
De l’objet minéral, animal ou végétal le robot ne distingue que les possibles mais pas les genres. D’ailleurs, il n’en a pas lui-même. Il ne se distingue que par sa fonction qui, par conséquent (programme), lui fait apporter l’objet pour qu’il soit analysé par le capteur (« knowledge extractor ») de l’ordinateur cognatique (« mother computer »).
Pratiquant une science aux méthodes fondamentalement réductionnistes, tout objet étudié par la cyber mater se voit détruit machinalement. Naturellement, le singe tout de sensations donnant valeur à la vie (causalité) ne peut comprendre et, devenant lui-même objet d’analyse, se révolte, sentant l’idée de mort que la machine ne connaît pas [1].
Un hiatus fondamental entre l’inconnaissable des vivants et le connaissable des machines, qui sera comblé par un minéral, cristallisé et cristallisant, matérialisant et focalisant par sa transparence le pouvoir toujours sous-jascent de communautés s’organisant (se rassurant) face au chaos apparent de leur environnement. Société animale et société des machines vont s’affronter dans l’usage qu’elles font ou feront du cristal. Pour les uns on l’enterre pour qu’il accompagne les morts d’un cimetière de sa lumière figée et éternelle, pour les autres il est l’élément dont les vibrations piézo-électriques façonneront l’extracteur de connaissance (cette autre lumière).
L’histoire commence par un plan large sur un paysage bucolique, une Arcadie « cartoony », charmante et semblant sereine, qui va s’embraser du plus noir des conflits qu’une pluie diluvienne d’une nature en peine ne saura éteindre ou nettoyer.
Guérilla simiesque et « robots warriors » dignes de Nagai Gô vont s’affronter passionnément et sans mesures dans ce paysage pourtant sur mesures.
C’est dans l’acmé de la lumière aveuglante libérée du cristal que s’annulera le dessein des uns et des autres, d’une page devenant intensément blanche explosant le trait fabuliste du dessinateur.
Si Monkey vs Robot était une fable écologique, The crystal of power montre des sociétés plus évoluées s’affrontant sur des terrains dogmatiques (scientifique et religieux) au prix d’une vraie guerre.
Nous ne sommes plus dans la jungle riche et fragile (forêt vierge) du précédent volume, mais dans un paysage de montagne traduisant par l’altitude un échelon supplémentaire dans l’évolution et l’affrontement des créatures de cet univers.
Le récit n’est plus, non plus, « quasi-entièrement muet ». Dans les deux camps le langage est présent, en montrant à chaque fois des limites plus ou moins accentuées dans la description du monde et une efficacité remarquable dans l’action guerrière.
L’album est imprimé dans la monochromie d’un violet foncé mélancolique, couleur des mystiques officielles et des vieilles ecchymoses. L’esprit de la fable s’en trouve magnifié (transcendé), donnant à lire un album profond, envoûtant et sans manichéisme, qui possède la qualité rare, en supplément, de n’être ni machinal, ni une singerie du grand plaisir de la tomaison antérieure.
[1] Ou alors, peut être, seulement la pressent-elle par la perte (en pourcentage) de certaines données...
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.