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| (c) Pierre Dragon & Frederik Peeters / Extrait de "RG" | ||

Conversation à la terrasse d’un café :
« - Qu’est-ce qu’il y a de bien en BD en ce moment ?
— Bof, pas grand-chose... Ah si, y’a RG !
— Hergé ? L’auteur de Tintin ? »
Non. RG de Pierre Dragon et Frederik Peeters. « RG » comme Renseignements Généraux, ce service de la police dont la mission consiste à collecter les informations concernant la sécurité du territoire. Un service dont le nom est souvent synonyme de fichage policier et d’atteintes à la vie privée. Un service dont le travail est ici minutieusement décrit, et pour cause : Pierre Dragon (il s’agit d’un pseudonyme), ci-devant co-auteur et héros de la série est actuellement enquêteur aux Renseignements Généraux. Joann Sfar, directeur de la collection Bayou explique en avant-propos les circonstances de cette collaboration contre-nature avec Frederik Peeters, dont le travail est par ailleurs imprégné d’un esprit gentiment libertaire : c’est durant l’affaire des caricatures de Mahomet que l’auteur de Greffier, alors collaborateur de Charlie Hebdo, a fait la connaissance de ce « flic du Sud-ouest taillé comme King Kong ». De cette rencontre naît le projet d’une bande dessinée, et Sfar a l’excellente idée de demander à Frederik Peeters de mettre en forme la matière brute fournie par Dragon. Le jeune auteur suisse s’essaye ainsi à un registre dans lequel on ne l’attendait pas [1] : la bande dessinée de genre.
RG est donc ni plus ni moins un polar, qui tient toutes ses promesses, entre planques, filatures et bagarres, des bouis-bouis de Belleville aux salons des grands hôtels. Seule entorse au cahier des charges : pas un coup de feu ne sera tiré (si ce n’est en flashback), reflétant la réalité souvent morne du travail de ces policiers. En effet, la démarche anti-spectaculaire de Peeters, à mi-chemin entre la fiction et le documentaire, rapproche plutôt RG du Cousin d’Alain Corneau, [2] que des aventures de John MacClane (alias Bruce Willis) dans la série Die Hard, pour lequel Dragon confesse cependant sa sympathie. La rencontre des flics français avec leurs homologues américains est d’ailleurs l’un des passages les plus savoureux du bouquin, tant est frappante la différence de style, pourtant prévisible : costards impeccables et attitude procédurière d’un côté ; T-Shirt Adidas et Système D de l’autre. Le travail très artisanal, voire précaire, des policiers est une autre figure imposée du polar naturaliste made in France : quasiment livré à lui-même, Dragon ne peut compter que sur les contacts informels accumulés au fil des ans et ses techniques de vieux routard — notamment la pratique systématique du bluff — pour faire avancer l’enquête.
Sans être pour autant une apologie de la Police, RG montre donc les flics de terrain sous leur meilleur jour : parfois brutaux mais intelligents ; combinards mais agissant pour la bonne cause. Dans ce premier volume, leur mission est tout bonnement inattaquable : elle consiste à démanteler un réseau terroriste, et il aurait peut-être été plus pertinent de les voir s’atteler à une besogne moins consensuelle, générant ainsi une ambiguïté morale peu présente dans ce récit, si n’est lorsque Dragon s’abaisse à menacer la compagne d’un truand.
Par ailleurs, dans la mesure où cette bande dessinée a dû être validée par la hiérarchie du co-auteur, il serait également intéressant de savoir si certains passages sont passés à la trappe, et dans quelle mesure Peeters, qui a visiblement succombé au charme de Dragon, assume la dimension héroïque dont sont parés au final ses flics, à l’image du pseudonyme « hénaurme » choisi pour le personnage principal.
Mais ces réserves ne sont que détail face à l’indéniable qualité générale de ce premier volume, qui augure le meilleur pour la suite de la série. [3] Creusant le sillon d’une troisième voie salutaire entre BD à papa et production alternative, RG représente une des rares tentatives de fusion entre le registre intimiste et la littérature de genre, tout a fait différente par exemple du travail de Christophe Blain.
Là où l’auteur d’Isaac le pirate et Gus n’a de cesse de transcender / pervertir, par ailleurs brillamment, les mythes littéraires ou cinématographiques auxquels il fait mine de s’attaquer (le western, les histoires de pirate), Peeters assume totalement l’ancrage de son récit dans le genre tout en lui apportant un supplément d’âme. Le tressage entre la vie professionnelle de Dragon et sa vie privée, qui est un lieu commun dans les romans et les séries TV américaines depuis Ed McBain et le travail de Steven Bocho sur Hill Street Blues, est particulièrement bien rendu par l’auteur. Et même si, là encore, les clichés abondent malgré l’inspiration autobiographique, les séquences avec la jeune maîtresse du policier ou sa fille, pourtant vues et revues, sonnent ici étonnamment juste.
Au niveau formel, Frederik Peeters est l’un des rares dessinateurs européens à pouvoir s’enorgueillir d’un style de découpage reconnaissable, à la manière des grands noms de bande dessinée japonaise, dont les effets ne sont pourtant jamais gratuits. Ainsi, son travail caractéristique sur les entrées de séquences donne fluidité à l’enquête, tandis que l’intrusion de Dragon à l’Ambassade américaine est-elle mise en valeur par une alternance de plongées / contre plongées extrêmes, accentuant la violence contenue puis le triomphe du policier.
