Les Réflexions d’une Grenouille de Iwamura Kazuo
En français Les Réflexions d’une Grenouille, publié chez Autrement Jeunesse
Dans une langue exotique Kangaeru Kaeru-kun, publié chez Fukuinkan Shoten
Chroniqué par Jessie Bi en septembre 2001

Une petite grenouille verte réfléchit sur de grandes questions (qui ne sont souvent plus des questions de grands) et entraîne avec elle sa copine la petite souris grise.
Leurs réflexions portent sur « les visages », « le ciel » et le « moi » :
« C’est quoi un visage ? », « Quel est le visage d’un coquillage ? » ; « d’un ver de terre ? d’un escargot ? »
« Qu’est-ce vraiment le ciel ? », « Où se situe-t-il ? », « Comment voler ? »
« Moi c’est moi ? », « Es-tu, toi, « moi » aussi ? », « Comme moi ? », « « Moi » qui suis aussi « je » ? »
Toute cette joyeuse philosophie (ou philosophette, ou philosofête) finira en interjections : « Hé toi ! » « Eh vous ! » « Toi (Hi, hi, hi !) Moi (Ha, ha, ha !) »

JPEG - 32.2 ko

La découverte du « je » dans son rapport aux autres, à l’espace, et à soi-même fini en jeu. Alors on cour en tous sens (par les mots et les images), on vole (comme ci), on pose des questions (comme ça).
Papillon, Libellule, Ver de terre, Escargot, Hirondelle, Aigle et Sanglier, patients comme des grandes personnes, y répondent sans y répondre comme des grandes personnes. Et on les taquine, et on les aborde comme on sonne aux sonnettes, rapidement, en virevoltant avant que la porte s’ouvre, avant que la réponse vienne. Oui, les réflexions c’est drôle et c’est bien, parce que c’est en nous. Entre chacun de ces chapitres la petite grenouille poursuit ses réflexions, en essayant de se mettre à la place d’un épi de blé, d’une châtaigne ou d’un crapaud. C’est pas facile ! On admire ! C’est courageux !
Puis on rigole aussi, c’est métaphysique donc un peu absurde pour une petite grenouille, une grenouille si petite qui à la vie devant elle et qui s’étonne de cette vie qui l’entoure. Traduit du japonais, la lecture se fait verticalement, en strips de quatre cases, du haut vers le bas. Cela ajoute en approfondissement réflexif, en gravité enfantine, une dimension de lecture supplémentaire.

JPEG - 28.5 ko

Ces strips se suivent le plus souvent et peuvent avoir un titre de temps en temps. A cette présence aléatoire, les jeunes lecteurs trouveront moyen de se repérer, ralentir, accélérer, revenir, etc. Une possibilité ludique supplémentaire.
Le registre graphique d’Iwamura Kazuo est ici « minimaliste » [1], et relève du vocabulaire stripologique, outil issu des impératifs de la presse, fabuleux dès qu’il s’agit d’aborder l’enfance et les questions sans réponse (ou les réponses trop grandes ...).
Mine de rien cet album nous donne aussi la possibilité inédite de découvrir deux versants formels de la manga : celui de la jeunesse et celui des strips. Ce n’est pas le seul livre d’Iwamura qui ait été traduit en français. Mais c’est le seul qui soit une bande dessinée et dans ce registre graphique.

Notons pour finir que ce livre offrira au lecteur attentif une curiosité supplémentaire. Les textes sont essentiellement des dialogues. S’il n’y a pas de narratifs (peut être pour ne pas déstabiliser les jeunes lecteurs ? Ou pour des spécifités japonaises ?) il y a des commentaires de l’image dans l’image, qui se distinguent à peine des dialogues. La différence se fait par la conjugaison (à la troisième personne du singulier) et la présence ou pas d’embrayeur [2]. Tout en invitant à une lecture à plusieurs (l’adulte aidant l’enfant àlire), cette subtilité entretien aussi davantage la pédagogie douce et ludique de ce livre plein de vie dédié à l’essentiel.

[1] Cf. l’article de T. Groensteen « Du minimalisme dans la bande dessinée » in 9e Art n°6, janvier 2001, éd. CNBDI.

[2] Au sens du linguiste Jacobson, ce mot désigne ici les petits appendices sous les bulles qui indiquent le locuteur et l’état de son discours (intérieur ou à voix haute par exemple).

L'article a bien été envoyé.

Cet outil sert à faire suivre à destination d'un tiers un lien vers cet article sur notre site. Le courrier vous sera automatiquement envoyé en copie. du9 ne garde aucune trace de cet envoi.

adresse e-mail du destinatairevotre adresse e-mail
message [200 signes maximum]votre nom
   
BRÈVES
D’ici de là-bas
25 janvier 2012
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Neuf
4 décembre 2011
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Tirer un trait/Tisser des liens
4 novembre 2011
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.
ABONNEZ-VOUS !
Vous êtes abonné !
NOUVEAUTÉS
ARTICLES LES PLUS LUS
DERNIÈRES RÉACTIONS
Une selection de fin d’année a du sens à partir du moment où l’on connait la personne (physique ou (...)
Article intéressant, qui reprend certains arguments valables pour expliquer le graphisme dans les mangas (forme des (...)
D’autres que moi, plus au courant, apporteront des précisions, mais je crois avoir entendu évoqué à (...)