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| (c) Blutch + Cizo | ||
Mini-scandale au festival d’Angoulême: le Fauve FNAC-SNCF — prix du public a été décerné à Paul à Québec de Michel Rabagliati. Petit problème, l’ouvrage n’est pas (encore) disponible en France, la faute à un changement de distributeur de dernière minute. Horreur — le prix du public reviendrait donc à un livre que le public n’a pas pu lire.
Sauf que la polémique n’a pas lieu d’être. En effet, le dossier de presse du Festival 2010 indique, dès sa première page, que son palmarès «récompensera des albums publiés entre décembre 2008 et novembre 2009 en langue française, quel que soit leur pays d’origine.» C’est là l’ensemble des contraintes pour pouvoir briguer la Sélection Officielle, [1] et l’on n’y trouvera aucune obligation d’être disponible à la vente sur le territoire français. Paul à Québec est un livre en langue française, paru en mars 2009 au Québec, et donc parfaitement éligible à la Sélection et aux Prix. Le dossier est clos.
Sauf que. Sauf que ça coince, quand même. Et qu’il y a certainement une explication pour ce qui reste, pour beaucoup, un choix incompréhensible.
En 2009, c’était la ligue des internautes qui avait œuvré pour élire Mon gras et moi de Miss Gally (éminente bloggeuse). Afin d’éviter que cette erreur évidente ne se reproduise, on avait pourtant modifié la procédure en 2010, un jury choisi parmi le public faisant sa sélection parmi les cinq titres les plus plébiscités sur Internet. Las! Non seulement les québécois ont sans nul doute comploté pour amener l’un des leurs dans le dernier quintet, [2] mais le jury populaire s’est laissé (une fois de plus) aveugler. Et probablement, l’année prochaine, on nous proposera un nouveau mode de scrutin, afin de corriger le tir.
Parce que c’est là que se trouve vraiment le problème: alors que d’un côté, l’on est plus ou moins prêt à accepter les choix discutables d’un jury, il est difficile d’accepter que le public (qui devrait forcément pencher sur les produits les plus vendeurs) puisse déjouer les idées reçues, faire preuve de discernement et accoucher d’un avis critique qui n’ait rien à envier aux journalistes eux-mêmes.
Ce n’est d’ailleurs pas nouveau — en 2007, les journalistes voyaient en Nonnonbâ «un gros album en noir et blanc, complexe et passionnant mais qui pourrait dérouter le public». [3] Il faut croire que le public avait fait preuve de plus d’intelligence que l’on ne voulait bien lui prêter, puisque dans un entretien dans La Charente Libre, Benoît Mouchart révélait qu’au contraire, l’ouvrage avait terminé dans le trio de tête du vote «populaire».
Comment serait-ce possible? Car quand même, le «public» [4] achète principalement de la bande dessinée mainstream, voire commerciale — c’est donc qu’il apprécie, c’est cela qu’il aime, et rien d’autre. Et, très certainement, le vote du portefeuille est celui qui compte plus que tout autre. C’est bien connu: depuis que les marques nous vendent avant tout des valeurs et des histoires, consommer, c’est s’exprimer.
Mais le public ne veut pas coopérer, le public ne fait pas ce qu’on attend de lui. Le public se montre injuste vis-à-vis de ces grosses machines de guerre marketing qui n’affichent comme seule ambition que de distraire — bref, le public, placé dans la position de devoir donner un avis critique, ne s’en prive pas. [5]
Et plutôt que de chercher des excuses dans un scrutin qui aurait été subverti, ou d’invoquer une erreur technique, il faudrait peut-être s’appliquer à remettre en cause ces idées reçues qui condamneraient (avec bienveillance) le «public» à une sorte de médiocrité. Parce que le public, au fond — c’est vous, c’est moi.
