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Le 28 Juin dernier, il y avait comme un air de vacances à Envoyé Spécial — eh oui, c’était la dernière de la saison, et la gravité des semaines précédentes («Suicides: le travail peut-il tuer?», «Avorter: à quel prix?» ou encore une page spéciale consacrée au Darfour) se voyait remplacée par des sujets plus légers. Et quoi de mieux pour la détente que de s’offrir un peu d’exotisme, avec ce reportage au titre chargé de promesses: «Le monde à l’envers.»
Après quelques chiffres soulignant l’importance du phénomène manga dans nos contrées, et une courte évocation de leur réputation autrefois sulfureuse, on continuait à allécher le chaland avec ces questions brûlantes, auxquelles on allait sans doute nous apporter une réponse tant attendue: «Mais quelle est la raison du succès des manga? comment des créatures inventées au pays du soleil levant ont-elles conquis notre pays?», le tout avant de conclure, «C’est la découverte de la semaine.»
La découverte de la semaine, on veut bien le croire. Car difficile de voir un quelconque reportage d’investigation dans ce parcours mi-narquois, mi-étonné de journalistes à l’assaut du Japon en général et du manga en particulier.
Ainsi, le sujet s’ouvre sur des images d’Hirata Hiroshi, qui va jouer le rôle de guide tout au long de l’émission. Un choix étonnant si l’on en juge de l’importance toute relative de l’auteur dans l’industrie actuelle du manga, sans même parler de sa participation certainement anecdotique à la vague manga française qui a fait couler tant d’encre durant l’année écoulée. Les raisons de ce choix sont beaucoup plus prosaïques: d’une part, Hirata Hiroshi est un «bon client», il a le look de l’emploi et n’hésite pas à se lancer dans de joyeuses pitreries accompagnées de grognements de samurai qui passent très bien à l’écran; et d’autre part, coïncidence étrange, Hirata Hiroshi était en France au début du mois de Juin, invité par les Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens. Et ça, c’est pratique, parce que ça fait de l’image, et l’image, y a que ça, coco.
On restera tout aussi perplexe devant la liste des autres auteurs présentés: Matsumoto Leiji (vieille gloire du manga dont le dernier succès remonte aux années 80), Mizuki Shigeru (auteur faisant désormais partie du patrimoine, mais qui n’a rien publié depuis une dizaine d’années) et Tatsumi Yoshihiro (fondateur du gekiga, figure importante mais également en retraite). Les choses s’éclairent un peu lorsque l’on sait que Jean-Louis Gauthey, responsable de Cornélius que l’on va voir à plusieurs reprises, est l’éditeur des deux derniers. Rajoutons là-dessus que le dessin animé dont on entrevoit les coulisses de la réalisation n’est autre que celui de GeGeGe no Kitarô, adapté d’un manga de ... Mizuki Shigeru, et l’on commence à entrevoir la manière dont les intervenants du sujet ont pu être choisis — par un mélange d’opportunisme (Hirata à Amiens) ou de contacts rendus faciles (merci Jean-Louis), plutôt que découlant d’une enquête motivée.
Car c’est bien là que le bât blesse: dans le grand écart entre ce qui est montré et ce que l’on veut dire, entre ces manga-ka respectables et importants, mais aux publications sinon datées, du moins confidentielles d’une part, et d’autre part l’influence supposée de leur production sur la jeunesse tokyoïte. Un raccourci fallacieux que le montage amène, dans un tour de passe-passe qui cherche à dissimuler ce qu’on avait déjà soupçonné plus haut: que par rapport au sujet affiché, les journalistes ne sont clairement pas allés rencontrer les bonnes personnes.
Car la jeunesse tokyoïte, à l’instar de la jeunesse française, s’enthousiasme avant tout pour les œuvres de Obata Takeshi (Death Note), Yazawa Ai (Nana), Oda Eiichirô (One Piece) ou encore Ninomiya Tomoko (Nodame Cantabile). [1] C’est dans ces pages qu’il faudrait chercher les personnages qui lancent les modes, déchaînent les passions, créent des vocations. Mais sur ces auteurs pourtant bien en vue, pas un mot. Et hors un court extrait du dessin animée consacré au plus célèbre des apprentis ninja, on restera sur notre faim.
