
En Japonais, « Saru » signifie « singe ». Et l’on en resterait là si l’on ne croisait pas de temps en temps à Shibuya (quartier jeune de Tôkyô) quelqu’un arborant fièrement un t-shirt estampillé « SARU » à la manière des universités américaines. On pourrait croire qu’il s’agit d’une création du designer/artiste Nigo, dont le label (A Bathing Ape) est inspiré de la Planète des Singes, mais ces t-shirts ne sont que la manifestation du succès du manga d’Inoue Santa, Tokyo Tribe.
Tokyo Tribe, c’est Boyz in the Hood revu et corrigé à la sauce japonaise, c’est West Side Story importé dans la capitale nipponne et remis au goût du jour. On y retrouve la guerre des gangs et les meurtres inutiles, les provocations et le marquage de territoire.
Ne cherchez pas ici un regard critique sur le Japon d’aujourd’hui — Inoue Santa se fait plaisir, et se construit un Tôkyô de cinéma américain, empli de gunfights et de voyous romantiques. Cette passion hollywoodienne se retrouve jusque dans le design de ses livres, truffés de slogans en anglais approximatif et cryptique, comme ce « Stay hard core like Joe Pesci » qui ouvre le bal proposé par « Santastic ! Entertainment ».
Tout autant que le dessin, qui n’est pas toujours très assuré, l’ensemble est souvent fortement empreint de naïveté. Mais au-delà des tentatives de provocation un rien puériles (comme ce « Parti National pour la Masturbation » qui harangue la foule à Shivuya, en lieu et place des nationalistes d’extrême-droite de la réalité), on découvre également un plaisir à raconter des histoires, un désir de se faire son cinéma qui emporte tout.
Et si les récits d’Inoue Santa ne cherchent pas à faire passer de message critique ou révolutionnaire, ils cristallisent néanmoins une part de l’imaginaire de la jeunesse nipponne d’aujourd’hui.
A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.