Le Réflexe de Survie de Etienne Davodeau
En français Publié chez Delcourt
Chroniqué par Jessie Bi en juin 1998

Davodeau ondule ses histoires entre fiction et réalité. Comme souvent, cette dernière n’est pas à la hauteur de la première, mais c’est ce qui en fait paradoxalement toute sa valeur, car elle permet ainsi de raconter une histoire (fictive). Davodeau le sait bien, il va en jouer et déjouer.

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Le réflexe de survie n’est donc pas celui que l’on croit.
Il n’est pas dans la possibilité d’appuyer sur un flingue pour dégommer la personne que l’on vous a chargé de liquider, mais justement dans cette impossibilité (consciente) de pouvoir appuyer sur cette gâchette quand la personne à abattre et devant vous.
Il n’est pas dans le marginal révolté, mais dans le fonctionnaire le plus timide, et le plus silencieux.
Il n’est pas dans l’inconscient (l’instinct) mais dans le conscient.
Il n’est pas non plus dans l’individualisme, mais dans le collectif.

En fait, il n’est pas là où on l’attend, où on vous a habitué à l’attendre. Et si vous vous habituez à l’attendre là où on ne vous a pas habitué à l’attendre, il n’y sera pas non plus.
Vous avez imaginé ça, mais en vrai ça ne sera pas ça, ça ne sera jamais ça. Ça sera pire, mais c’est sûrement pour ça que ce sera mieux (et vice versa).
Tu feras quoi quand tu seras grand ?, Que fais-je pendant que je suis grand ?, Qu’ai-je fait depuis que je suis grand ?. Voyez Quelques jours avec un menteur comme réponses possible, sorte de collectif sur la réalité et l’imaginé, l’imaginé et la réalité, ce qu’imaginent les autres et ma réalité, etc ...

Vouloir tout changer sans changer ! Le problème, c’est que l’on change plus vite que ce que l’on voudrait changer. Changer sans avoir peur du changement (interne, externe) est ce possible ? Davodeau ne cesse de nous dire qu’il ne faut pas se fier aux apparences et que les gènes ne sont rien sans l’empirisme et l’environnement. Rien n’est écrit, on peut donc l’écrire (que l’on peut et/ou que l’on ne peut pas).
Davodeau n’est pas là pour divertir, il veut montrer la vie imaginaire, confrontée à celle où le décor n’est pas en carton pâte. C’est sa problématique. Ses personnages, depuis Le constat, ne cessent d’en faire le bilan, le témoignage, la preuve (à la fois fictivement réelle et réellement fictive).
Souvent ça fait mal, mais sans mal comment comprendre ? C’est du plaisir, du bon, que l’on imagine son contraire, son absence : le mal. Sans avoir du mal à imaginer, comment comprendre ? Le mal imaginé, le bien vécu, le mal vécu, le bien imaginé, tout tourne autour de cette dialectique du rêvé face au réel. Une sorte de bovarysme, mais sans le côté obscur, car il n’y a pas que la vie, il y a la survie (au-dessus de la vie).

Davodeau ne nous dit pas que le rêvé a plus de valeur que la réalité, ni l’inverse d’ailleurs. Davodeau est très très pessimiste et il aimerait que ça change. C’est là sa lutte. Invitation à ne pas jouer un rôle défini indéfiniment ; dépasser ça ; changer ; c’est là Le réflexe de survie qu’il nous propose.

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