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| (c) Christian Cailleaux | ||
La presse quotidienne française aime la bande dessinée. Si, si, je vous assure. Bon, peut-être pas la bande dessinée, mais au moins les auteurs de bande dessinée, puisque l’on retrouve régulièrement Jochen Gerner dans les pages du Monde, Willem du côté de Libération ou encore (le président) Blutch dans Le Figaro. D’accord, je veux bien aussi concéder que ce n’est pas pour faire de la bande dessinée qu’ils sont là, mais plutôt pour égayer de leurs petits dessins ces tristes colonnes débordant de sérieux journalistique. Bref. Reprenons. La presse quotidienne française aime les illustrations des auteurs de bande dessinée. [1] De temps en temps.
Ainsi, le numéro du Figaro du 30 Avril 2009 proposait son supplément «La vie littéraire», dans lequel on pouvait retrouver un petit dessin savoureux à la rubrique «l’œil de Cailleaux» (qui, à en croire son site, alterne avec Blutch et Ixène dans cet exercice). Je me permets de joindre ici ledit dessin, qui s’intitule «Madame Bovary se dévoile sur Internet», et présente un «avant» et un «après» figurés dans une fenêtre d’ordinateur, le tout accompagné d’une URL (http://bovary.fr).
Même si ce dessin d’actualité accuse deux semaines de retard, la référence est assez claire et fait allusion à la récente mise en ligne de l’ensemble des manuscrits de Gustave Flaubert pour son fameux roman. L’URL indiquée en bas du dessin, et dont on pourrait penser au premier abord qu’elle participe au clin d’œil ironique de l’ensemble, se révèle être (quasi) authentique, à un «www» près. Certes, on peut aisément imaginer que cette référence ait échappé aux lecteurs du quotidien — la mise en ligne du projet a donc eu lieu le 15 Avril 2009, information par ailleurs relayée le lendemain par l’AFP et reprise par le site du Figaro. Les éditions papier ne mentionneront le projet qu’en passant, dans la rubrique «Textos» du Figaro Magazine du 25 Avril: «Les 4500 pages des six brouillons et du manuscrit original de Madame Bovary, qui révèlent le travail incroyable de Gustave Flaubert sur son chef-d’œuvre, ont été numérisées par 150 bénévoles (www.bovary.fr).» [2]
D’où la situation un peu étrange de ce dessin de presse, dépourvu de tout contexte car venant illustrer une information non relayée par son journal.
Mais que l’on connaisse le fond du projet ou qu’on l’ignore, le message porté par cette image reste le même: Madame Bovary se dévoile sur Internet, et les conséquences sont terribles. La femme élégante au cheveu sage, à la robe sobre et la pose toute en retenue, qui évoque certains portraits de George Sand, [3] a désormais laissé place à une adolescente éperdue aux allures de poupée manga, portant une jupe plissée ultra-courte qui ne dissimule plus rien, dans une position dont on ignore si elle est prostrée ou offerte.
Certes, on pourrait y voir une question ironique, s’interrogeant («what if?») peut-être sur ce qu’aurait pu être l’histoire d’Emma en ce début de XXIème siècle, entourée de nouvelles technologies. Cela aurait pu, s’il n’y avait eu cette rupture aussi nette dans la représentation du personnage, si l’on ne passait pas subitement d’un extrême (high art / littérature et académisme) à l’autre (low art / blog et manga). Sur Internet, Madame Bovary ne fait pas que se dévoiler — elle s’y dévoie surtout.
On me dira que cette vision plutôt réac’ de la hiérarchie des Arts (et des maux supposés d’Internet) dans Le Figaro ne devrait pas me surprendre — après tout, Libération accueille bien les éructations d’Alain Finkelkraut dont l’avis sur la bande dessinée est tout aussi radical: «La beauté des livres, c’est qu’ils sont sans images et qu’ils offrent ainsi libre carrière à l’imagination. Quand on me raconte une histoire, j’ai besoin qu’on me donne à penser, qu’on me donne l’envie d’interrompre ma lecture et de lever la tête, pas qu’on dessine pour moi les héros.»