Le dernier mérite de RG est d’ordre politique, confrontant le lecteur au statut ambivalent d’une profession aussi souvent décriée qu’elle est portée aux nues. Une mécanique de fascination-répulsion qui tire sa source du hiatus entre la théorie — être une force au service des citoyens — et l’application parfois sans grands discernements, si ce n’est contre-productive, de ces beaux principes. Un hiatus sans doute particulièrement perceptible par les dessinateurs de Charlie hebdo, pourfendeurs de l’Etat policier devant l’éternel, lorsqu’ils ont pu compter sur la protection des RG face aux menaces islamistes... Face à ce paradoxe, Frederik Peeters semble pour l’heure avoir choisi son camp, et que l’on soit d’accord ou non, c’est tout à son honneur.
(A lire, les précisions de Frederik Peeters sur son travail avec Dragon, ici.)
[1] On pourra objecter que Lupus est un space opera. On pourra répliquer que si cette série s’inscrit certes dans ce registre, il frustre le lecteur de toutes les figures imposées du genre pour mieux se concentrer sur l’intériorité du personnage-titre, et que l’errance spatiale sert ici de reflet à la fuite des sentiments.
[2] Notons que le co-scénariste de ce film, Michel Alexandre, est un ancien policier, ayant également travaillé sur L.627 de Bertrand Tavernier, d’où les affinités de ce film avec RG.
[3] Un second volume est d’ores et déjà annoncé, au titre tout aussi faussement exotique : Bangkok-Belleville.
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#01
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Dommage pour les couleurs. Dommage que ce ne soit qu’un exercice de style, si fade par rapport aux autres albums (tellement plus émouvants).
Paris n’est pas bien mis en valeur... à peine reconnaissable. Les personnages sont peu sympathiques.
Comment Peeters arrive-t-il a supporter son héros ? Est-il possible de rendre attachant un héros qui soit à l’opposé de ce qu’on est dans la vie ? Sans doute que oui, mais alors pourquoi ne pas avoir noirci un peu plus le personnage (cf Violent Cop) ? Pour rester fidèle à la réalité ? à savoir ici, au collaborateur "Dragon " ? La BD reportage a ses limites. Je finis d’ailleur par m’en lasser... J’espère que la série prendra plus d’épaisseur avec les autres albums.
Dommage aussi que la BD (le genre) soit si chère. Même si tout n’est pas à jeter, du papier manga et une couverture souple auraient suffis pour ce type d’histoires ! On n’osera pas faire de comparaison avec Tardi... (trop facile ?) En tout cas, c’est rassurant de voir qu’un auteur génial peu faire aussi des albums de seconde zone.
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par un fan. le 21 septembre 2007
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>01
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C’est marrant, je pense comme exactement comme toi. En plus, je suis un grand fan moi aussi de son travail. J’ajouterai que son dessin fut ici décevant, se reposant souvent sur des tics de mise en scène, des trucs et astuces que l’on trouve partout, et des visages souvent figés dans des expressions sans demi-mesure (sourire banane ou yeux mouillées très tristes). Lupus est à des années lumières en termes de créativité, de personnalité et de subtilité. Cependant, j’ai la chance de côtoyer Julien (auteur de la critique ici présente) d’en avoir débattu avec lui, comme avec mon acolyte Smyrn du aaablog, qui en 100% fan et d’accord avec Julien. Je dois reconnaître qu’ils n’ont pas tord sur un point. Certes, ce n’est qu’un énième récit de genre, donc impersonnel et inutile. De jolis cahiers cousus et une couverture cartonnée ne lui étaient pas utiles. R.G est un produit et alors, en avons-nous souvent des si bons ? Et bien j’ai beau me retaper dans ma tête le film des centaines de bouses que j’ai lues depuis le début de l’année, je n’en vois aucune qui arrive à la semelle de la pompe du policier Dragon. J’en conviens, pour du Peeters, c’est décevant. Mais pour du divertissement sans prétention, c’est quasiment un miracle vu l’apocalypse créative qui touche en ce moment le monde de la bande dessinée de genre. Je peux te dire que moi qui ne crache jamais devant un bon récit d’aventure, je me suis pas mal ennuyé cette année. Si je repense rien qu’à cette seule journée de lecture (en gros, le prochain Thorgal Jolan, le XIII de Giraud, Le prochain Hermann chez Signé et le prochain Marini où il scénarise lui-même), et bien je dois reconnaître que R.G, c’est une jolie pépite d’or dans un désert de caca.
par S. du aablog le 21 septembre 2007
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L’auteur d’American Splendor et l’une des figures emblématiques de l’autobiographie en bande dessinée, Harvey Pekar s’est éteint hier à 70 ans. Il laisse derrière lui son « grand œuvre », chronique personnelle illustrée tour à tour par R. Crumb, Spain Rodriguez ou encore Joe Sacco, entre autres noms remarquables. En 2003, il avait été incarné à l’écran par Paul Giamatti.
Aux flâneurs de la capitale réfractaires aux sirènes du ballon rond, les jours qui viennent s’annoncent riches en horizons à explorer. Pour commencer, Thomas Ott s’expose du 11 juin au 17 juillet à la Galerie Martel (17 rue Martel dans le 10e). Ensuite, histoire de continuer à célébrer les XX ans de l’Association, Benoît Jacques prend la suite de Nine Antico et de Grégoire Carlé et « s’installe » du 15 juin au 17 juillet à Super-Héros (175 rue St Martin dans le 3e). Enfin, on pourra aller admirer le travail de Dominique Goblet & Nikita Fossoul et Aurélie William Levaux du 18 juin au 18 juillet au Monte-en-l’Air (71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare dans le 20e).
Avis aux amateurs : ce mois de mai promet d’en éblouir plus d’un.