
Après Lewis, c’est au tour de Gerner de publier ses strips hebdomadaires parus dans les Inrocks. Et il faut bien avouer que ce dernier s’en tire mieux, aidé qu’il est par une connaissance parfaite des tendances musicales de l’époque et une fréquentation qu’on devine assidue des lieux de sa manifestation courante (amis, concerts, cafés).
En effet la musique (rap, tekno, fusion, pop) est ici omniprésente (on trouvera quand même quelques strips consacrés à la politique ou au cinéma) et rythme la vie de Jochen qui s’en sert comme révélateur des comportements ridicules actuels (frime, mode, esprit sectaire) et des tendances sociales du moment (mercantilisme et parodie de communication).
L’esprit est donc assez proche de celui qui animait Baladi dans ses strips acides Comment devenir. Néanmoins la maîtrise est ici parfaite car on évite le catalogue pour se concentrer sur quelques cas vécus (l’autobiographie ne doit pas être loin).
Techniquement c’est parfait, je ne pensais pas que la couleur (qui explique le prix !) siérait si bien à Gerner qui nous avait habitué à la sobriété du noir et blanc. La force de cet auteur réside (au-delà de son évident talent pour croquer nos comportements idiots et conditionnés) dans une utilisation ultra efficace du média : tout se fait en quatre cases et avec une densité incroyable. Il y a toujours au moins trois niveaux d’expression : le texte off toujours long, les sigles et idéogrammes contenus dans la case et le titre qui apporte son lot d’information.
Là-dessus se rajoute un don inné chez Gerner pour créer des contrepoints entre ses trois compartiments géographiquement distincts. C’est difficile à raconter mais je vous assure que le plaisir est grand à la lecture de ce genre de production originale surtout qu’on évite ici le piège de l’abscons (sauf dans l’introduction qui m’a paru bien mystérieuse mais peut être est-ce à cause de ma méconnaissance de l’oeuvre de Lewis Carroll).
Cet petit bijou est un must par son humour au vitriol et l’originalité du traitement.
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.