D’une certaine manière, la boucle est bouclée: par ce dessin, Christian Cailleaux (par ailleurs auteur de bande dessinée) non seulement reconnaît mais fait sienne la distinction établie par le quotidien qui l’emploie entre l’illustration / le dessin de presse (acceptables) et la bande dessinée (à écarter). «La bande dessinée mise à nue par ses auteurs, même», en quelque sorte.
Et l’on ne peut que soupirer, et relire la conclusion que Thierry Groensteen apportait à son livre Un objet culturel non identifié: «Si l’on admet que ces formes d’expression sont à égalité de dignité du moment que les œuvres sont de premier ordre, et que toute tentative pour établir une hiérarchie entre Stevenson et Hergé, entre Balzac et Renoir (Jean), entre Chaplin et Herriman est inepte, alors on en conclut forcément que les catégories du majeur et du mineur traversent les formes artistiques plutôt qu’elles ne les distinguent les unes aux autres. [...] Reste que, si elle veut attirer à elle des “ouvriers” de talent, il ne sera pas superflu que la bande dessinée s’emploie encore un peu à améliorer son image.»
Les sorties de Mai 2009
Alex Baladi - Encore un effort - L’Association, Collection Eprouvette
Thibault Balahy - La Boîte - Alain Beaulet éditeur, Collection Les Petits Carnets
Ben - Quand y’à pas moyen... - Hécatombe, Collection Bourgeon d’Hiver
Laetitia Bianchi - Le livre des serpents & des échelles - Homecooking
Chloé - Le monde de Jeanne - Diantre ! éditions, Hors Collection
*DEMONIAK - 2. L’intrusion Historique - Editions Frémok, Collection Flore
Jean-Pierre Duffour - L’escalier truqué - Rackham, Hors Collection
Ulli Lust - Airpussy - L’Employé du Moi, Hors Collection
Ilan Manouach - Vivre ensemble - La Cinquième Couche
Marine Martin - Je te trompe parce que - Diantre ! éditions, Hors Collection
Michael Matthys - Je suis un ange aussi... - Editions Frémok, Collection Flore
Marino Neri - Le roi des fleuves - Atrabile, Collection Sang
Sylvain Paris - La ligne rose - La Cinquième Couche
Lisandru Ristorcelli - Le redoutable Escalator - Alain Beaulet éditeur, Collection Les Petits Carnets
Alex Robinson - Plus cool tu meurs - Rackham, Hors Collection
Dash Shaw - Virginia - Editions çà et là
Marko Turunen - De la viande de chien au kilo - Frémok éditions, Collection Vox
Vincent Vanoli - La clinique - L’Association, Collection Ciboulette
Yokoyama Yûichi - Jardin - Editions Matière, Collection Imagème
Versions Originales
Niklas Asker - Second Thoughts - Top Shelf
Kevin Cannon - Far Arden - Top Shelf
Brian Fies - What Ever Happened To The World Of Tomorrow? - Abrams
Bob Fingerman - From The Ashes #1 - IDW
Scott Gray & Roger Langridge - Fin Fang Four Return - Marvel
Jason - Low Moon - Fantagraphics Books
Gene Luen Yang & Derek Kirk Kim - The Eternal Smile - :01 First Second
Jeff Lemire - The Nobody - DC/Vertigo
David Mazzucchelli - Asterios Polyp - Pantheon Books
George McManus - Bringing Up Father - NBM
Seth - George Sprott: 1894-1975 - Drawn & Quarterly
Rick Veitch - Brat Pack - King Hell
Doug Wright - The Collected Doug Wright: Canada’s Master Cartoonist Vol. 1 - Drawn & Quarterly
Collectifs
Lapin N°38 - L’Association
Chroma 5 - Chroma éditions & Café Creed
Clafoutis 3 - Les éditions de la Cerise
2048 - Salmigondis
Syncopated: An Anthology of Nonfiction Picto-Essays - Villard Books
Essais
Matthew J. Costello - Secret Identity Crisis: Comic Books & The Unmasking Of Cold War America - Continuum International Publishing
Natsu Onoda Power - God Of Comics: Osamu Tezuka & The Creation Of Post-World War II Manga - University Press Of Mississippi
Requiescat in Pace
- Ric Estrada (81 ans), dessinateur ayant travaillé principalement pour DC Comics.