Les sorties de Février 2010
Robert Bidder - Fruit - En Marge
Daniel Clowes - Lloyd Llewellyn - Le 9ème Monde, Collection nouveau monde
Hendrik Dorgathen - Space Dog - Edition Moderne
Vincent Fortemps - Par les sillons - FRMK, Hors Collection
Hayashi Seiichi - Elégie en rouge - Cornélius, Collection Pierre
Marshall Joe & Wandrille - Fernand the Polar Bear t01: La Bière Polaire - Warum
Mizuki Shigeru - Mon copain le kappa - Cornélius, Collection Paul
José Parrondo - La porte - L’Association, Collection Ciboulette
Aude Picault - La Comtesse - Les Requins Marteaux, Collection BD Cul
Etienne Pottier - Jamais en dessous de 130 - Warum
Florentine Rey - Mon œil! - Des Ronds dans l’O
David Snug - Y a que les fourmis qui bossent - Les Enfants Rouges
Collectifs
PLG 32 ans de bandes dessinées - PLG
Wallstrip Rapport d’Activité 2010 - Onapratut
Revues
Bile Noire n°17 - Atrabile, Collection bile noire
Lapin n°41 - L’Association
Essai
Fredrik Stromberg - Images noires dans la bande dessinée - La représentation des noirs dans la bande dessinée mondiale - PLG
Requiescat in Pace
- Jacques Martin (88 ans), auteur (entre autres) des séries Alix et Lefranc;
- Tobe Keiko (52 ans), manga-ka lauréate en 2004 d’un Prix d’Excellence au Japan Media Arts Festival pour sa séries Hikari to tomo ni....
Au fait...
Au-delà du simple Palmarès, qui a vu le sacre de Baru en futur président et Pascal Brutal repartir avec le Fauve d’Or du Meilleur Album, qu’en était-il de cette édition 2010 du Festival d’Angoulême?
Comme chaque année, on a vu la programmation faire le grand écart, entre un plateau de rencontres de haute volée (mais pas toujours très fréquentées) et «la plus grande librairie de bande dessinée du monde», entre les expositions consacrées à des personnages (Tuniques Bleues, Léonard) et celles construites autour des auteurs (Blutch, Fabio Viscogliosi, Fabrice Neaud ou encore Jochen Gerner).
Et malgré la volonté affichée de faire preuve d’œcuménisme, demeurait pour moi cette impression forte d’un Festival éclaté entre diverses chapelles, à l’image de son implantation en ville. A se demander s’il n’y aurait pas un festival, mais des festivals d’Angoulême...
[1] En dehors du fait que les candidatures sont volontaires, et qu’il revient donc aux éditeurs eux-mêmes de proposer leurs poulains à la compétition.
[2] Mais si c’est vraiment le cas, comment expliquer que le tome cinq du Magasin Général de Loisel et Tripp (sous-titré «Montréal», et donc n’ayant rien à envier à Paul à Québec pour ce qui est de l’évidente couleur locale) soit absent du plébiscite? Ah oui mais non, ce ne sont pas les québécois qui se sont mobilisés, mais les québécois alternatifs, ceux qui soutiennent la petite édition contre les grosses machines de guerre marketing. Franchement, vous y croyez, vous?
[3] Yves-Marie Labbé, dans Le Monde du 30 janvier 2007.
[4] Animal étrange, âgé de 7 à 77 ans, amateur d’humour et de détente, fidèle aux séries «classiques» et réfractaire aux œuvres plus complexes ou exigeantes... ou pas.
[5] Le témoignage de Maël, publié dans ces pages il y a quelques jours, en est d’ailleurs la preuve éclairante.
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#01
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par Loïc le 5 February 2010
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>01
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Très honnêtement, le palmarès m’importe peu. C’est une bonne chose quand il vient donner un coup de pouce à une petite structure en récompensant (et donc en donnant de la visibilité) à l’un de ses livres, mais je ne ressens pas le besoin d’aller y chercher une quelconque validation de mes goûts personnels. Ce qui m’intéressait cette année, ce n’est pas tant le livre que le processus et les procès d’intention autour de l’attribution du Prix du Public. Certes, un livre plus commercial aurait eu un prix, ce texte n’aurait sans doute pas eu lieu d’être — tout simplement parce que tout le monde aurait trouvé cela normal, parce que cela correspondait à l’image que certains se font des goûts du public, et l’on se serait sans doute congratulé d’avoir trouvé la bonne formule pour donner au public l’occasion de s’exprimer. Mais ces tergiversations autour du mode de sélection, que l’on fait évoluer parce que l’on n’est pas satisfait du vote... cela a pour moi des échos de république bananière. Et ça, c’est une question de principe et d’éthique, qui dépasse pour moi le livre qui reçoit le prix.
