Michel de Pierre Maurel
En français Publié chez L’Employé du Moi
Chroniqué par Gabriel Umstätter en mars 2007

Du vent, il est question à plus d’un titre dans Michel : d’abord parce que c’est ce que signifie à Michel la radio qui l’emploie en le licenciant pour cause de restructuration, ensuite parce qu’il en enregistre beaucoup le bruit en plein air pour son dernier reportage inachevé, qu’il a décidé de mener à bien malgré tout, et enfin parce que du vent, c’est ce à quoi semblent se réduire de plus en plus sa vie et ses raisons d’exister. En une simple tranche de vie rapide d’une quarantaine de pages, sans lourdeur ni moralisme, Pierre Maurel nous en dit plus long sur les conséquences psychologiques du chômage et de la précarité qu’un long discours.

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La narration, fluide, sobre mais inventive, accompagne Michel dans la valse des emplois temporaires ingrats. La vitesse du récit est finement modulée, entre activités quotidiennes, conversations, temps morts des travaux abrutissants et indifférents, et moments où Michel se retrouve pour se tourner vers le monde et en enregistrer le bruit, et de plus en plus se perdre en lui. La mise en page, régulière, s’assouplit alors, s’ouvre sur le hors case ou des rythmes plus étirés, en des séquences qui constituent des respirations dans le récit.

Non que celui-ci soit mené sur un mode tragique ou misérabiliste : on nous donne simplement à voir la vie d’un homme ordinaire, sans grands événements, mais avec une fine observation de ses micro-événements. Son drame silencieux est qu’il avait trouvé une alvéole, un métier où il pouvait laisser s’épanouir sa passion et qu’il s’en voit privé — et le flash-back qui clôt le volume donne à voir de façon simple mais poignante l’ampleur de la perte et du gâchis que cela représente.
Il reste alors à Michel à lutter pour conserver sa dignité, et surtout le minimum de confort mental nécessaire pour continuer à exister vraiment. Plutôt qu’une misère matérielle (bien qu’elle ne soit pas loin), ce qui menace c’est surtout la tentation de renoncer, malgré les bulles d’air frais qui vous maintiennent en vie.

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Le dessin, lâché mais expressif, est attentif aux détails signifiants et sert sans enjoliver ni enlaidir le réel un récit qui sait rester d’une grande pudeur. Cette pudeur commande peut-être aussi la fin de l’histoire, ouverte comme pour ne pas abandonner le héros sur une note trop désespérée.
Les images à l’interprétation ambiguë ne manquent d’ailleurs pas, comme dans cette case où l’on voit le héros sortir d’un entrepôt où il a trimé toute la journée en tirant la langue, et où on ne sait trop si c’est de de lassitude ou pour attrapper un flocon de neige.

Au final, voici donc un petit livre très maîtrisé, de lecture rapide mais touchant, et révélateur d’un talent qu’on espère avoir l’occasion de revoir bientôt à l’œuvre. Bon vent !

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