Le joli mois de Juin
Si les considérations météorologiques poussent parfois à remettre en cause le choix du dernier week-end de Janvier pour le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, il faut bien reconnaître qu’il n’a rien à craindre d’une quelconque concurrence à cette période. Ce qui n’est pas le cas pour les divers festivals ayant choisi de se dérouler durant la première semaine de Juin prochain — ainsi, du 2 au 7 Juin à Rennes se tiendront les Troisièmes Assises de la Bande Dessinée Indépendante, dans le cadre du huitième festival Périscopages; du 5 au 7 Juin à Lyon, on retrouvera la quatrième Festival de la bande dessinée de Lyon, avec en prime la deuxième édition des Etats Généraux de la Bande dessinée; enfin, du 5 au 7 Juin à Metz, ce sera la 22ème édition de L’Eté du Livre, autour du thème «Les mots qui dérangent», et en partenariat avec la revue XXI. Faites votre choix.
[1] A se demander d’ailleurs, si l’on ne pourrait pas expliquer le peu d’écho qu’elle fait des autres productions de ces éminents collaborateurs par une ligne déontologique exemplaire. Admirable, vraiment.
[2] On notera au passage qu’il s’agit d’une information erronée, puisque le travail des 150 bénévoles n’a pas été de numériser les pages (c’était l’objet d’un projet antérieur, comme l’indique cet article du ... Figaro Magazine en 2006), mais bien de déchiffrer et de retranscrire les diverses pattes de mouches, ratures et corrections opérées par Gustave Flaubert, afin de permettre recherche et analyse. Un projet collectif de grande ampleur, conduit sur deux ans et demi, et qui pourrait être une démonstration exemplaire de ce qu’Internet peut produire de mieux dans le domaine culturel, alliant patrimoine et modernité.
[3] Temporalité renforcée par un dessin qui évoque la façon de certaines gravures du XIXème siècle.
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#01
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De même que les femmes sont souvent l’instrument le plus zélé de l’oppression de la femme, les auteurs de bande dessinée peuvent être les premiers à faire écho aux clichés qui entourent leur discipline. Bah. Je continue à penser que le fait d’appartenir au "low art" est une source de liberté pour la bd. Je vois ici aussi une expression de nippophobie ou de mangaphobie, et même de conflit des civilisations : le XIXe c’est le grand siècle de l’Europe et notamment de la France tandis que le fin XX-début XXIe siècle est plutôt l’ère de l’Asie. Beaucoup de choses dans un petit dessin !
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par Jean-no le 8 May 2009
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#02
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Je trouve votre conclusion peu rigoureuse et donc peu crédible. En effet, je suis prêt à vous suivre quand vous affirmez que le Figaro fait une distinction marquée "entre l’illustration / le dessin de presse (acceptables) et la bande dessinée (à écarter)" mais cette distinction n’est pas évoquée (et encore moins démontrée) plus haut dans votre article, ce qui en fait une sorte de vérité révélée proche du préjugé. Il est donc difficile de vous suivre quand vous dites que l’auteur du dessin ferait allégeance ("non seulement reconnaît mais fait sienne la distinction...") à ce principe du Figaro non défini et non démontré par vous. De plus, si quand même on vous suit dans la démonstration, en quoi ce dessin constitue-t-il la preuve de cette distinction "acceptable / à écarter" ? Il n’y a pas marqué "bon" / "mauvais" en légende mais "avant" et "après" : la distinction est temporelle, et non de valeur. C’est dans votre esprit que s’opère cette distinction, Monsieur Guilbert (pour ma part, j’apprécie tout autant l’austère illustration XIXe que l’affriolant dessin de manga). Vous oubliez que l’auteur s’amuse à confronter deux sources iconographiques (stéréotypées) à partir du jeu de mot sur le verbe "se dévoiler" qui, accompagné de son complément "sur internet" semble autoriser tous les débordements. Je ne comprends vraiment pas en quoi l’utilisation de cette imagerie manga fort répandue contribuerait à renforcer l’idée d’une infériorité du 9e Art, et en quoi monsieur Cailleaux aurait péché contre sa corporation artistique. Faudrait-il donc cacher honteusement ces belles jeunes filles que nous offre si généreusement la culture japonaise depuis plus de vingt ans ? Ca serait dommage, vous en conviendrez. Vous parlez de dévoiement : "Sur Internet, Madame Bovary ne fait pas que se dévoiler — elle s’y dévoie surtout". Le jeu de mot "dévoile / dévoie" est séduisant, et vous y cédez facilement, aussi facilement que vous cédez au jugement moral express. Mais, tout à votre combat pour la reconnaissance du 9e Art, vous oubliez que Mme Bovary, qui vous semble si respectable, est un personnage fort sulfureux . Amorale, égoïste, sacrifiant son mari (qui meurt de chagrin), sa fille et sa vie à une illusion ridicule, à un rêve d’adolescente, elle choqua ses contemporains (et valut un procès à son auteur, gagné fort heureusement). Mme Bovary est déjà un personnage dévoyé. Ce petit relooking en mangagirl dévergondée ne fait que le rappeler.
