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| (c) Peter Milligan & Sean Phillips / Extrait de "The Minx" | ||
DC Comics ne se contente plus de lecteurs — il leur faut désormais des lectrices, et pas n’importe lesquelles : des adolescentes. C’est tout du moins ce que l’on peut lire dans l’édition du New York Times du 25 Novembre dernier, où l’on découvre les ambitions de Minx, le nouveau label de l’éditeur qui devrait être lancé en Mai 2007. La première livraison [1] sera accompagnée d’une campagne publicitaire de $250,000 (soit la plus importante en 30 ans pour DC), le tout destiné à toucher des « young adult female readers ». Une révolution ? Pas si sûr.
Alors oui, on pourrait citer l’exemple de Vertigo, le label de DC destiné à un public « autre » que le tout-venant superhéroïque et qui, presque quinze ans après sa création en 1993, est toujours en activité. Mais il faut rappeler que Vertigo n’était pas issu d’une volonté marketing cherchant à créer quelque chose de toutes pièces, mais avait plutôt résulté d’une dynamique commune entre plusieurs titres à part, plus adultes et avec des thématiques qui se répondaient — Saga of the Swamp Thing, Hellblazer, The Sandman, Animal Man ou encore Shade, The Changing Man. Auteurs, séries, lecteurs — tous étaient déjà là, et il suffisait « simplement » de leur offrir une enseigne derrière laquelle tous allaient pouvoir se rallier.
On se souviendra par contre (toujours chez DC) de l’expérience Helix — lancé en 1996 à grand renfort de publicité, soutenu par une floppée de noms alléchants, avec la volonté affirmée de conquérir de nouveaux lecteurs. Se voulant le pendant « science-fiction » au « fantastique » de Vertigo, le label n’avait survécu que deux ans, avant que sa dernière série phare, Transmetropolitan, ne quitte le navire pour rejoindre Vertigo, justement. Les raisons de cet échec : ne pas avoir su être au bon endroit, pour les bons lecteurs, et dans le bon format de publication. [2]
Sans vouloir jouer les Cassandre, il faut bien reconnaître que Minx part avec un certain nombre de handicaps — dont en premier lieu, le titre du label [3] susceptible de séduire les 13-18 ans mais pas forcément des parents un rien conservateurs. Plus critique, la difficulté que pourrait rencontrer une collection de « one-shots » publiés au compte-goutte à s’installer dans des rayons aujourd’hui dominés par de nombreuses séries manga, aux lectrices captivées et impatientes de lire le prochain volume.
Enfin, un lecteur un peu cynique pourrait noter que, parmi les sept titres annoncés, tous tournent autour d’un personnage principal féminin, mais que seules deux auteurs femmes participent à l’aventure. Certes, avec des noms comme Derek Kirk Kim, Andi Watson ou Marc Hempel, il y a de quoi piquer la curiosité, mais rien n’est plus efficace pour assoir la légitimité d’un tel label qu’une femme auteur partageant son expérience — et, éventuellement, suscitant des vocations. [4]
Pendant ce temps-là, de ce côté-ci de l’Atlantique, les filles, on ne connait pas. Confrontés eux-aussi à l’arrivée des manga dans le paysage, les éditeurs franco-belges y sont également allés de leurs nouvelles collections — avec un enthousiasme marqué pour la jeunesse, comme en témoignent les toutes récentes « Puceron » et « Punaise » chez Dupuis (3-6 ans), « NG » chez Soleil (8-12 ans), « Shampooing » chez Delcourt ou encore « Onomatopée » chez Lito. Sinon, on teste de nouveaux rythmes et formats de parution — collection « 32 » chez Soleil, la publication de L’Etrangleur de Tardi en feuilleton par Casterman, ou encore la publication accélérée de deux séries longues chez Delcourt (L’Histoire secrète en 7 volumes et La Loi des 12 tables en 6 volumes, le tout en un an).
Et pour ce qui est des filles, grandes ou petites ? Hors le manga, point de salut — ou presque. Il n’y a bien que la collection « PEPS » d’Albin Michel qui s’intéresse à ce lectorat féminin, lectorat qui ne se retrouve sans doute pas dans les thématiques des best-sellers de la bande dessinée — science-fiction, héroic fantasy, histoires d’agents secrets, de playboys milliardaires ou de tueurs à gages. C’est clair, ce n’est pas avec du Largo Winch qu’on attrape les donzelles ...
Les sorties de Décembre 2006
- BSK - Dans ma ville - PLG
Et c’est à peu près tout. Pas grand-chose chez les indés, on se consolera en lisant le tome 5 du Chat du Rabbin, intitulé Jérusalem d’Afrique.
Requiescat in Pace
- Jerry Bails (73 ans), fondateur de l’un des premiers fanzines dédiés aux comics, Alter Ego, en 1961.
- Luciano Bottaro (75 ans), créateur de Pepito.
- Dave Cockrum (63 ans), co-créateur des New X-Men.
- Ishikawa Ken (58 ans), co-créateur (avec Nagai Go) de la série classique de robots géants Getter Robo.
- René Sterne (54 ans), auteur de la série Adler et récent repreneur, avec Jean Van Hamme, de Blake et Mortimer.
- John Styrk Jr. (32 ans), créateur de Boomtown Scabs.
La plus grande convention de bande dessinée du monde
Et bien sûr, ça se passe au Japon, où deux fois par an, le Comiket (contraction de « Comic-Market »), spécialisé dans la production amateur et le dôjinshi, attire les foules dans les salles du Tôkyô International Exhibition Center, plus connu sous le surnom affectueux de « Big Sight ». Et pour ceux qui souhaiteraient fêter le nouvel an d’une façon très originale, sachez que le Comiket 71 se déroulera du 29 au 31 Décembre prochain. Avis aux amateurs.
