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Question(s) de vocabulaire...
Bande dessinée, fumetti, tebeos (ou historiettas), comics, manga, manwha, manhua, lianhuanhua — il y a quelque chose de fascinant dans la liste des noms donnés à la bande dessinée aux quatre coins du monde, de ce que ce qui peut sembler si simple revête des appellations aussi diverses que riches en associations — nuages de fumée ou images dérisoires, livres comiques ou historiettes. C’en deviendrait presque un rite de passage, de savoir nommer précisément chacune des saveurs locales, pour qui voudrait se déclarer spécialiste.
Compliqué ? Pensez-vous ! Il faut bien cela pour qu’on s’y retrouve — quitte même à rajouter des nouvelles catégories, mettant en avant une ligne claire, bricolant ici un « roman graphique » emprunté aux américains, ou tentant là d’imposer une manga qui serait plus nouvelle... parce que « ce n’est pas de la bande dessinée, c’est — autre chose » (rengaine connue). La faute à une métonymie pernicieuse, dans laquelle fond et forme finissent par se confondre, une même expression désignant tout à la fois le médium et son format devenu dominant (le fameux 48CC fustigé par certains, ou la vision d’un « manga » que d’autres cherchent à s’approprier).
Au gré des succès commerciaux, certaines appellations prennent, alors que d’autres sont rapidement écartées — c’est la dure loi de la survie du plus apte (à gagner des parts de marché) et du plus bankable. [1]
C’était la seule info lâchée par Benoît Mouchard, à la veille de la conférence de presse de l’édition 2010 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême : une fois de plus, les prix du palmarès vont changer de nom. Après les Alfred (de 1974 à 1988), les Alph’arts (de 1989 à 2003), c’étaient les Essentiels qui avaient pris le relais en 2007 sous l’égide du petit Fauve créé par Lewis Trondheim. Et voilà donc que ces Essentiels vont changer de formule, suite à « un retour mitigé des libraires. Le public n’accordait pas forcément de valeur aux prix ex aequo. [...] Le but est que le plus grand nombre de personnes trouve dans le palmarès la BD qui lui convient. » Encore une question de vocabulaire : il faut croire qu’être seulement « Essentiel », c’était trop simple.
A la place, on trouve désormais des « Fauves », Fauve d’Or pour le Prix du Meilleur Album, Fauve Fnac-SNCF pour le Prix du Public, et puis les Fauves d’Angoulême déclinés en diverses catégories de prix : Prix Spécial du Jury, Prix de la Série, Prix Révélation, Prix Regards sur le Monde, Prix de l’Audace, Prix Intergénérations, Prix du Patrimoine et Prix Jeunesse.
On le voit, il y a les habitués, et puis les nouveaux venus. Il y a les labels immédiatement reconnaissables, et puis ceux qui laissent perplexe. Il y a les termes qui appartiennent au marché (album, série, révélation, patrimoine, jeunesse), ceux qui évoquent la création (jury, regard, audace) et celui que l’on hésite à classer (intergénérations ?). Et enfin, il y a les bankables et les autres. On avait hier cinq « Essentiels » un peu flous (car ex aequo), aujourd’hui il n’en reste plus que trois — les autres sont bien rangés dans des cases plus identifiables. Histoire de leur donner un peu plus de « valeur ».
La semaine précédente, lors de la journée professionnelle organisée par la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image autour du sujet « la bande dessinée dans l’univers numérique », on évoluait encore dans le flou face à un concept qui n’avait pas encore vraiment de réalité économique.
C’était presque la vengeance de la métonymie — qu’elle désigne le médium ou le support, cette « bande dessinée dans l’univers numérique » recouvre en fait des réalités (en devenir) bien différentes : album physique (cartonné et plus si affinités) transposé sur support numérique, ou médium d’expression investissant les potentialités ouvertes par l’espace virtuel de l’Internet, des blogs BD aux expérimentations les plus audacieuses. Simple extension de marché, ou nouvel espace de création ?
Mais personne ne s’est vraiment attardé sur la question. Après tout, le droit d’auteur s’appliquait toujours, et les contrats aussi (plus ou moins bien, mais c’est là leur lot habituel) — pas la peine d’aller chercher plus loin. Et alors que les avocats présents maniaient à merveille les nuances subtiles entre (droit de) reproduction et représentation, et discutaient de la qualification juridique possible de cette bête étrange (ni œuvre logicielle, ni œuvre audiovisuelle), la « bande dessinée numérique » est restée un concept imprécis. Pas (encore) assez bankable.
Les sorties de Décembre 2009
Ami lecteur, lectrice mon amour, comme c’est le cas chaque année, pas grand-chose dans le programme de sorties de nos amis éditeurs pour le mois de Décembre, que ce soit d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique. Rendez-vous en Janvier, pour bien préparer Angoulême...
L’école des fans
La Sélection Officielle du prochain Festival d’Angoulême est désormais connue, regroupant 58 ouvrages, auxquels il faut rajouter la Sélection Jeunesse (20 titres) et la Sélection Patrimoine (8 titres). Et vous savez quoi ? Ils ont tous gagné, ou presque. Pas moins de 35 éditeurs pour 86 livres, soit la présence de tout un tas de « petits » sans pour autant spolier les cinq grands groupes d’édition (lesquels qui raflent plus de la moitié des nominations). Après ça, on se demande comment certains trouvent encore des raisons de ronchonner...