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par Grospatapouf le 9 May 2009
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>02
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"Amorale, égoïste, sacrifiant son mari (qui meurt de chagrin), sa fille et sa vie à une illusion ridicule, à un rêve d’adolescente" Mmh... C’est une lecture possible (quoiqu’elle sacrifie son mari d’une manière indirecte). On peut cependant y voir avant tout une jeune femme passionée prisonnière d’une quotidien croûteux et qui a commis la faute de lire des romans qui étaient équivalents à nos Harlequins. Trop aimante plutôt qu’amorale ou égoïste (il me semble qu’en la matière, ses deux amants et certains autres personnages du roman gagnent la palme). Pour en revenir à l’image incriminée, j’avoue ne pas du tout comprendre son sens. Les deux dessins sont dans une même fenetre de navigateur, cela sous-entend qu’internet nous offre plusieurs représentations possibles (et parfois aux antipodes) d’un même personnage, et non que l’une remplace l’autre. C’est le propos de l’auteur ? En voyant l’image, je décrypte cela en tout cas.
par Fred Boot le 10 May 2009
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Monsieur Grospatapouf,
Pour revenir sur la distinction que le Figaro (et le reste de la presse) fait entre l’activité d’illustrateur des auteurs de bande dessinée, et leur production par ailleurs, il est assez indéniable que l’attention que cette presse quotidienne accorde à la bande dessinée en général est réduite à la portion congrue.
par Xavier Guilbert le 11 May 2009
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A l’occasion de l’édition 2012 du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ARGH Association et Entre les cases proposent l’exposition « D’ici de là-bas », qui propose une géographie de la bande dessinée à hauteur d’artiste. Le commissariat en est assuré par Pierre-Laurent Daures (copinage inside). Rendez-vous est donné au 18 boulevard Pasteur (face au Pavillon Jeunes Talents) à Angoulême, du 26 au 29 janvier.
Ami lecteur, lectrice mon Amour, l’occasion était trop belle. Non seulement du9 s’apprête à faire peau neuve, mais voici que Cornélius (ami et admiré de longue date) vient d’installer ses nouveaux bureaux non loin d’Upian, notre habilleur officiel. Alors, histoire de fêter l’événement sous le regard bienveillant des deux parrains, sept auteurs viennent s’illustrer du 9 au 30 décembre prochains sur les murs de la galerie Since (211 rue Saint-Maur, Paris Xe) : Ludovic Debeurme, Nadja Fejto, Grégory Mardon, Fanny Michaelis, Hugues Micol, Giacomo Nanni, Benoît Preteseille — dignes représentants de cette nouvelle bande dessinée que Cornélius s’attache à découvrir et à faire connaître. Vernissage prévu le 9 décembre à 19h.
Du 16 au 18 novembre 2011, le groupe de recherche sur la bande dessinée ACME organise le colloque international « Figures indépendantes de la bande dessinée mondiale : tirer un trait/tisser des liens », qui se tiendra à l’université de Liège (Place du XX août 7, 4000 Liège). Les trois journées de réflexion porteront sur les aspects historiques, thématiques et économiques des structures éditoriales qui relèvent ou se réclament entre autres dénominations de « l’indépendance ». Programme détaillé des interventions ici.