Numérologie Comparée
2005 en chiffres
Dossier de Xavier Guilbert en janvier 2006

Depuis quelques années désormais, Gilles Ratier (secrétaire général de l’ACBD) publie un rapport d’une quinzaine de pages, qui se veut donner un panorama en chiffres de la bande dessinée francophone. Et de décerner à chaque « cru » le nom d’une grande tendance — « diversité » en 2002, « consécration » en 2003, « concentration » en 2004 ... et « mangalisation » en 2005. Oui, vous avez bien lu. Mangalisation.
En lisant ledit rapport, on comprend que derrière cet affreux néologisme, on trouve le concept que la bande dessinée asiatique gagne du terrain. Et c’est pratique, parce que visiblement, rien, de la production aux médias, de métiers à la culture, rien n’échappe à la « mangalisation ». Et personne n’en parlait jusqu’à ce que Gilles Ratier n’en fasse état dans son rapport. Dingue.
D’ailleurs, il en parlait déjà, l’an dernier. Sauf que l’an dernier, c’était la concentration qui était la cause de tout ça, la « concentration sur la BD étrangère » pour être plus précis — à savoir que « BD japonaises ou coréennes (mangas ou manwhas) restent les plus appréciées par un public jeune et représentent un marché de plus en plus important ». Ah. Alors, c’est quoi la vraie raison ? D’autant qu’avec les nombreux rapprochements d’éditeurs en 2005, on pourrait cette année encore parler de concentration. Concentration, ou mangalisation ? Que faut-il croire ? Où est la vérité ?
A du9, il n’y a vraiment qu’un seul chiffre qu’on apprécie, à la folie même — le 9. Pour les autres, on n’est pas très fans, que ce soient des notes ou des chiffres de vente. Mais pour une fois, on a décidé de s’y coller un peu, et voilà ce qu’on a tiré de ces chiffres pour 2005.

1. Le top des plus gros tirages

L’avantage du rapport de Gilles Ratier, c’est qu’il fournit des chiffres. Souvent trop, et pas forcément toujours bien utilisés, mais au moins, il y a ce qu’il faut. Pas de chance pour l’analyse, par contre, on n’a que des chiffres de tirages et pas des vrais chiffres de ventes, mais on va essayer de s’en contenter. Et, plutôt que de passer trop de temps à compter le nombre de titres sortis dans telle ou telle catégorie (et d’en déduire immédiatement son importance ou son essor), nous allons commencer par regarder le top des plus gros tirages.

Note préliminaire : considérer les tirages, c’est se limiter à la vision du marché qu’en ont les éditeurs, et à leur perception du potentiel de leurs poulains. C’est donc une vision unilatérale et limitée, qui passe sous silence le rôle (pourtant important) du lecteur — qui validera ces choix par un achat, ou pas.

Première constatation : pas de place pour les petits nouveaux
L’ensemble du top 100 est dominé par les longues séries déjà bien établies : on trouve ainsi 48 titres qui appartiennent à des séries de plus de dix volumes, et qui représentent 62% des tirages cumulés du top 100.
Les nouvelles créations sont peu nombreuses : à peine cinq nouveautés qui représentent onze volumes et 5% du tirage du top 100, et la première qui pointe en 25e place avec le dernier Tardi (Le petit bleu de la côte ouest). On notera également la bonne performance de la série de Blondes, seule nouveauté 2005 dans le top 20 des séries avec un tirage cumulé qui dépasse celui du dernier Spirou.
Par ailleurs, force est de constater qu’en matière de nouvelles créations, on privilégie quand même les vieux singes — et de parier sur la notoriété d’un Tardi ou d’un Arleston.

De manière générale, les recueils de blagues liées à une profession ou une couleur de cheveux ont le vent en poupe : neuf ouvrages dans le top 100 en 2005 contre trois en 2004, pour un tirage cumulé aussi important que celui des nouveautés.
On trouve enfin un certain nombre de « purs produits marketing » en bonne place, également en forte progression (six ouvrages en 2005 contre deux en 2004), avec des grands titres inoubliables dont Bigard (#28) ou Zidane (#35).

