Signes des Temps
Dossier de Xavier Guilbert en mai 2008
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Il y a bien longtemps, à l’aube de l’an 2000 et après huit années d’existence, le label Vertigo de DC Comics s’apprêtait à tourner une page de son histoire : quatre ans après la fin de Sandman, c’était au tour du Preacher de Garth Ennis et Steve Dillon et des Invisibles de Grant Morrison d’arriver à leur terme. Trois séries emblématiques tiraient leur révérence, et l’on se demandait qui allait bien pouvoir reprendre le flambeau.
Huit ans plus tard, un autre cycle s’achève — si les Losers d’Andy Diggle ont pris leur retraite il y a déjà deux ans, la série Y : The Last Man (de Brian K. Vaughan et Pia Guerra) a atteint sa conclusion en Janvier dernier, alors que le compte à rebours pour les 100 Bullets de Brian Azzarello et Eduardo Risso est enclenché. [1]

Lancé en 1993, Vertigo visait alors à regrouper sous une même bannière un groupe de séries existantes qui s’adressaient à un lectorat plus âgé. [2] Mais plus qu’un simple label « for mature readers », Vertigo s’était alors rapidement établi comme un univers à part, loin des superhéros habituels de DC, ces titres se répondant et venant à constituer progressivement une sorte de mythologie nouvelle. [3]
Cette impression avait sans doute beaucoup à voir à la « rotation » des auteurs phares se succédant sur les différents titres. On citera par exemple le John Constantine d’Hellblazer, tout d’abord créé par Alan Moore dans les pages de Swamp Thing avant de gagner les galons de sa série personnelle sous la plume de Jamie Delano, suivi par un bref relais de Grant Morrison avant l’arrivée de Garth Ennis ; ou bien encore Animal Man, titre réinventé par Grant Morrison, repris par la suite par Peter Milligan et enfin confié à Jamie Delano. Vous suivez ?
Bref, tout cela se montrait joyeusement incestueux, et préparait le terrain pour l’arrivée de ces autres séries qui allaient finir d’établir l’identité du label : le Preacher de Garth Ennis, les Invisibles de Grant Morrison, et enfin les Books of Magic créés par Neil Gaiman.

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En 2008, les choses ont bien changé. Tout d’abord, on notera le passage de témoin entre la « British Invasion » — Alan Moore, Jamie Delano, Neil Gaiman, Grant Morrison, Peter Milligan, Garth Ennis et Warren Ellis étant tous originaires de la Perfide Albion — et une nouvelle génération d’auteurs Américains : Brian K. Vaughan (né en 1976), Brian Azzarello (? ??), Brian Wood (1972) et Bill Willigham (1956). [4] Mais c’est sur le plan des thématiques que le label a le plus évolué.
Alors oui, le Fables de Bill Willingham conserve une partie de l’esprit originel (avec un Hellblazer qui fait quasiment partie des meubles), mais l’occulte a laissé place au thriller comme fond de commerce. On pourrait presque dire que le « Vertigo première formule » n’a pas résisté au changement de millénaire — la conclusion de Preacher et des Invisibles en 2000 laissant la place libre aux 100 Bullets (débutant en 1999), Y the Last Man (2002), DMZ (2005) et autres Losers (2003-2006), tous clairement plus ancrés dans le monde d’aujourd’hui. Et, jouant la charnière entre ces deux époques, le très gonzo-politique Transmetropolitan de Warren Ellis et Darick Robertson, publié entre 1997 et 2002.

