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| (c) Manuel / Extrait de "Manuel 1 2 3" | ||

Dans les images, l’homme n’est plus la mesure de toutes choses. Aujourd’hui, c’est le pixel qui fait mesure et par conséquent qui fait l’homme. C’est une peu, de prime abord, ce que Manuel essaierait de nous dire, décrivant une ville au cordeau, grouillante d’une vie humaine pressée, dont les têtes (et le reste) sont au carré.
Pourquoi un carré ? Parce qu’ici, sur le papier tramé, tramé (pour dire les choses) dans une encre bleue invisible au scanner puis à l’expérience du dessinateur, [1] « La plus petite surface homogène constitutive d’une image » (comme dit le Grand Bob) est un carré. C’est l’unité minimale, l’atome, le quark, la corde qui vibre. [2]
Ici, une tête est un carré dont le côté est composé de 6 de ces carrés minimaux. Comme ce monde de Manuel est pensé (avec la tête), ce carré magique de 6 x 6 est la brique fondamentale de cette humanité géométrique. Une brique tellement fondamentale qu’elle ne se restreint pas à l’élaboration des objets (voiture, avion, arrêt de bus, bâtiments, portes, etc.) mais s’étend aussi au déplacement. D’une image à l’autre elle est la distance parcourue par un personnage, une voiture. Le déplacement peut être à ce rythme, faisant d’une unité conceptuelle de 6 x 6, l’osmose du matériel et du temporel, accolant la quatrième dimension à une dimension immédiatement inférieure.
Vous vous étonnez que celle-ci ne soit pas uniquement bidimensionnelle ? Eh bien oui, vous serez étonné, ce monde n’est pas sans perspective. Certes elle est sans point de fuite [3] et, par exemple, s’aperçoit quand il s’agit de franchir la porte d’un bureau où, justement, les perspectives se ferment. C’est peut être une limite, cela n’arrive pas souvent, mais la troisième dimension est là parfois sur ce support que plus qu’un autre, Manuel sait de deux dimensions.
Et que s’y passe-t-il donc ? Et bien, plein de choses. Comme dans « les vraies bandes dessinées », il y a des voleurs qui dépouillent quidams, banques ou musées, il y a des histoires d’amour, des poursuites sur terre et au ciel, des drames dans des gratte-ciels climatisées, des filles qui se baladent en soutif et aussi des sorcières qui jettent des sorts. Mais, oui, c’est certain, vous l’aurez noté immédiatement, c’est plus difficile à lire que « les vraies bandes dessinées ». Manuel, d’un postulat direct, vous met la tête au carré, là où d’autres font tout pour que vous l’oubliez ou vous vous la preniez. Et sans être masochiste, c’est dans cette brutalité qu’est le plaisir. Manuel 1 2 3 dérange, déroute, semble facile à faire. Il se résumerait dans cette attitude paradoxale où il impose un regard qui demande un effort, tout en offrant une bande dessinée qui devrait se lire sans efforts, puisqu’elle est muette et dessinée ainsi.
Mais pourquoi s’effrayer de la difficulté ? Comme son titre l’indique, tout cela n’a rien de machinique. C’est manuel, fait à la main, qui même assurée reste un sismographe d’émotions. Dans ces pages, l’erreur est humaine et l’irrespect des règles les mieux établies aussi. Le carré ne fait peut-être plus 6 x 6 ? Et alors ? Les personnages ne se superposent plus et se grimpent dessus ? Pourquoi pas ? Il y a des changement de plans, de perspective, de taille des cases ? Bien sûr, puisqu’il s’agit d’une bande dessinée.
Ce qui est passionnant dans ce livre [4] c’est que l’auteur impose un langage personnel pour montrer en creux certaines particularités de la bande dessinée. [5] Et plus particulièrement cette évidence, un peu oubliée par les habitudes de lecture, le savoir-faire virtuose ou suiveur des auteur(e)s, qu’une bande dessinée se lit, se décrypte dans son langage codé. Lire une bande dessinée n’est pas naturel, ne rien n’y comprendre l’est beaucoup plus.
[1] Pure supposition de ma part.
[2] L’idée de pixel est étayée par le fait que Manuel fait clairement clin d’œil aux tous premiers jeux vidéo, et aux contraintes visuelles qu’imposait la faiblesse de calcul des ordinateurs de l’époque.
[3] Perspective dite cavalière.
[4] Réédition de récits parus plus confidentiellement chez Mycose, collectif basé à Liége.
[5] Notons qu’au-delà de cela, les notions de trame, de mesure, prennent avec Manuel 1 2 3 d’autres significations, ou pour le moins une signification littérale qui n’est pas sans conséquences.
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par Un inconnu le 5 novembre 2008
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A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.