Deuxième constatation : elle est où, la mangalisation annoncée ?
Dans le classement individuel par titre, le premier manga (Naruto T.19) se classe 32e. C’est pire si l’on considère pour les séries le tirage moyen par titre : Naruto, toujours meilleur tirage en manga, est alors 41e avec en moyenne un tirage de 95 000 albums par volume.
On notera aussi que les 26 titres manga présents dans le top 100 n’en représentent que 11% du tirage total (chiffre inchangé par rapport à 2004), et qu’il faut cumuler les 60 meilleurs tirages du secteur du manga pour arriver à un volume équivalent à celui d’un seul Astérix.

Deuxième constatation bis : ils sont où, les gros tirages manga ?
En regardant les tirages moyens par catégorie pour les titres du top 100, on arrive rapidement à la conclusion que les manga sont les plus mal lotis en matière de gros tirages. Les séries bien établies (plus de dix volumes, et en écartant le dernier Astérix pour ne pas déséquilibrer encore la situation) ont des tirages moyens de 118 000 ouvrages ; les « purs produits marketing » tournent à 80 000, les nouveautés sont à 75 000, et les manga sont à la traîne, avec 68 000 ouvrages par titre.
On reconnaîtra néanmoins que les tirages des manga se renforcent, par rapport à la situation que l’on observait sur 2004 : séries bien établies tirées à 202 000 exemplaires, « purs produits marketing » à 95 000, nouveautés à 83 000, et les manga autour de 48 000. Mais pas suffisamment pour pouvoir commencer à parler de gros tirages systématiques.

Troisième constatation : ils sont où, les nominés ?
Toujours dans ce top 100, force est de constater que les nominés d’Angoulême cru 2005 sont peu représentés : sur les 47 albums et séries nominés dans les prix officiels (hors « prix public du meilleur album »), on n’en trouvera que 5 bénéficiant d’un gros tirage — et donc de la confiance de l’éditeur correspondant.
En comparaison, les discrets indépendants (au niveau du tirage) semblent continuer une politique de qualité, avec pas moins de 13 nominations pour Cornélius, L’Association et les autres. De quoi se demander si succès populaire et succès critique sont antagonistes ...

2. Le top des plus grosses ventes

A côté de cette vision de l’éditeur, on peut également (à grand’peine) construire une vision des ventes via les chiffres fournis par l’IPSOS sur une base hebdomadaire. Nous avons pu ainsi reconstituer le marché sur la deuxième moitié de l’année 2005, à compter de Juillet. [1]

Les tendances notées ci-dessus se trouvent vérifiées : la part des manga (12% des ventes, en ligne avec les 11% des tirages), l’importance des séries longues (57% des ventes, en ligne avec les 62% des tirages), les nouvelles créations réduites à la portion congrue (3% des ventes, contre 5% des tirages) alors que les « purs produits marketing » (3% des ventes) et les recueils de blagues (5% des ventes) se portent bien. Et enfin, même constat pour la présence discrète des nominés à Angoulême ...
On notera également que, globalement, les ventes se situent autour de 40% du tirage — même si l’on remarquera le premier de la classe : Les aventures de Bigard avec 70% du tirage écoulé, et des ventes approchant les 85 000 exemplaires. Mauvaise note par contre pour le dernier Spirou & Fantasio avec seulement 19% du tirage écoulé.

Ceci dit, on discerne également deux comportements bien distincts :
D’une part, les « grosses locomotives » franco-belges s’appuient sur une dynamique de collection, la sortie d’un nouvel opus relançant les ventes des premiers. Ainsi, la sortie du nouvel Astérix voit débarquer cinq autres albums de la collection dans le top 50 des meilleures ventes la semaine de sa sortie.
D’autre part, les manga fonctionnent sur une dynamique proche du périodique, avec des ventes concentrées sur les quatre à six semaines suivant la sortie, et atteignant des niveaux très comparables au fil des numéros. On est donc ici en présence d’un public captif et impliqué.
Cela diffère fortement du public des « grosses locomotives », qui se rue sur ces valeurs sûres, en particulier au moment des fêtes (période des cadeaux et d’achats par des non-spécialistes) — un public dont la masse surpasse largement celle des acheteurs de bande dessinée asiatique, ce qui fait qu’on ne trouvera aucun manga dans le top 50 des meilleures ventes pour les deux semaines de fin d’année.

Enfin, on ne peut que constater combien la bande dessinée reste, pour la majeure partie de la production, un marché niche. En effet, sur le second semestre 2005, les dix meilleures ventes (hors Astérix) concentrent 40% du marché — laissant un bon millier de références se partager le reste du gâteau.

