à faire cela, m’a mis dans cette situation d’apercevoir ».
Il ne parle ou n’évoque que ce qui fut visible, présentable et surtout bien là, dans un présent largement partagé et questionnable, soigneusement et plus ou moins consciemment filtré par les mots et le dessin, y cherchant le scénario à dessiner. Etant un scénariste hors pair, il arrive à trouver une chute comme d’autres cherchent le sens de la vie et c’est sûrement ce qui a rendu son travail si important et attachant.
Depuis ses débuts il se cache derrière un pseudo, reste avare d’interviews, biaise souvent quand il en accorde par un humour fin ou provocateur pour au final en dire guère plus que ce qu’il en montre. [1] Pour nous tout se devine donc, se déduit par la bande et son avatar de volatile qui, comme l’autruche, ne peut que courir.
Trondheim pratique un médium qui lui est idéal. Parler de soi en bande dessinée, c’est ne pas dire « je », ou plutôt c’est ne pas montrer « je », c’est toujours être extérieur à soi par l’image, c’est être là en apparence. [2] C’est fatalement se distancier, s’écarteler entre les mots et l’image à moins de les pratiquer simultanément dans la description la plus immédiate possible de ce qui vous arrive. [3] Trondheim ne l’a jamais fait vraiment, d’autant qu’il a appris à dessiner sur le tard (prétend-il) et que son dessin tient du langage. Quand il dessine ses Carnets de bord et cette suite colorée (technicolor) que sont ces « petits riens », il pratique donc une forme d’autobiographie parcellaire autrement scénarisée (forme courte en planche) au filtre de cet autre langage qui est devenu le sien, son style, sa marque de fabrique.
Trondheim a pour camouflage son humour lui permettant de cacher son/ses humeur(s) (bonne(s) et/ou mauvaise(s)), qui reste(nt) interne(s) si l’on se fie aux apparences. A l’image de son pseudo au Nord et de sa vie au Sud, Trondheim ne cherche pas à être au centre mais en périphérie. Il vit ailleurs et fait travailler son drôle d’oiseau (double homéopathique) dans un monde bestiaire moins bestial mais centripète.
Aujourd’hui quadragénaire, reconnu comme professionnel de la profession (dit-on), il aurait plus de mal à maîtriser/camoufler ses humeurs. Nous resterons au conditionnel puisque l’auteur reste caché malgré tout. Mais notons avec lui par ce livre, que son langage patiemment élaboré dit trouver ses limites quand il s’affirme surtout scénariste en regardant Les Experts et qu’il explore son univers parallèle dans ce qu’il a d’indicible de minuscule, comme si c’était là, dans ce pas grand-chose justement, qu’il reste encore un espace de liberté à et/ou non épuiser. Ce qui est certain, c’est que ces petits riens ont de la valeur mais qu’ils ne sont pas infiniment petits et que, par conséquent, cette nouvelle frontière va elle aussi finir par rencontrer un océan plus ou moins pacifique.
Jules Renard parlait de « pudeur » et de « propreté morale » à propos de cette étrange notion qu’est l’humour. Le problème pour Trondheim n’est surtout pas qu’il semble en avoir trop (bien au contraire) mais que la stratégie qui sous-tend cette belle capacité et le style qui en est issu commencent à révéler leurs mécanismes, aussi subtils soient-ils. La malédiction du parapluie reste un bon livre, drôle et plaisant à lire, mais qui inquiète par sa tomaison et ses formes courtes induisant l’idée d’une répétitivité que certains ont et que d’autres auraient tendance à étendre.
Trondheim reste un auteur majeur, en étant certainement loin encore du mi-chemin gaussien de sa carrière qu’il se figure avoir atteint, mais dont le prix décerné à Angoulême et la confusion avec Frantico révèle toute l’ambivalence de sa situation actuelle. Trondheim lui-même le sait : il doit changer. Ces petits rien semblent une liberté à court terme du moins sous ces formes. Un peu de couleur, la direction d’une collection et un départ de L’Association ne changeront pas grand-chose non plus (et manquent peut-être d’humour). L’auteur est ce qu’il est et aura du mal à le cacher, sachant que tous lui demandent de se dévoiler à nouveau.
[1] Dans le livre de Hugues Dayez par exemple, il a clairement souhaité ne pas faire partie des interrogés. Dans le même registre, il y a quelques années maintenant, sa réponse au questionnaire de Proust proposée par La lettre de Dargaud reste assez emblématique de sa pratique d’évitement par ses capacités d’humoriste. De ce point de vue, Trondheim est à l’opposé d’un Sfar si enclin à la locacité et au cabotinage.
[2] Sauf en plan dit « subjectif », chose que ne pratique jamais Trondheim.
[3] Menu dans son Livret de Phamille est celui qui, à ma connaissance, a le plus tendu (dans certaines planches) vers cette démarche et donc vers une « authentique » autobiographie en bande dessinée, dans le sens où ce qui est dit/dessiné s’accole le plus tangentiellement possible au présent.
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par effixe le 5 janvier 2007
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Je n’affirme pas que « Trondheim n’est pas Frantico », ni l’inverse car je n’en sais tout simplement rien. Sur son site l’album de Frantico apparaît certes dans sa bibliographie mais pour mieux préciser « D’après la rumeur, j’aurais fait ce livre mais c’est pas vrai ».
Si donc j’accorde des « yeux et des oreilles » ainsi qu’un peu de sens (et donc de mots apparaissant verbeux et pontifiant à ceux trop effrayés de pouvoir s’en octroyer d’autres) c’est donc moins à la rumeur qu’à la situation de celle-ci, aux doutes et aux conséquences qu’elle m’inspire. Et si entre temps les choses se précisent ou se sont précisées, ma chronique ne reflétera qu’une problématique et l’incertitude d’un moment, celui où elle a été rédigée.
par Jessie Bi le 8 janvier 2007
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par Un inconnu le 8 janvier 2007
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Oh la la ! Mais c’est vrai quouâââ !
A croire que l’inconnu peut être un pseudonyme plus au Nord où tout mot de plus de trois syllabes est forcément un verbiage pontifiant. C’est ça ou alors on les traite d’intellos de toute façon, alors rigolons bien m’sieurs dames ! Ha ! Ha ! Ha !
Ha ! Ha ! Ha !
par Madame Doure fait du ouèbe le 8 janvier 2007
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A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.