Ceci étant, ces vieux messieurs sont quand même bien sympathiques, et on pourrait presque dire qu’il est loin le temps où l’on disait des manga qu’ils étaient violents et mal dessinés. Presque.
Presque, parce que le sujet véhicule (plus ou moins) en sourdine une bonne partie des poncifs habituels que l’on associe aux productions japonaises. En vrac, on trouvera l’idée que les auteurs travaillent à la chaîne, esclaves des éditeurs; le fait que le manga est un vil produit marketing, où le consommateur régulièrement sondé a droit de vie ou de mort sur les séries ou les personnages; les fans de manga eux-mêmes, immanquablement obsessionnels et ridicules, le spectre de l’otaku n’étant pas loin; et enfin, le sempiternel «entre tradition et modernité» qui imprègne l’intégralité de ces 26 minutes, sans lequel un reportage sur le Pays du Soleil Levant ne saurait exister.
Le tout emballé dans un Japon de carte postale, Shibuyettes ou métro Tokyoïte, tenues de samurai ou salles de jeu vidéo, sur une reprise japonaise de Poupée de cire, poupée de son, parce que comme chacun sait, les japonais adorent la chanson française. C’est kitsch, c’est bidon, c’est du spectaculaire de pacotille, mais ce n’est pas grave, le téléspectateur aime ça, les images d’Epinal. Et il faut croire que le journaliste, aussi.
Après près d’une demi-heure de médiocrité, des raisons du succès du manga en France, on ne saura pas grand-chose. Jean-David Morvan évoque rapidement le fait que les manga parlent de la vie de tous les jours, sous-entendant que (et on n’en saura pas plus) la bande dessinée de chez nous ne peut pas faire de même. Quant aux jeunes lecteurs interrogés en guise de conclusion, ils seront encore plus lapidaires: le manga, c’est bien parce que ça se lit à l’envers.
Mal ficelé, ce sujet est finalement au diapason de son lancement par les présentatrices en plateau — mélangeant le sensationnel à l’approximatif, [2] avec une dose généreuse de lieux communs. [3] Et si le phénomène manga n’est plus voué aux gémonies, il est encore loin d’accéder à la reconnaissance.
«On avait tout entendu, on avait rien compris», expliquait la voix off en introduction. Visiblement, il reste bien des progrès à faire.
Les sorties de Juillet-Août 2007
François Ayroles - Jean-Pierre Léaud - Alain Beaulet, Les Petits Carnets
François Ayroles - Travail rapide & soigné - L’Association, Collection Ciboulette
Guy Delisle - Comment ne rien faire - La Pastèque
Le Gentil Garçon - Le futur est derrière nous... - Les Requins Marteaux, Sans Collection
Real Godbout & Pierre Fournier - Michel Risque #5 - Destination Z
Guillaume Guerse & Marc Pichelin - Amour, Sexe et Bigorneaux 2 - Les Requins Marteaux, Sans Collection
Joe G. Pinelli - Le visiteur de Sainte Victoire - Alain Beaulet, Les Petits Carnets
Obom - Kaspar - L’Oie de Cravan
Obom - Plus tard... - L’Oie de Cravan
Nora Rauch - Des étapes/états - Editions En Marge
Squaz - Belli Dentro - La Boîte d’Aluminium
Winshluss - Welcome to the Death Club - Six pieds sous terre
Versions Originales
Mike Carey, Louise Carey & Aaron Alexovich - Confessions Of A Blabbermouth - DC/Minx
Michael Allred - The Vault Of Michael Allred - AAA Pop Comics
Gabrielle Bell - Lucky Vol 2 #1 - Drawn & Quarterly
Jeffrey Brown - The Incredible Change Bots - Top Shelf Productions
Milton Caniff - The Complete Terry & The Pirates Vol 1 - IDW
Percy Carey & Ronald Wimberly - Sentences: The Life Of M.F. Grimm - DC/Vertigo
Ray Fawkes & Cameron Stewart - The Apocalipstix - Oni Press