3. Alors, mangalisation, ou pas mangalisation ?

On voit bien ici combien l’analyse basée sur un simple comptage des sorties peut être trompeuse. Alors oui, les manga représentent 42% des titres sortis en 2005, et ce chiffre en croissance depuis dix ans. Mais on est encore très loin d’une domination avérée.
Sans aucun doute, nous sommes en présence d’une tendance de fond, amorcée depuis plusieurs années (et pas seulement en 2005), qui voit l’émergence d’un nouveau segment plus jeune, avec des formats et des tarifications spécifiques, et avec une offre finalement plus diversifiée que ce que la production franco-belge peut offrir — touchant en particulier un lectorat féminin.

La plupart des éditeurs ont d’ailleurs réagi, en mettant à leur catalogue une collection dédiée aux productions asiatiques. Ceci étant, ils ont également été obligés de mettre en place une véritable démarche éditoriale, afin de pouvoir remplacer les « titres à grande visibilité » que pouvaient être les Dragon Ball et autres séries animées diffusées à la télévision. [2]
Cependant, si le segment du manga est en train de parvenir à maturité sur le marché français, il est à noter qu’il reste très largement à l’ombre des grandes productions franco-belges — 11% des ventes, à mettre en perspective face à la main-mise des quatre premiers éditeurs (Albert-René, Dupuis, Dargaud et Soleil) qui contrôlent les deux-tiers du marché. [3]
Rappelons que, même en cumulant les ventes par séries, la meilleure vente manga Naruto pointe péniblement en 10e place sur ce second semestre 2005. Il faudra ensuite aller chercher Full Metal Alchemist, 15e, puis Samourai Deeper Kyo, 24e. A titre de comparaison, on notera que le top 20 du box office français pour 2005 ne compte pas moins de 13 films américains. Comme quoi, la domination des manga sur les grosses ventes est un mythe.

D’autre part, cette « mangalisation » semble souvent rimer dans le rapport de Gilles Ratier avec le terme « invasion ». Or, il est important de souligner que le développement du marché des manga ne semble pas se faire au détriment de celui de la bande dessinée franco-belge, mais à côté de ce dernier. Les chiffres montrent en effet que le nombre de publications des « indépendants » a doublé depuis 2000 et que les sorties des « gros éditeurs » ont augmenté de plus de 60%. C’est donc la production globale de bandes dessinées qui a augmenté, même s’il est vrai que cette augmentation est plus forte pour les bande dessinées asiatiques.

4. Mangalisation, ou le retour du péril jaune

Difficile de continuer à prendre ce terme au sérieux lorsque l’on aborde les dernières pages du rapport de Gilles Ratier. Au fil des petites piques et des remarques à l’emporte-pièce, se dessine une « manga-phobie » sous-jacente dont on pensait avoir été débarrassés depuis quelques années — après tout, en Janvier 1997, Jessie Bi évoquait déjà ici L’Importance des Images Dérisoires en réponse à un article paru dans Le Monde Diplomatique de Décembre 1996. Et pourtant.

On commence relativement innocemment avec la « Mangalisation des métiers de la BD », où nous est assénée l’information (curieusement dépourvue de chiffre à l’appui) comme quoi les auteurs sont « de plus en plus nombreux à s’inspirer des codes graphiques et narratifs des manga ». Avec, comme exemple, les grands yeux (sic), le dessin stylisé (re-sic) et le fait de ne s’interdire aucun sujet ...
On pensait avoir depuis longtemps enlevé les œillères, et que cette vision xénophobe (« peur de l’étranger ») était désormais caduque et dépassée — et pourtant, début 2006, Gilles Ratier nous ressert la rengaine de l’inquiétude d’un « style universel », allant même jusqu’à évoquer une « invasion ».

