Le Roi Catastrophe (t1) Adalbert ne manque pas d’air de Fabrice Parme & Lewis Trondheim
En français Publié chez Delcourt
Chroniqué par Jessie Bi en avril 2001

Adalbert, petit monarque rouquin, a deux gros sourcils noirs qu’il porte dans son étonnement enfantin comme les deux cornes d’un diablotin.
Petit despote mal éclairé de Porto Cristo, il a comme souvent chez les monarques enfant, un mauvais caractère. Sa fonction et son héritage sont le sésame à toutes ses volontés qui, même catastrophiques, en deviennent émouvantes car son plus grand pouvoir est la néoténie, celle-là même que l’on trouve dans de nombreuses familles, comme source de mille happy end parentales avec lesquelles tous nous avons pu, pouvons ou pourrons rire. Comme nous le confirme la première des trois histoires d’une dizaine de planches qui compose cet album, Adalbert est comme tous les enfants, unique et roi chez lui, que ce chez-lui soit en mètres carrés ou en hectares.

Ce drôle de croisement entre l’Abdallah d’Hergé et le petit roi de Soglow est un personnage bien venu dans l’univers des bandes dessinées s’adressant à la jeunesse. Le seul défaut de cet album est peut-être, sa mise en page faite de cases libres, que viennent distinguer avec un certain maniérisme, un fond coloré au diapason de la couleur de la page, mais que perturbent souvent les cartouches de textes narratifs et les bulles (souvent eux-mêmes colorés). Ces espaces textuels apparaissent trop souvent comme des sommets de superpositions ou sandwichs de signes qui, s’ils ne gâchent pas la lecture, gâchent au moins la vision tabulaire des planches.

Mais cette vision n’est peut-être qu’une vision d’adulte et non celle d’enfants auxquels l’album s’adresse. Le cadre d’une case structurerait et mettrait au niveau de la planche ces pics sémiotiques, mais empèserait certainement un rythme général très vivant, qu’idéalise justement le dessin de Parme. Par les couleurs, on a même parfois l’impression d’un anime book réussi, dans le sens où il restituerait le dessin animé dans son mouvement. Le travail de Parme, son traitement des décors, ses personnages, etc. en rajoutent davantage puisqu’ils font clairement référence à l’esthétique des dessins animés des années soixante.

Le binôme Trondheim/Parme paraît prometteur. Parme a la virtuosité graphique que n’a pas Trondheim, tout en partageant sa perception de l’espace, du rythme et du mouvement. Un album où règne donc la promesse plutôt que la catastrophe.

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