[1] Qui débutera avec The P.L.A.I.N. Janes (Cecil Castellucci & Jim Rugg) pour le lancement en Mai, et devrait continuer au rythme d’un nouveau titre par mois. Parmi les autres titres annoncés, on trouvera Clubbing (Andi Watson & Josh Howard), Good as Lily (Derek Kirk Kim & Jesse Hamm), Re-Gifters (Mike Carey, Louise Carey, Sonny Liew & Marc Hempel), Confessions of a Blabbermouth (Mike Carey, Louise Carey & Aaron Alexovich), Water Baby (Ross Campbell) et Kimmie66 (Aaron Alexovich).
[2] Plus précisément, Helix avait souffert d’une présence limitée de ses titres dans les librairies de science-fiction, où se situait son lectorat potentiel principal ; d’un intérêt limité pour la science-fiction des habitués des librairies de comic books, où il était majoritairement distribué ; ce à quoi il fallait ajouter les réticences des lecteurs de science-fiction aux publications périodiques mensuelles — ce qui était le cas de la plupart des titres du label.
[3] Qui pourrait se traduire par « coquine ». Ironiquement (ou pas), c’est également le titre d’une mini-série de Peter Milligan et Sean Phillips, publiée en 1998 chez ... Vertigo.
[4] Rappelons que la bande dessinée américaine est une industrie largement dominée par les hommes, de la production au lectorat — au point qu’une association, Friends of Lulu, existe depuis 1994 aux USA, et vise à y promouvoir la présence des femmes.
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#01
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Ils ont suivi le conseil de Scott McCloud qui proposait de cibler les publics par communautés : filles, noirs, handicapés, latinos, homosexuels, musulmans, membres de l’église de jésus christ des saints des derniers jours, etc. Ca fait effectivement du bien aux gens qu’on leur laisse croire qu’on s’intéresse à eux, qu’on les prend en compte, mais je suis personnellement partagé : est-ce une manière cynique de forcer chacun à rester "à sa place" (qu’il n’a pas choisi) où une simple prise en compte de différences vécues au quotidien ? La France n’est certainement pas prête pour une telle évolution (?) et moi non plus en ce qui me concerne. Quand on n’aura le droit de lire Lisa Mandel qu’en étant une fille, je serai bien malheureux !
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par Georges Broussaille le 10 décembre 2006
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>01
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Dire que l’héroïc fantasy ou la science fiction telles qu’elles sont pratiquées en ce moment n’intéressent pas le public féminin est plutôt risible (voir le lectorat de Sillage et d’autres). De plus, il y a plus en plus d’albums très portés sur un public féminin qui sortent en France (et souvent réalisés par des femmes)-je ne donnerai pas les titres, vous êtes assez grand pour consulter un catalogue... Franchement, un article à la limite du n’importe quoi...
par Un inconnu le 11 décembre 2006
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Je ne souscris pas vraiment à l’idée de Scott McCloud. En fait, l’idée d’une collection « pour filles », aux couvertures rose-bonbon et aux histoires sirupeuses tournant autour d’amourettes de lycée me fait horreur — l’angle marketing d’une « collection pour les ... » me semble être la porte ouverte à des approches caricaturales. En fait, et c’est ce que j’essaie de dire à propos de la constitution de Vertigo, j’ai l’impression qu’il est difficile de vouloir créer une communauté (d’auteurs, d’œuvres et de lecteurs) de toutes pièces. Par contre, certains éléments (un label, ou un format) peuvent devenir un point de ralliement pour cette communauté — un peu comme les bouquins en noir et blanc avec une pagination élevée, un temps l’apanage des éditeurs indépendants promoteurs d’une bande dessinée d’auteur, et que les grands éditeurs se sont mis à copier par la suite. (comportement stigmatisé par JC Menu dans son Platebandes). Bref, je suis dubitatif sur les chances de Minx, et je ne suis même pas sûr qu’il faille imiter cette initiative. Dubitatif donc.
par XaV le 12 décembre 2006
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#02
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Cool, pour une fois, je serai au bon endoit au bon moment... seulement, comment convaincre mon hermetique à la bande dessinée de compagne de se perdre une journée dans un salon d’autiste alors que quelques-uns des plus destabilisants paysages de l’Asie seront à portée de main.
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par S. de AAAPOUM le 14 décembre 2006
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L’auteur d’American Splendor et l’une des figures emblématiques de l’autobiographie en bande dessinée, Harvey Pekar s’est éteint hier à 70 ans. Il laisse derrière lui son « grand œuvre », chronique personnelle illustrée tour à tour par R. Crumb, Spain Rodriguez ou encore Joe Sacco, entre autres noms remarquables. En 2003, il avait été incarné à l’écran par Paul Giamatti.
Aux flâneurs de la capitale réfractaires aux sirènes du ballon rond, les jours qui viennent s’annoncent riches en horizons à explorer. Pour commencer, Thomas Ott s’expose du 11 juin au 17 juillet à la Galerie Martel (17 rue Martel dans le 10e). Ensuite, histoire de continuer à célébrer les XX ans de l’Association, Benoît Jacques prend la suite de Nine Antico et de Grégoire Carlé et « s’installe » du 15 juin au 17 juillet à Super-Héros (175 rue St Martin dans le 3e). Enfin, on pourra aller admirer le travail de Dominique Goblet & Nikita Fossoul et Aurélie William Levaux du 18 juin au 18 juillet au Monte-en-l’Air (71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare dans le 20e).
Avis aux amateurs : ce mois de mai promet d’en éblouir plus d’un.