Par ailleurs, l’ensemble des auteurs (et en particulier les indépendants) peut sans doute remercier chaleureusement les manga pour cette liberté d’expression qu’ils se voient enfin accorder — « ne s’interdire aucun sujet ». [4]
En Juin 2000, Appolo écrivait dans ces pages : « La bande dessinée n’est pas un objet gentil. La bande dessinée dit des choses sur nous, sur notre monde, comme tous les arts narratifs. La bande dessinée fait partie de la culture, participe de l’intelligence, du génie humain au même titre que la Littérature ou que le cinéma et le théâtre. »
Comme quoi, on ne parlera jamais assez de « l’autre bande dessinée » — toujours aussi méconnue des hautes instances critiques de la bande dessinée, ce qui est assez inquiétant. [5]

On va toucher le fond lorsqu’il évoque « les très protectionnistes Etats-Unis [qui] réussissent à imposer leurs comics de super-héros ». Tout dans cette phrase relève du jugement à l’emporte-pièce, accompagné d’un qualificatif négatif qui ne saurait s’appliquer ici. [6]
D’une part, pour ce qui est des productions américaines, seules les adaptations de Star Wars chez Delcourt figurent dans le top 100 des ventes pour le second semestre 2005 — pas franchement une réussite.
D’autre part, à un niveau plus global, c’est négliger complètement la situation outre-Atlantique, où l’arrivée des manga est en train de redynamiser un marché américain exsangue.

La litanie continue lorsque l’on aborde la « mangalisation de la culture BD ». On le comprend à sa première phrase, Gilles Ratier était inquiet — inquiet que la respectabilité du 9e art ne soit atteinte par l’arrivée des manga, « genre si décrié pour sa violence et ses scénarios infantiles ». Mais non, surprise et coup de chance pour la bande dessinée, le genre manga « a su toucher un public réfractaire à la lecture » (sic) et est devenu « très tendance » (re-sic). Merci pour l’enfilade de poncifs.
On retrouve cette angoisse sur la page suivante, où l’on apprend qu’à côté du manga dont « tous les relais d’opinion se sont entichés », [7] on assiste à une stabilisation du nombre de « véritables magazines de BD ». Parce que, monsieur, le manga, ce n’est pas de la bande dessinée, voyez-vous.

On pourrait penser à une tournure malheureuse, à une maladresse du rédacteur pressé de fournir un rapport déjà bien long. Ce serait sans compter la conclusion sentencieuse, en guise d’apothéose, qui cherche encore à enfoncer le clou : « espérons que s’y formeront des lecteurs avec assez d’ouverture d’esprit pour s’intéresser autant aux manga qu’aux autres formes de littératures, graphiques ou non ».
On l’aura bien compris, pour Gilles Ratier, non seulement le manga, ce n’est pas de la bande dessinée, mais en plus c’est destiné aux analphabètes bas du front.

5. Et les médias, dans tout ça ?

Pour ce qui est de la partie consacrée aux médias et plus généralement au traitement de la bande dessinée par les journalistes, le discours joue la carte de la langue de bois et de l’auto-congratulation. Après tout, on peut difficilement être le porte-parole des journalistes et critiquer leur activité.
Et d’indiquer que « la télévision reste le seul média qui a encore du mal à admettre la BD comme culture respectable », tout en sous-entendant (entre les lignes) que la bande dessinée est respectable, la preuve, c’est qu’on en fait des films.

En fait, 2005 marque surtout la première année où, pour la première fois, les médias commencent à se pencher sur le contenu des bandes dessinées. Ainsi, on aura vu émettre des réserves quant à la qualité du dernier Astérix, petites fausses notes dans la grande célébration d’un succès économique par ailleurs annoncé. Comme l’écrivait Daniel Schneidermann, dans Libération daté du 21 Octobre 2005 : « Mettons les pieds dans le chaudron, et révélons ici une vérité occultée par les médias dominants : le dernier album d’Astérix, hélas, est mauvais. » Une première.

Mais Gilles Ratier préfère se tourner à nouveau vers les chiffres, afin de dépeindre un panorama journalistique des plus encourageants — tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Et de nous faire miroiter le nombre positivement formidable de revues toujours en activité. Oui, mais.
24 revues spécialisées BD présentes dans le réseau presse — dont 16 destinées à la jeunesse, Journal de Mickey et Tchô ! en tête, et à l’autre bout du spectre L’Echo des Savanes, Bédé Adult’ ou encore Bédé X SM ; ce qui laisse, pour le lectorat adulte qui lit avec les deux mains, Lanfeust Mag, Fluide Glacial, Psikopat et Ferraille. Pas de quoi pavoiser.
On passera également sur les 14 magazines dits « érudits » disponibles en magasins spécialisés — visibilité très limitée, diffusion confidentielle ... Encore une fois, quantité (de titres) ne veut pas forcément dire lecteurs en nombre — il faudrait en considérer les chiffres de circulation, malheureusement non disponibles.

