![]() |
||
| (c) Loïc Dauvillier & Deborah Pinto / Extrait de "Mamé" | ||

Posons la vie humaine dans ses extrêmes : très jeune, très vieux. Soit un début et une fin, entre les deux forcément une histoire. Ce livre n’est pas pour autant une biographie ou l’histoire d’une vie. Etre jeune, être vieux peut paradoxalement durer toute une vie, [1] il y aura donc deux personnages. Le lien sera celui du sang, de la famille, réduisant le temps à pas grand-chose, à la distance infra-mince d’un bisou ou d’un câlin entre une grand-mère et son petit fils. Loulou est en primaire, Mamé en sa dernière, et tout deux, sans le savoir, aspirent à en sortir.
Ecole et maison de retraite buissonnières, sont les programmes improvisés qui vont s’imposer/s’offrir aux deux personnages, au gré du hasard, de la chance, de l’improvisation pulsionnelle à l’inattention où se cacher, offrant le beau présent d’une liberté printanière.
Avec Loulou, le fauteuil roulant de Mamé devient un véhicule, un transport en commun effrayant/réjouissant, vers ces morceaux citadins de nature autorisée que sont les parcs et les cimetières. Ils y vont, ils s’y cachent, contemplent et se rappellent. Ils partagent ce qui eut/a l’illusion fragile, douce et tendre d’un début.
Mièvrerie ? Ce débordement de tendresse, cette ville idéale avec sa petite maison de retraite de proximité, pas loin de cette école, de ces rues sans trafic, de ces parcs boisés, de ce cimetière en bord de rivière, etc. Tout cela oui, pourrait le faire penser.
Pourtant, l’intérêt de ce livre est précisément là. Faire une histoire qui ne montre pas mais qui dit en creux la réalité de ce qui ne peut pas arriver. Les maisons de retraites sont loin en périphérie comme tout ce que l’on se cache, les écoles sont des garderies/coffres-forts pour petits trésors [2] et la ville n’est plus à l’échelle du piéton prié de prendre sa voiture comme tout le monde. Alors, oui, cette histoire est impossible. Elle montre des distances qui ne se parcourent plus, qui ont été oubliées par les familles nucléaires, voire effacées sous la doctrine d’un éternel présent impératif, pratique comme un neuroleptique.
Mamé nous offre donc ce constat de ne pas avoir été, de ne pas pouvoir l’être, de ne pouvoir le devenir. A constater, changerons-nous ? Comme dans ce livre devenu étrange, la fin est ouverte, rappelant dans un dernier envol que le « c’est la vie » ne doit pas se limiter qu’à l’expression d’une fatalité.
|
#01
|
"Faire une histoire qui ne montre pas mais qui dit en creux la réalité de ce qui ne peut pas arriver."
C’est effectivement une constante dans les livres de Loic Dauvillier. Dire sans le dire, montrer sans exposer...lorsqu’il ne travaille pas sur des adaptations, c’est sa façon de scénariser. Du coup, la lecture de ses livres n’est pas toujours trés facile mais par contre ça leurs donnent incontestablement une profonde touche personnelle.
|
|
par Philéas le 23 mai 2008
| Répondre à ce message
| |
|
>01
|
Bonjour Pour commencer, merci pour cette chronique qui me va droit la où ça fait du bien. "Faire une histoire qui ne montre pas mais qui dit en creux la réalité de ce qui ne peut pas arriver." Waw ! merci ! c’est ça que je désire faire... Je ne sais pas si j’y arrive mais c’est agréable de voir que l’on voit ce que je cherche.... Philéas -> pourrais-tu m’expliquer ce que tu entends par "la lecture de ses livres n’est pas toujours très facile". Ce n’est absolument pas une critique. J’aimerai juste comprendre afin de m’améliorer.
par loic dauvillier le 23 mai 2008
| Répondre à ce message
|
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.