Frank Miller & Dave Gibbons - Martha Washington Dies - Dark Horse
Andi Watson & Simon Gane - Paris - Slave Labor Graphics
Nicholas Gurewitch - The Perry Bible Fellowship: The Trial Of Colonel Sweeto & Other Stories - Dark Horse
John Hankiewicz - Asthma - Sparkplug Comic Books
Gilbert Hernandez - Speak Of The Devil #1 of 6 - Dark Horse
Laurence Hyde - Southern Cross: A Novel Of The South Seas - Drawn & Quarterly
Jason - I Killed Adolf Hitler - Fantagraphics Books
Matt Kindt - Super Spy - Top Shelf Productions
Frank King - Walt & Skeezix Vol 3: 1925-1926 - Drawn & Quarterly
Derek Kirk Kim & Jesse Hamm - Good As Lily - DC/Minx
Bill Knapp - A Thorn In The Side - Carbon-Based Comics
James Kochalka - Squirrelly Grey - Random House
Mats!? - Asiaddict - Sparkplug Comic Books
Alan Moore et al. - Hypothetical Lizard - Avatar
Scott Morse - Scrap Mettle - Image Comics
Bryan Lee O’Malley - Scott Pilgrim Vol 4: Scott Pilgrim Gets It Together - Oni Press
Charles M. Schulz - The Complete Peanuts Vol 8: 1965-1966 - Fantagraphics Books
Aron Nels Steinke - Big Plans #1
Barron Storey - Life After Black: Barron Storey - The Journals - Graphic Novel Art CWPM
Jeremy Tinder - Black Ghost Apple Factory - Top Shelf Productions
Rich Tommaso - Miriam #1 - Alternative Comics
Sara Varon - Robot Dreams - :01 First Second
Andi Watson - Glister #1 - Image
Kent Williams - Kent Williams’ Amalgam: Paintings & Drawings - Allen Spiegel Fine Arts
Collectifs
Cinq ans de résidences - La Maison des Auteurs
C’est Bon Anthology Volume 3 - C’est Bon Kultur
Tripwire: 2007 Annual, edited by Joel Meadows
Revues
The Comics Journal #285 - Fantagraphics Books
Requiescat in Pace
- Roger Armstrong (89 ans), dessinateur ayant travaillé sur de nombreux personnages de Disney ou Warner Brothers.
- Sid Ali Melouah (58 ans), auteur algérien ayant participé à la première revue de bande dessinée algérienne M’quidech, par ailleurs fondateur du journal satirique El Manchar.
- Silas Rhodes (91 ans), co-fondateur avec Burne Hogarth en 1947 de la School of Visual Arts à New York.
- Howie Schneider (77 ans), créateur du strip Eek and Meek, publié entre 1965 et 2000.
- Jeff Wilkinson (83 ans), dessinateur et créateur de The Phantom Ranger et The Shadow (sans relation avec le personnage américain du même nom) pour Frew Publications (Australie).
Rock’n Roll Attitude
Le mois de Juin, pourtant habituellement tranquille, a été le théâtre de «l’affaire Vilebrequin» — ou les déboires de deux auteurs avec l’impression ratée de leur livre chez KSTR, impression qui faisait malencontreusement sauter le travail de mise en page effectué sur les doubles-pages, pour cause de décalage de la première. Les choses ont depuis pris un tour plus juridique avec une action en justice, dont l’audience de référé est fixée au 18 Juillet 2007.
Un couac plus que retentissant pour un nouveau label qui, jusqu’à maintenant, avait soigneusement travaillé sa communication: annonce des titres orchestrée dès le Festival d’Angoulême, blog et site web à la pointe de ce qui se fait (avec vidéos et planches en avant-première), et surtout, une ligne éditoriale largement diffusée avec une immuabilité incantatoire. Et de répéter à qui voulait l’entendre le pédigrée du responsable (Didier Borg, ancien organisateur de Rock en Seine), de clamer haut et fort le concept du label (l’attitude rock’n roll), et de marteler les arguments qui font mouche — le format soit-disant novateur, la liberté accordée aux auteurs, l’ouverture aux nouveaux talents et surtout, la volonté de faire bouger les choses.