Justement, en parlant de chiffres, Gilles Ratier est visiblement fasciné par les « résultats » des plus importants sites web consacrés à la bande dessinée, et aligne les détails de leur fréquentation. Et de conclure qu’il s’agit là de « chiffres qu’envient leurs équivalents sur papier ».
C’est ici faire preuve d’une méconnaissance complète du fonctionnement de ces sites. La plupart d’entre eux sont des sites participatifs, où les forums d’échange jouent un rôle prépondérant — forums dont la participation requiert une fréquentation soutenue et répétée, les plus actifs se connectant quotidiennement, voire plusieurs fois par jour.
Une donnée qui serait bien plus pertinente à examiner, c’est le nombre de visiteurs uniques par mois des sites en question. Mais même en estimant un rythme moyen de deux visites par semaine, on voit les chiffres mirifiques de BDParadisio fondre autour de 40 000 visiteurs mensuels, les autres sites tournant autour de 5 000. Peut-être toujours enviable, mais bien moins impressionnant.

Conclusion

Les chiffres ne trompent pas — il faut rester à l’évidence que le marché de la bande dessinée reste un marché de niche où seules les « locomotives » bénéficient d’un véritable succès populaire. On y verra le signe d’un public en déficit d’information, qui limite alors son choix entre les valeurs sûres des séries au long cours d’un côté, et les paillettes marketing de produits dérivés à la qualité plus que douteuse.

En définitive, la « mangalisation » annoncée se réduit principalement à l’aboutissement de l’installation d’un nouveau segment, la bande dessinée asiatique, amorcée il y a plusieurs années et déjà arrivée à maturité au cours de l’année 2004.
Les éditeurs s’y intéressent, le nombre de références disponibles (reflet d’un rythme de production différent) est en augmentation, et pour autant, la domination écrasante des « locomotives » de la production franco-belge n’a pas été ébranlée durant cette année 2005.
Il semblerait donc (au vu des indices à notre disposition : dynamiques de ventes, rares études consommateurs) que le manga touche un lectorat qui ne se reconnaissait pas dans l’offre de la filière franco-belge, et vienne ainsi élargir le public de la bande dessinée, plutôt que de l’envahir.

Dans ce contexte, on pourra regretter que Gilles Ratier ait choisi d’adopter un discours alarmiste aux accents vaguement xénophobes, au point que l’on soit tenté de faire rimer « mangalisation » avec « diabolisation ».
Oublions donc ce néologisme barbare (en attendant celui de l’année prochaine), et gardons de 2005 l’image d’une année où, enfin, quelques médias grand public ont négligé les courbes de ventes, et se sont penchés sur la bande dessinée considérée comme objet culturel et non plus comme objet de consommation.
Car de Télérama avec sa couverture consacrée à Joann Sfar à Libération qui titre « Gloire à l’Asso », c’est bien le vivier indépendant qui fait parler de lui ...

[1] Cette vision du marché est constituée à partir de tops limités, ce qui permet néanmoins de se faire une assez bonne idée de son fonctionnement. Par contre, cette vision tronquée présente certaines limites, notamment lorsque nous la comparerons aux tirages, eux donnés pour l’ensemble de l’année calendaire.
Qui plus est, comme c’est toujours le cas lors d’études de marché, ces chiffres sont le résultat d’extrapolations, et par conséquent des approximations. Nous ne chercherons donc pas à les analyser trop finement, et nous éviterons de mettre des virgules à nos pourcentages.

[2] Une modification profonde des dynamiques de ce segment, que Gilles Ratier ignore complètement, continuant à soutenir que « la plupart des BD japonaises qui arrivent en Europe on souvent fait l’objet d’une adaptation en dessin animé et sont déjà connues et appréciées d’un large public ».
Pour info, en ce début 2006, la série animée de Naruto n’est diffusée que sur Game One, chaîne câblée ; Full Metal Alchemist n’est diffusée nulle part ; et enfin, on ne peut voir Shaman King que sur Jetix, émanation de Disney sur le câble à nouveau. Comme on le constate, la diffusion animée des trois séries manga les plus vendeuses en France est plus que confidentielle, et les raisons de leur succès sont sans doute ailleurs.

[3] Une analyse des ventes en valeur, et non plus en volume, mettrait en lumière une situation encore plus déséquilibrée, un Naruto étant vendu à 5,75€ contre 8,50€ pour un Petit Spirou ou encore 13€ pour un Blacksad.