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Il est intéressant de tracer ici un parallèle avec les séries télévisées : d’un côté, les années 90 et leurs X-Files [5] qui cristallisent les grandes tendances de l’époque, à savoir la méfiance vis-à-vis du gouvernement, la fascination pour les conspirations, la quête de spiritualité et les croyances de vie extraterrestre ; et de l’autre côté de 9-11, la montée en puissance d’un Jack Bauer dans 24, qui joue à fond sur les nouvelles thématiques — l’inquiétude envers le terrorisme et la criminalité, mais également un idée forte de réinvention s’exprimant à plusieurs niveaux : dans la revalorisation de l’individu mais aussi dans la constitution de nouvelles communautés, sur fond de recherche de spiritualité toujours présente. [6]
Si l’on reconnaît aisément dans cette description la plupart des éléments constitutifs de Y : The Last Man, ils se trouvent également déclinés dans la majorité des titres publiés actuellement par Vertigo, avec plus ou moins de bonheur. Depuis les criminels et le communitarisme qui servent de toile de fond à 100 Bullets au New York en état de siège de DMZ, en passant par les plus oubliables American Virgin, Exterminators et autres Testament, il ne fait pas de doute que souffle ici l’air du temps.
Et alors que les séries-phares approchent de leur conclusion, et qu’un certain nombre d’essais récents se sont finalement révélés infructueux, [7] il est bien probable qu’une nouvelle ère s’annonce. Reste à savoir de quelles valeurs elle sera porteuse...

[1] Le centième et dernier numéro de la série devrait sortir en Février 2009.

[2] La première livraison comptait ainsi Swamp Thing #129, Hellblazer #63, Sandman #47, Doom Patrol #64, Animal Man #57, et Shade, The Changing Man #33.

[3] Une approche « mystique » qui tournera d’ailleurs parfois à la caricature, aux mains d’auteurs moins inspirés.

[4] Le scénariste de The Losers, Andy Diggle (né en 1970), joue l’Anglais de service.

[5] La série a été diffusée entre 1993 et 2002.

[6] C’est pas moi qui le dit, ce sont les spécialistes de Saatchi & Saatchi.

[7] Les séries American Virgin, Exterminators, UN-Men, Testament, Crossing Midnight ou encore Deadman ont toutes connues une fin anticipée avant même d’atteindre la trentaine.

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4 RÉACTIONS
#01
Signes des Temps
C’est un peu dommage quand même de ne pas citer dans cette génération d’auteurs américains, son représentant le plus prometteur, c’est à dire Jason Aaron, auteur de Scalped et de The Other Side.
par Smiley_Bone le 16 mai 2008 | Répondre à ce message
#02
Signes des Temps
Haaaa ! Cet article tombe bien ! Je n’y connais rien en comics. La seule porte d’entrée que j’avais c’était le Batman de Miller et les comics de Moore pour DC ou Marvel (je m’y retrouve jamais). Vertigo m’intriguait mais je en savais pas par où commencer ! Alors requête : si vous aviez une série particulière dans chacune des deux époques que vous citez à me conseiller je suis preneur ! faut bien un début...
par jmmelo le 16 mai 2008 | Répondre à ce message
>02
Signes des Temps

La chance est avec toi, après 15 ans de publication au compte goutte, nous avons enfin un grand choix disponible en français.

Par quoi débuter, bonne question, ça dépend fortement de tes goûts. Pour la 1ère époque, Sandman est le plus emblématique, pour ce qui est de la 2ème époque, personnellement je suis totalement accroc à 100 bullets.

A part ça, j’ai trouvé cet article très intéressant.

par jean reysz le 21 mai 2008 | Répondre à ce message
>02
Signes des Temps
Merci pour les conseils. Du coup je me suis plongé dans Fables, The Last Man, 100 Bullets et The Sandman et en VO (sauf pour 100 Bullets je me suis vite rabattu sur le français le slang n’étant pas mon fort et en phonétique encore moins, lecture difficile qui gâchait mon plaisir). Les trois premiers sont distrayants et on passe un bon moment à la lecture (j’en suis qu’aux premiers tomes aussi), par contre The Sandman est vraiment au dessus du lot à mon avis : cette façon d’accentuer le récit sur la narration plus que sur l’action et de mettre au premier plan et avec profondeur les personnages secondaires, d’avoir toujours notre "héros" un peu en retrait. Très bonne découverte ! merci encore ! Jm
par Un inconnu le 12 juillet 2008 | Répondre à ce message
BRÈVES
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25 janvier 2012
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
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Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
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Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.
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