Le Minuscule Mousquetaire (t1) L’académie des Beaux-Arts de Joann Sfar
En français Publié chez Dargaud (Poisson Pilote)
Chroniqué par Jessie Bi en février 2003

Est-ce un arbre ? une bâtisse ? une table ? un (grand) verre ? Non ! C’est un mousquetaire !! Un vrai de vrai ! un mâle ! couvert de cicatrices ! qui, comme un autre célèbre maître bretteur du XVIIème siècle, a un long nez. Mais comme le dit l’adage féminin : « long nez, bonne affaire ! ». Et ça pour faire l’affaire, il l’a fait... et l’a refait aussi.
Minuscule dans un monde de femmes, il devient homme-modèle et se révèle homme modelé (comme tous les hommes...). Mais on ne lui dit pas, on le laisse marcher, se rendre compte de ce mini monde fabuleux d’outre mesures « mâliques ».

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C’est sur une table non cartésienne de fiction (non tabula rasa), avec un peu du monde et beaucoup de fable que son aventure minuscule commence. Comme une certaine jeune fille victorienne (mais qui voudrait maigrir) il ingère, devient petit, onirique, et la table devient sa page blanche, son territoire, sa géographie aux échelles variables.
Et pourquoi pas ? Une table n’est jamais qu’une image qui n’est pas sur cimaise [1]. La table est donc une fenêtre comme une autre, car il ne suffit plus d’un peu de verticalité pour en avoir la qualité. Puis n’oublions pas que nous sommes dans un livre (qui s’ouvre et se referme), que l’on peut lire à plat sur une table. Donc ici pas de poignée (sauf d’amour) pour ouvrir, mais une salière (bien galbée bien sûr).

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Au fur et à mesure de ses aventures, le mousquetaire découvre que son épée, même en arborant une ductibilité de métal, une longueur impressionnante, et un tranchant suffisant, ne changera pas la volonté féminine, ni n’en déclenchera le désir majuscule. Cet obscur objet est bien plus subtil... Il finit par le découvrir, en clair-obscur, l’épée en berne, un peu tout chose et bouleversé par une « singerie », un rôle de Cyrano non assumé (il a les bottes du bretteur mais il lui manque le langage du poète), en revenant à chien sur un dogue de Bordeaux rappelant le Sinbabbad de Fred. [2]

Mais ce que cet album a de plus merveilleux c’est sa sensualité, présente à chaque page, dans chaque mot et chaque dessin. Des plaisirs du langage et du trait (comme trace de gestes) qui s’entretiennent dans une belle valse joyeuse et enivrante. Sfar prend son héros (cousin de Pétrus Barbygère) et en enlève le « h » (érigé), pour une comédie de mœurs libertine, mettant à mal (malmenant) les idées reçues masculines (« masculins » au féminin).

[1] L’artiste Daniel Spoerri n’a cessé de le montrer depuis la fin des années 50.

[2] Bel hommage, Philémon est lui aussi un voyageur minuscule, sur des lettres devenues lieu de cartes sensées représenter et désigner le monde.

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