[4] Commentaire ironique. On n’est jamais trop sûr, il vaut mieux préciser.

[5] Rappelons ici que Gilles Ratier est le secrétaire général de l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée.

[6] Protectionnisme : Ensemble des barrières tarifaires et non tarifaires mise en place par un Etat pour protéger son économie nationale de la concurrence internationale. Ces mesures limitent alors le jeu de la concurrence et freinent les échanges et la division internationale du travail.
On voit donc mal en quoi cette notion pourrait s’appliquer à la performance des productions américaines en France, puisqu’il s’agit de « protéger son économie nationale de la concurrence internationale ».

[7] Avec des arguments massue, comme « le phénomène manga alimente les pages de tous les magazines, qu’ils soient spécialisés ou non ». Mais que fait la police ? Plus sérieusement, où sont les chiffres pour soutenir cette affirmation qui fait frémir ?

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7 RÉACTIONS
#01
Numérologie Comparée

« Full Metal Alchemist n’est diffusée nulle part »

FullMetal Alchemist a été diffusé sur Canal + en été et au mois de septembre 2005 me semble-t-il et une troisième salve est reprogrammée pour février 2006. De plus, la série jouit d’une popularité énorme sur Internet depuis le moment de sa diffusion au Japon.

par Un inconnu le 25 janvier 2006 | Répondre à ce message
>01
Numérologie Comparée
si full metal alchemist est diffusée sur MCM
par Un inconnu le 5 novembre 2006 | Répondre à ce message
>01
Numérologie Comparée

Full Metal Alchemist est effectivement diffusée sur MCM ... mais depuis le 22 Avril 2006 seulement. Cet article a été rédigé en Janvier 2006, et les chiffres de ventes constatés étaient donc à mettre en perspective uniquement avec la diffusion sur Canal+.

De manière générale néanmoins, on reste sur une diffusion plus réduite (chaîne payante, ou chaîne sur le cable) que ce que l’on pouvait avoir par le passé avec les chaînes hertziennes et le Club Dorothée.

par XaV le 7 novembre 2006 | Répondre à ce message
#02
Numérologie Comparée

Gilles Ratier considère assez négativement le manga et lui préfère la bande dessinée dites vous, et cela ce sent dans son style.

"Le manga ca n’est pas de la bande dessinée".

Je me trompe peut etre, mais il me semble que beaucoup de mangas, ou manwha, sont vendus sur un support assez pauvre et sont destinés à etre jeté sitot lus. Ils ont des publics très ciblés et sont souvent très ’feuilletonesques’.

Je trouve que c’est une différence notable avec les bandes dessinées que j’ai l’habitude de lire.

Je ’consomme’ des mangas, et j’aimerais savoir la différence, en terme de temps, de production des bandes dessinées ’occidentales’ et de celle des mangas (qualité non comparable bien sur, mais tirages et succès comparables)..

par Un inconnu le 29 janvier 2006 | Répondre à ce message
>02
Numérologie Comparée

Ce qui me gêne principalement dans ces jugements sur les manga, c’est qu’ils relèvent systématiquement de la généralisation hâtive, jetant le bébé avec l’eau du bain, le savon et les canards en plastique.

Au Japon, les manga sont effectivement prépubliés sur un support assez pauvre et destiné à être jeté sitôt lu — magazines imprimés sur du papier recyclé. Ce qui n’est pas loin, après tout, de ce que l’on peut voir avec un Lanfeust Mag’ ou Tchô, même si ceux-ci bénéficient de la couleur. Etant des périodiques, ce sont par définition des denrées périssables.
Les manga sont ensuite republiés en recueils, sur un papier de meilleure qualité, avec des pages en couleur et une jaquette pour emballer le tout. Et ces versions (tankôbon pour le format poche, wideban pour les grands formats de luxe, bunkô pour les petits formats compacts) ne sont en rien destinées au type de consommation que vous mentionnez.

