
Et Blutch poursuit ses recherches, feuilles et pinceaux sur le qui vive.
Blutch venait de finir une bande dessinée pour Mitchum n°4 quand, soudain, il aperçoit une superbe fille en train de danser. Son sang ne fait plus qu’un tour, il se doit de la dessiner ! C’est une question de vie ou de mort (artistique). Mais flûte ! crotte ! zut ! il n’a plus de papier. Alors sans perdre un instant il la dessine directo sur le recto des planches qu’il vient de terminer.
C’est ce double hasard d’une rencontre qu’il nous donne à voir. Ça percute en double sens, crissement de pneus comme dans les séries T.V. Ça bouge, ça bouge ! Pour Blutch, poursuites et cascades sont aussi des chorégraphies. Blutch appelle cela « Tableau » car c’est très « kiné-matographique ». Belle logique ! il faut savoir brouiller les pistes (comme au Far West). Leur brouillage est à la base de la narration et la bande dessinée est narration.
Pourquoi la fille danse-t-elle ? Eh ! hop ! une fin comme vraie/fausse explication.
Un deuxième tableau compose ce Mitchum. La rencontre avec la danseuse a suscité des souvenirs, une histoire. La problématique mouvement/modèle/artiste qui hante le Blutch s’épanouit alors. Il dessine, il dessine, mais ne se sent plus dans l’histoire. Le dessinateur est-il un monstre effrayant ou un bel amant attirant ? Il expérimente pour voir, pour plus tard, avant une histoire, en prévision d’une histoire. D’où assouplissements narratifs et dé-articulation. Comme tout grand artiste, il doute de son talent, de ses motivations, il ne se voit à la fin que comme un singe de la pré-histoire.
Hokusaï pensait pouvoir donner vie à un point s’il avait vécu plus longtemps et Kandinsky expliquait qu’une ligne n’est qu’un point en mouvement. Blutch le sait, en tant que singe, il a appris à faire la grimace (réflexion), il trace donc sur le deuxième tableau (plan) une ligne ayant rejoint le point comme essence de la narration qui le préoccupe tend. Il danse autour et le montre à nous les autres singes pré-narratifs, ivres et/car enchantés, prêts pour de nouvelles sarabandes (dessinées) avec Mitchum.
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.