par Xavier Guilbert le 5 February 2010
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Je suis d’accord avec toi. On peut poser une reflexion sur un prix sans pour autant mettre en évidence ses gouts perso. Pour ma part, j’apprécie la série Paul. Peu importe qu’il s’agisse d’une grande ou d’une petite structure, ce que je n’apprécie pas, c’est la pertinence de la sélection et le suivi de la sélection. Nous pourrions parler des intégrales Franquin et Peyo dans le prix jeunesse. Pour moi, c’est la même chose. J’observe une dérive des sélections et dans la manière de primer un ouvrage. Au final, la qualité des prix (choix mais également respect des conditions de participation) feront plus de mal que de bien. Le seul responsable est le festival. J’ai la sensation que les organisateurs passent plus de temps à regarder les marges potentielles sur les subventions publiques... que d’envisager une véritable promotion de la bande dessinée. Quelques exemples pour démontrer la bêtise des organisateurs. Le festival invite des auteurs pour le concert de dessin mais ne prend pas à sa charge le déplacement, l’hébergement et la restauration des auteurs. Je ne doute pas que les musiciens sont prises en charge par le festival. Le festival organise un prix des écoles d’Angoulême. Le prix est remis le jeudi soir. Seul le vainqueur est invité à la remise des prix. Le festival invite des auteurs à participer à des débats. Il n’y a pas de personne pour mener le débat. Une fois sur place, on apprend que c’est appelé débat mais qu’il s’agit d’un atelier d’une heure. On nous demande d’animer le festival et cela a titre bénévole. Enfin, la cerise sur le gâteau. Une association angoumoisine organise les interventions scolaires. L’auteur vient les matins pour rencontrer des classes. L’association demande au auteur d’intervenir bénévolement par charité chrétienne. Nous pourrions continuer en parlant des prix des stands pour les indépendants. un petit éditeur à une stand de 3*2 pour 2000 euros. un autre éditeur ç un stand de 6*2 avec un angle ouvert pour 2000 euros l’éditeur en face de lui a la même chose pour 3500 euros. Le problème des prix est symbolique des problèmes de ce festival. Le festival d’Angoulême est il toujours un évènement qui a pour but et intention de promouvoir la bande dessinée ? Il serait peut-être temps que les journalistes fouillent dans les relations entre l’association à but non lucratif FIBD et l’entreprise à but lucratif 9eme art.
par loic le 7 February 2010
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#02
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Tiens, moi aussi je me suis fait cette réflexion sur le changement de système de vote du prix du public. Je me suis demandée si c’était indirectement ma faute. J’imagine que oui ? Pourtant, je crois que c’est me donner un peu trop d’importance sur internet. Je suis bien loin d’avoir autant de lecteurs que de gens qui ont voté pour mon album l’an dernier et même si j’avais indiqué un lien vers le site du festival, je doute que 100% d’entre eux ont fait la démarche fastidieuse de s’inscrire sur le site pour m’attribuer 1 voix. Mais passons... visiblement ça a suffit au festival pour faire du prix du public un prix décerné par un jury. Dommage.
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par Gally le 5 February 2010
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#03
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"la ligue des internautes" Dites moi ami Xavier, quelle est donc cette mystérieuse ligue, qui m’a l’air à tout le moins hostle pour s’être ainsi "liguée" pour faire gagner cette "influente" blogueuse. Rassurez moi, parmi ces gens là, on ne trouve, dieu merci, aucun lecteur de "vraie" bande-dessinée (j’entends la bd papier, la seule la vraie, pas les saloperies torchées et publiées sur internet, entendons nous, entre gens de bonne compagnie). Parce qu’effectvivement, si on commence à admettre que les "internautes" (ah que ce terme me fait horreur) puissent être assimilés à des "lecteurs", alors oui, c’est la porte ouverte à tous les excès. Car il est évident qu’un internaute ne saurait être un lecteur ni qu’il puisse participer à un quelconque vote du public, et surtout pas par internet, il ne manquerait plus que ça... "La ligue des internautes ordinaires"... Voilà un titre qui fait peur. |
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par wandrille le 23 February 2010
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>03
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Ami Wandrille, votre récente installation chez nos voisins germains aurait-elle fait disparaître votre humour de second degré? Cette expression, tout comme l’idée d’un complot québécois (en attendant l’invasion) était nappée d’une généreuse dose d’ironie. Donc pas d’inquiétude à ce sujet. Par ailleurs, j’en profite pour signaler qu’il semblerait (selon ActuaBD) que cette année, l’ensemble des votes exprimés tournait autour du nombre de 10 000, ce qui ramené aux 58 titres de la sélection, ne fait pas bien lourd au final: une moyenne de 172 suffrages par titre, ce qui pourrait laisser envisager une conspiration d’au moins quelques centaines de lecteurs de la Belle Province. Bref. Tout cela me semble surtout révélateur du peu d’importance accordé par le public à ce prix — peu aidé également, il faut le reconnaître, par les médias qui ne jouent pas leur rôle de relais, ou qui préfèrent mettre en avant leur propre vote (cf. Libération).
par Xavier Guilbert le 23 February 2010
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A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.