Mais pas de chance, dans ce monde désormais largement entoilé, l’éditeur n’a pas le monopole de la communication, et c’est par le blog des auteurs que «l’affaire» s’est déclarée. Chez KSTR, finie l’attitude rock’n roll, exit les déclarations tous azimuths, on retombe sur la bonne vieille langue de bois, évoquant «une pagination qui, sans empêcher la lecture de celui-ci, n’est pas pour autant optimale». Chassez le naturel...?
[1] Sans parler de Kishimoto Masashi (Naruto), de Inoue Takehiko (Vagabond), de Urasawa Naoki (20th Century Boys), de Aoyama Gôshô (Meitantei Conan), de Takahashi Rumikô (Inuyasha), pour n’en citer que quelques-uns.
[2] Ainsi, on commence avec «La France est devenue leur deuxième patrie. Dix millions d’albums [de manga] vendus en France, soit près d’une bande dessinée sur deux achetée chez nous est un manga». Ou comment rester joyeusement dans le flou, voire franchement dans l’erreur, en deux phrases. D’une part, la France est le second marché d’exportation pour le manga après les Etats-Unis, et le quatrième si l’on considère l’Asie, derrière la Corée et Taïwan — pour la «deuxième patrie», on repassera.
Ensuite, s’il faut en croire GfK, ce sont environ 14 millions de manga vendus en France qu’il faut compter en 2006 pour un total bande dessinée de 40.5 millions de volumes, soit un peu plus d’une bande dessinée sur trois. «Une bande dessinée sur deux»? Sans doute une erreur d’arrondi.
[3] On notera les «manga» cités en exemple: Goldorak, Candy, Naruto, Dragon Ball — le Club Dorothée a la vie dure, et il faut croire que «anime» et «manga» sont encore et toujours mis dans le même panier.
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par Li-An le 10 July 2007
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Oh, pas besoin de lire dans les pensées de JD Morvan — il suffit de regarder le documentaire, où il a recours à la parole, ce qui est beaucoup plus pratique et évite les erreurs d’interprétation. Et où il dit (et je cite in extenso ici sa première intervention, où on lui demande d’expliquer les raisons du succès des manga à l’international) : «C’est assez fascinant. Je me suis toujours posé la question de ce qui dépassait du Japon dans les manga. Parce que finalement, ils se passionnent pour des histoires de lycéens japonais alors que vraiment, leur système n’a rien à voir avec le nôtre. Donc à mon avis, il y a encore au-delà, c’est la manière de raconter les histoires, la manière d’oser enfin parler d’émotions, par exemple, dans les manga, ce qui n’était pas trop le cas dans les bandes dessinées; de parler de la vie quotidienne, ce qui était difficile aussi à voir dans les bandes dessinées, qui existe dans le manga. Et ça, ça les passionne vraiment, les histoires d’amour etc., ça existait pas en BD. Et dans les manga, c’est toujours présent, parce que comme je le disais tout à l’heure, le but c’est de raconter la vie telle qu’elle est ici.» En ce qui me concerne, cela me semble assez clair. Ceci étant, je tiens à préciser ici que mon intention n’était pas de remettre en cause les personnes présentées dans le sujet d’Envoyé Spécial, dont en particulier JD Morvan qui a l’honnêteté de dire qu’il ne sait pas trop, mais qu’il a quelques idées de pistes.
par Xavier Guilbert le 10 July 2007
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par lars le 29 October 2007
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Lars, il faut se méfier du "vite fait". J’ai lu avec soin trois albums de KSTR et sur cet échantillon il y en avait deux de bons (Angle mort et Missing, deux polars bien menés). Il faut se méfier des enrobages qui relèvent de la pause promotionnelle, certes, mais il faut savoir regarder au-delà, on y trouve parfois le travail d’artisans sérieux.
par Vlad d’AAAPOUM le 31 October 2007
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A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.