[1] Ce qui n’est pas forcément un vilain mot, vu qu’il a l’avantage, lui, d’être clair et sans détours — étant bankable (ou bancable) ce qui, sur son seul nom, garantit le succès auprès du public. Une caution de valeur, en quelque sorte.
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#01
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par Un inconnu le 11 décembre 2009
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#02
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Bankable : terme emprunté au monde des Casinos, qui comprend intrinsèquement l’idée d’une prise de risque contrôlé avec un Retour sur investissement normalement (!) garanti, mais surtout la croyance dans une plus-value mirifique. Il est amusant de constater que ce terme, surtout utilisé dans le cinéma hollywoodien, s’applique systèmatiquement a posteriori : le succès soudain d’un comédien ou d’une comédienne dans un film le rend "bankable" par ceux-là mêmes, producteurs, qui avaient bien souvent refusé auparavant les projets de la comédienne ou du comédien en question. Cela s’est appliqué à Jima Carrey et plus récemment à Steve Carrel, pour donner des exemples vraiment marquants. La nomenclature de la BD numérique : autre beau cheval de bataille, qui pour l’heure, euh, n’est qu’un poulain :) |
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par Sébastien Naeco le 11 décembre 2009
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#03
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par Archie le 11 décembre 2009
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#04
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La sélection jeunesse me laisse perplexe : d’immenses classiques réédités (le Spirou de Franquin, Johan et Pirlouit, Astroboy) contre Pico Bogue, Lou, les Nombrils ou Raghnarok... Ca fait un peu "qui c’est qui aurait gagné : Sonny Liston ou Wladimir Klitchko (un Sonny Liston cryogénisé) ?" Quel jury osera décider que "Franquin c’est moins bien que Boulet " ? D’autre part, les grands anciens ont-ils encore besoin de reconnaissance (pour ce que ça leur servira) ? |
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par Ignace Mousse le 11 décembre 2009
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#05
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L’adaBD apporte un double complément d’info (via Facebook) :
Dans mon billet, je relève notamment que la "BD numérique" semble être une construction marketing récente assez éloignée des attentes du public. Un peu comme la "BD interactive" en son temps, elle apparaît dans la presse en réponse à des communiqués commerciaux, mais ce n’est pas une expression que les internautes saisissent dans Google lorsqu’ils cherchent de la "BD numérique". |
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par JiF le 12 décembre 2009
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>05
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vous devriez faire vos propres sélections si vous trouvez celle-là mauvaise !
par Un inconnu le 13 décembre 2009
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#06
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par kokottdunouga le 14 décembre 2009
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#07
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Ben moi la sélection d’angoulême me donne sacrément envie de ronchonner... Car je trouve navrant ce principe de vouloir récompenser un peu tout le monde. Quel est la finalité de ces prix ? Faire plaisir à tout le monde ou chercher à récompenser les livres qui se positionnent face à la bande dessinée, qui apporte une vision, en bref qui ne sont pas des productions formatées prédigérées.. ? Bref, la sélection bof... J’attendrais plus d’engagement de ce type de jury, est on à Cannes ou aux césars ? Je crois qu’on est aux césars et c’est moche. Et là ou je rejoins complètement notre chroniqueur, c’est quant à l’absurdité de ces prix... Ce ne sont plus des prix ce sont des cases bien délimitées. Que deviennent les auteurs qui n’ont pas de cases ? Ils restent dans l’ombre. Angoulême semblait regagner en intérêt, mais ça y’est c’est déjà fini, et avec la fnac au comité de sélection, il ne faut pas espérer grand chose
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par un râleur le 9 janvier 2010
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L’auteur d’American Splendor et l’une des figures emblématiques de l’autobiographie en bande dessinée, Harvey Pekar s’est éteint hier à 70 ans. Il laisse derrière lui son « grand œuvre », chronique personnelle illustrée tour à tour par R. Crumb, Spain Rodriguez ou encore Joe Sacco, entre autres noms remarquables. En 2003, il avait été incarné à l’écran par Paul Giamatti.
Aux flâneurs de la capitale réfractaires aux sirènes du ballon rond, les jours qui viennent s’annoncent riches en horizons à explorer. Pour commencer, Thomas Ott s’expose du 11 juin au 17 juillet à la Galerie Martel (17 rue Martel dans le 10e). Ensuite, histoire de continuer à célébrer les XX ans de l’Association, Benoît Jacques prend la suite de Nine Antico et de Grégoire Carlé et « s’installe » du 15 juin au 17 juillet à Super-Héros (175 rue St Martin dans le 3e). Enfin, on pourra aller admirer le travail de Dominique Goblet & Nikita Fossoul et Aurélie William Levaux du 18 juin au 18 juillet au Monte-en-l’Air (71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare dans le 20e).
Avis aux amateurs : ce mois de mai promet d’en éblouir plus d’un.