Vous parlez de l’aspect « ciblé » comme si c’était un point négatif. Dans la production japonaise, je dirais plutôt que c’est une force, car cet éventail de canaux ciblés permet de donner leur chance à un plus grand nombre d’œuvres — car « ciblé » ne veut pas dire « formatté ».
L’aspect feuilletonnesque est encore une autre conception en partie erronnée de la production de manga. Il est vrai qu’elle repose principalement sur la prépublication (ce qui, rappelons-le, est également le cas de Tintin, Spirou, et la plupart de la production américaine), mais à nouveau, la diversité des supports (hebdomadaires, bi-hebdomadaires, mensuels, trimestriels, annuels et j’en passe) permet dans une certaine mesure aux auteurs de pouvoir dérouler leur histoire au rythme et dans la durée qui leur convient.

Ceci dit, il est vrai que les « locomotives » du manga (Dragon Ball, Sailor Moon, Naruto ...) sont effectivement ciblées et feuilletonnesques — tout autant que les « locomotives » de la production franco-belge : la série des Lanfeust (public ado / jeune adulte), les Largo Winch (public jeune adulte / adulte), les Kid Paddle (public jeune et aimant le jeu vidéo), et ce sans parler des Aventures de Bigard et autres produits dérivés.
Que ce soit dans le manga ou dans la production franco-belge, il y a tout autant de produits commerciaux que d’œuvres d’auteur. Seulement, il semblerait que Gilles Ratier et consorts choississent soigneusement de fermer les yeux sur cette dérive commerciale à la qualité souvent douteuse, et continuent de refuser de considérer la richesse d’expression présente également dans les industries étrangères.

Il était peut-être pardonnable d’adopter ce point de vue xénophobe (« peur de l’étranger ») il y a quelques années, alors que les seuls manga disponibles en France étaient les Dragon Ball et autres Sailor Moon. Mais aujourd’hui, c’est vraiment faire preuve d’œillères (ou de mauvaise foi) que de ne toujours pas vouloir reconnaître dans ce qui a été traduit la qualité des Taniguchi, Tsuge, Nananan, Matsumoto — la liste est longue.
Ou alors, c’est plus simplement le signe de quelqu’un qui ne connaît pas son sujet et qui, pourtant, s’adjuge le droit de rejeter en bloc en clamant haut et fort ses préjugés infondés. En ce qui me concerne, j’attendais un peu plus d’ouverture de la part d’un « critique » revendiqué.

Enfin, j’avoue rester un peu perplexe devant votre question concernant le temps de production, et par votre mention de « qualité non comparable bien sûr ». Ceci étant, il faut noter que les cycles de productions sont souvent dictés par l’ensemble de l’industrie, et rarement par l’auteur lui-même. Ainsi, le marché franco-belge fonctionne encore plus ou moins sur une périodicité annuelle, voire plus, alors que les manga (avec la prépublication, je le rappelle) sont sur des rythmes plus rapides.
De là à dire que les japonais « bâclent » leur travail, la tentation est grande pour certains (ceux qui disent que le manga, ce n’est que violence et histoires débilisantes). Déjà, il suffit de considérer la production d’un Trondheim ou d’un Sfar durant ces dernières années pour se rendre compte que le rythme annuel n’est pas une fatalité. Ensuite, on découvre aussi que certains auteurs (travaillant par ailleurs dans le rough ou le storyboard) sont capables de « pondre » un album sans frémir en deux ou trois semaines.
Enfin, je ne vois aucunement en quoi le temps passé sur une œuvre serait une garantie de sa qualité — il y a des tâcherons et des doués, des flemmasses et des stakhanovistes, des minutieux à l’extrême et des spontanés. (On pourra se référer sur le sujet à une excellente séquence de Gotlib sur les dessinateurs) Et alors ? Une bande dessinée faite en deux mois est-elle forcément meilleure qu’une accouchée dans la douleur après cinq ans ? Non, mille fois non. Et ce, que ce soit sous le pinceau d’un français, d’un japonais ou d’un américain.

Bref. Vous l’aurez compris, ce qui me gêne le plus dans le rapport de Gilles Ratier, c’est cette volonté de simplification à l’extrême, derrière un affreux néologisme, d’une situation de marché qui est d’une grande diversité, tant au niveau des formats et des cycles de production, qu’au niveau des thèmes abordés et des styles graphiques et narratifs.

par XaV le 29 janvier 2006 | Répondre à ce message
#03
Numérologie Comparée
Je développe un court essai de prédiction sur les futurs mouvements éditoriaux à venir dans la sphère des acteurs du manga. Donc je propose le lien aux personnes susceptibles de s’intéresser au phénomène d’un point de vue économique.
#04
Numérologie Comparée

Je me permet de defendre le manga et en particulier fullmetal alchemist.

Certes sa diffusion sur Canal+ a contribué a sa vente, un nom maintenant cèlebre. Mais ce manga est un des rares a ne pas miser l’histoire sur de la baston, du combat et encore du combat.

Non ce qui as fasciné dans ce manga, c’est son scénario envoutant, très bien maitrisé par l’auteur. Un scénario a moitié science-fiction. Car ce manga se passe en 1915 avec pour seule différence une science qui a perduré : l’alchimie (et aussi des noms de lieux ou villes mais bon...) dans un milieu europe occidental avec des rues françaises,anglaises,allemandes. Un mix de ces 3 pays en 1915.

Je n’aime pas les mangas styles dragon ball ou le combat et la violence prime par dessus tout. FMA (FullMetal Alchemist) est une critique de la société contemporaine. Mais une critique réfléchie et philosophique et non pas une critique façon rappeur. Les principales questions de ce manga sont les questions existencielles et c’est ce qui fait de ce manga un refuge aussi bien pour les ados que pour les adultes car ils sentent que ils ne sont pas seuls a se poser certaines questions. Ce coté philosophique est très appuyé ,je n’ai jamais vu de manga aussi philosophique.Et c’est en parti a ça qu’est due son succès. Mais c’est aussi et surtout en ce moment au japon (avec l’arrivé des nouveaux chapitres et tome) le coté "Micheal Moore" qui ressort de l’auteur (qui est une femme, or une femme qui ecrit des mangas en tete des ventes ça n’est jamais arrivé). Critique de l’armée aussi bien de l’epoque que d’aujourd’hui,critique surtout aussi des politiciens mais surtout du genre humain. Critique très appuyé dans les 2 premiers tomes.

Pour prouver que le succès du manga est tout autre, l’histoire du dessin animé n’a rien a voir avec elle du manga a part le début qui est a peu près pareil (les 4 premiers tomes). L’animé n’a pas été ecrit au niveau du scénario par l’auteur. Le manga oui, et la france en ce moment découvre son vraie récit, un récit qui dénonce, un récit philosophique sur cette eternelle question :

Qu’est ce qu’un etre humain ? Qu’est ce qui le définit.

par Un inconnu le 14 juillet 2006 | Répondre à ce message
BRÈVES
Harvey 2008
20 juin 2008
Les Harvey Awards sont de retour. C’est de saison, et alors que les résultats des Eisners sont attendus pour fin Juillet (pour la San Diego Comic-Con), et que les Ignatz débarqueront en Octobre (durant la SPX), la liste des nominés pour le cru 2008 des Harveys vient de tomber. Comme toujours, on trouvera pas moins de 21 catégories allant des très détaillées (le « best graphic album, previously published » côtoyant le « best domestic reprint project », attention ça n’a rien à voir) aux fourre-tout (comme cette « best biographical, historical or journalistic presentation », on ne va pas chipoter). Les lauréats seront annoncés le 27 Septembre prochain, durant la Baltimore Comic-Con. On en frémit d’impatience...
Quatorze à la douzaine
10 juin 2008
Le Samedi 14 Juin prochain, quatorze auteurs belges seront à la librairie La Bulle d’Or (124 boulevard Anspach, B-1000 Bruxelles) pour une rencontre et des dédicaces, à l’occasion de la parution chez l’employé du Moi de CRRISP !, un collectif d’histoires d’horreur issues du projet GrandPapier.org, et du Little White Jack de Max de Radiguès. Des planches originales des deux ouvrages seront également exposées du 14 au 30 Juin 2008. Liste complète des auteurs invités sur Xeroxed.be.
Chaos Debout
2 juin 2008
Dans le cadre du festival Stripdagen de Haarlem qui se tiendra les 7 et 8 Juin prochains, l’exposition massive Alternative Chaos présente 91 auteurs issus de la Belgique francophone — défricheurs, découvreurs, explorateurs de la bande dessinée contemporaine. D’Ando à Vandermeulen en passant par Fortemps, Goblet, Löwenthal, Pinelli ou encore Van Hasselt, tout ce beau monde se retrouvera à la Galerie 37 (Groot Heiligland 37, 2011 EP Haarlem) du 6 au 22 Juin 2008, avec vernissage le 5 Juin. Pour plus d’information, consulter la programmation complète.
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